Le travail de Mario Dion critiqué deux fois

Mario Dion
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Mario Dion

Décidément, le poste de commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique est un métier à haut risque. Le gouvernement de Justin Trudeau a à peine annoncé sur qui il avait jeté son dévolu pour remplacer Mary Dawson que l’opposition critique son choix. En effet, Mario Dion a déjà fait l’objet de deux blâmes du vérificateur général.

Mario Dion cumule 37 années d’expérience au sein de l’appareil fédéral. Il a oeuvré au ministère de la Justice et au Conseil privé (le ministère du premier ministre) et a été le sous-ministre responsable du règlement sur les pensionnats autochtones. Il a présidé la Commission des libérations conditionnelles du Canada et plus récemment, celle de l’immigration et du statut de réfugié. Mais c’est son expérience à titre de commissaire à l’intégrité du secteur public du Canada qui retient l’attention.

M. Dion a dirigé de 2011 à 2014 cette institution dont le mandat consiste à recevoir les dénonciations de fonctionnaires fédéraux et à ouvrir une enquête, le cas échéant. Son travail a été critiqué dans deux rapports en 2014. Néanmoins, la ministre responsable de cette nomination, Bardish Chagger, a soutenu qu’il n’y avait aucun problème.

« M. Dion a une feuille de route très impressionnante de fonctionnaire qui s’étale sur trois décennies. Il a travaillé sous six gouvernements différents », a vanté Mme Chagger en point de presse.

« Rien n’a été porté à mon attention qui devrait me préoccuper. »

Blâmes

Le NPD n’est pas de cet avis. « Le nom proposé, et nous avons fait le plus de recherche possible, soulève des préoccupations », lance le critique en matière d’éthique, Nathan Cullen. « C’est la première chose qu’on trouve quand on google son nom ! »

M. Cullen a cependant été forcé d’admettre que son parti n’avait pas soulevé ce problème lorsqu’il a d’abord été informé par le gouvernement du choix de M. Dion. Le NPD s’était plutôt plaint du processus de nomination, qui place les partis d’opposition devant le fait accompli. « Le chien de garde travaille non pas pour le gouvernement ou M. Trudeau, il travaille pour le Parlement et les citoyens », a dit M. Cullen.

En coulisses, les libéraux minimisent l’importance du blâme servi à M. Dion. Le commissariat à l’intégrité du secteur public vivait une période tumultueuse à l’époque. La précédente commissaire, Christiane Ouimet, avait fait l’objet de plusieurs plaintes pour conduite irrespectueuse non professionnelle au travail, plaintes qui avaient abouti à un rapport accablant du vérificateur général en 2010. Mme Ouimet n’a jamais répondu au rapport, préférant plutôt prendre sa retraite.

Rien n’a été porté à mon attention qui devrait me préoccuper

C’est donc dans un contexte de désorganisation institutionnelle que M. Dion est arrivé en 2011. Les plaintes le concernant provenaient de deux personnes : un fonctionnaire dénonciateur et une personne visée par des accusations de malversation. Dans les deux cas, il était reproché au commissaire d’avoir pris trop de temps pour traiter les dossiers.

Les libéraux font valoir que, malgré ces deux rapports, les conservateurs ont nommé M. Dion à la Commission de l’immigration et du statut de réfugié, preuve qu’il n’est pas toxique.

Manque de temps ?

Il reste à voir si la nomination du nouveau commissaire sera entérinée à temps avant le départ de Mary Dawson, qui partira le 8 janvier. Son mandat a déjà été prolongé trois fois. La Chambre des communes doit approuver la nomination par un vote : elle siégera au plus tard jusqu’à vendredi, bien qu’il soit possible qu’elle écourte ses travaux pour le congé des Fêtes. Le néodémocrate Nathan Cullen déplore la précipitation du processus.

L’actuelle commissaire, Mary Dawson, poursuit toujours son enquête sur le voyage personnel de Justin Trudeau sur l’île privée de l’Aga Khan entamée au début de l’année. Son bureau ne sait pas si elle sera bouclée avant son départ. Dans un tel scénario, il reviendrait au nouveau commissaire de décider s’il la poursuit ou non.

C’est d’ailleurs en raison de cette enquête en cours que le processus de nomination a été piloté par la ministre Chagger, et non par M. Trudeau lui-même.


 
2 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 12 décembre 2017 10 h 02

    Bon candidat!!

    Il me semble que ce Mario Dion remplit le critère de base pour cette fonction, si je me fie au travail de sa prédécesseure, soit: Pas de presse!

    M.L.

  • Gilles Théberge - Abonné 12 décembre 2017 10 h 11

    « Les libéraux font valoir que, malgré ces deux rapports, les conservateurs ont nommé M. Dion à la Commission de l’immigration et du statut de réfugié, preuve qu’il n’est pas toxique. »...

    Ha ha ha ha, quelle entourloupette!

    De plus c’est lui qui va décider s’il poursuit l’enquête sur le voyage de Trudeau dans l’ile de l’Aga Khan....

    Ha ha ha je ne peux m’empêcher de rire, en constatant que des journalistes le moindrement sérieux rapportent cette nouvelle le plus sérieusement du monde...

    Ha ha ha! Voyons madame Buzetti, vous ne croyez tôt de même pas cette histoire?