Enquête sur les femmes autochtones: appel à la démission de Marion Buller

La commissaire en chef de l’enquête nationale sur les femmes autochtones, Marion Buller, lors d’une audience en Colombie-Britannique.
Photo: Darryl Dyck La Presse canadienne La commissaire en chef de l’enquête nationale sur les femmes autochtones, Marion Buller, lors d’une audience en Colombie-Britannique.

La colère de certains chefs autochtones et de familles de victimes de violence s’est transformée jeudi en un appel officiel à la démission de la commissaire en chef de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. Réunis en assemblée à Ottawa, les chefs de l’Assemblée des Premières Nations ont adopté une résolution réclamant que le gouvernement Trudeau remplace la patronne de la commission d’enquête.

La motion appuie la demande des quatre commissaires qui souhaitent qu’Ottawa prolonge leur mandat de deux ans. Mais à condition que le gouvernement fédéral remplace la commissaire en chef Marion Buller et qu’il consulte les familles de victimes et les survivantes en vue de nommer sa remplaçante. La ministre responsable des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, n’a pas commenté, se contentant d’indiquer que son « gouvernement est engagé à mettre fin à cette tragédie nationale ».

En début de journée, quelques chefs avaient défilé aux micros de la salle de rencontre pour sommer directement la commissaire Buller de se retirer. Cette dernière était venue leur faire état des travaux de l’enquête nationale.

« Vous êtes probablement une femme brillante. Mais vous n’êtes pas une brillante commissaire pour cette enquête », lui a lancé crûment la grande chef Sheila North Wilson, du nord du Manitoba. « On a vu une commission qui est en train de s’effondrer. Et elle ne fait pas le travail pour lequel nos femmes, nos enfants et nos hommes se sont battus. Je suis désolée de le dire, mais je crois que vous devez vous retirer. Vous devez démissionner. » Un appel qui a été chaudement applaudi.

Mais la commissaire Buller n’y a pas consenti. « Notre travail est important. Les commissaires et moi-même avons l’intention de continuer, a-t-elle tranché. Les familles de survivantes de partout au Canada nous ont dit à quel point notre travail est important et que nous devons continuer de faire la lumière sur la vérité afin de préparer notre rapport final et nos recommandations, parce qu’elles ne méritent rien de moins. Alors nous avons l’intention de continuer, parce que c’est ce que les familles et les survivantes nous demandent. » Sa réplique n’a quant à elle pas été applaudie.

Départ exigé

Une heure plus tard, les quelques dizaines de chefs qui étaient toujours réunis au troisième jour de leur assemblée ont amendé la résolution appuyant une prolongation du mandat de la commission d’enquête pour y réclamer en revanche le licenciement de la commissaire en chef. La motion a été appuyée par 48 chefs, contre 15 opposants. La chef Janice Henderson, du nord de l’Ontario, a notamment retiré son appui comme secondeur de la motion, car le départ de Mme Buller ne ferait que retarder les travaux de l’enquête, à son avis.

En coulisses, certains notent que 284 chefs devaient participer à l’assemblée de l’APN, mais que seuls 63 d’entre eux ont participé au vote sur cette résolution. « Ce n’est pas très représentatif », a nuancé une source.

Néanmoins, la grande chef Sheila North Wilson martèle que les travaux de l’enquête nationale doivent changer. Car pour l’instant, ils ne font que revictimiser les familles et les survivantes plutôt que de s’en prendre aux causes fondamentales de leurs malheurs en évaluant le travail de la police, du système judiciaire ou des soins à l’enfance. « On ne voit pas d’améliorations. On voit encore simplement des femmes qui souffrent à la télévision, aux nouvelles. On a besoin de plus que ça. On ne doit pas se contenter de les montrer comme victimes, et cerner les causes de tout ce qui rend les femmes vulnérables à ce point. » La chef préférerait que les audiences se tiennent à huis clos, plutôt qu’en public comme sont recueillis certains témoignages.

La commissaire Michèle Audette note toutefois que c’est toujours le choix des familles. Quant au travail de la police, il fait partie du cadre d’étude de la commission, rappelle Mme Audette, qui n’a pas voulu commenter l’appel au licenciement de sa collègue Marion Buller.

L’été dernier, lorsque les mêmes chefs ont réclamé la tête des quatre commissaires — sans toutefois réussir à faire adopter une résolution en ce sens —, Michèle Audette avait rétorqué que cette révolte était l’oeuvre d’un « mouvement » contre la commission d’enquête « orchestré par des gens de l’extérieur ». Les familles qui ont défilé devant la commission seraient quant à elles satisfaites du processus, selon Mme Audette.

Les commissaires préparent une demande officielle pour prolonger leur mandat et prévoient de la présenter au gouvernement d’ici Noël.

Cannabis : délai réclamé

Au tour des chefs autochtones de sommer le gouvernement Trudeau de retarder d’un an la légalisation de la marijuana. Plusieurs chefs se sont inquiétés, lors de leur assemblée à Ottawa cette semaine, que leurs communautés ne soient pas prêtes à l’été 2018, notamment parce qu’elles manquent déjà de ressources policières ou de soins de santé pour ceux qui souffrent de problèmes de dépendance. Seuls trois chefs se sont opposés à la motion de l’Assemblée des Premières Nations réclamant un délai d’un an au gouvernement. La volonté des chefs d’avoir pleine juridiction sur leurs territoires, en matière de vente et de consommation du cannabis, faisait cependant consensus.
2 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 8 décembre 2017 01 h 25

    Moeurs et culture quelle histoire?

    ho! la,la allons nous arriver un jour a séparer culture et moeurs, peut-être devrions nous tous lire René Girard qui a beaucoup traité de la notion de bouc émissaire

  • Serge Pelletier - Abonné 8 décembre 2017 05 h 02

    Survivantes?

    a) Est-ce que cette commission à changer de nom?

    B) Selon le Larousse. Survivantes: "Qui a échappé à la mort dans une circonstance grave (épidémie, catastrophe, etc.)"

    Il serait grand temps qu'il y ait recentrage sur les termes qui doivent être utilisés, et que cesse les exagérations en tous les genres. Nous sommes passés de "femmes disparues ou assassinées"... a un mot qui fait de plus en plus son apparition, soit: survivantes.

    Jusqu'à présent, aucun témoignage ne fait mention d'une fuite éperdue avec un assassin aux trousses, ou d'une blessure infligée lors d'une tentative d'assassinat... Si la personne a été assassinée, elle n'est pas une survivante... Elle est morte. Si une personne est disparue (nonobstant savoir perdue en forêt - ce qui entraîne une survivance), elle n'est pas une personne survivante...

    Alors pourquoi employer ce mot qui fait référence à une mort appréhendée si...