Excuses aux LGBTQ2: des conservateurs avouent leur malaise

Le chef du Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le chef du Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer

Les excuses du gouvernement Trudeau aux membres de la communauté LGBTQ2 n’ont pas fait l’unanimité chez les conservateurs.

Certains élus du PCC reconnaissent en effet avoir été mal à l’aise avec la teneur du discours du premier ministre. Leur chef, Andrew Scheer, affirme néanmoins qu’en appuyant le geste du gouvernement il parlait au nom de son caucus tout entier.

L’allocution de Justin Trudeau aux Communes, mardi, avait été ponctuée d’ovations et d’applaudissements.

Certains députés conservateurs présents en Chambre avaient cependant préféré demeurer assis plutôt que de se joindre aux acclamations de leurs collègues. Une trentaine d’autres conservateurs — ce qui représente environ le tiers du caucus — étaient absents.

Invité à commenter, mercredi, le chef du parti a argué que ce n’était « pas le moment de politiser des questions comme celles-là ». Andrew Scheer avait pris la parole à son tour, à la suite du discours de près d’une demi-heure du premier ministre, pour prononcer le sien, d’un peu plus de six minutes.

« Mes paroles parlent pour notre caucus. J’ai offert mes paroles très, très sincères de la part de notre caucus, et c’est la position du Parti conservateur », a-t-il répliqué mercredi aux quelques questions qui lui ont été posées sur le sujet.

Propos exagérés

C’est que deux de ses députés venaient d’avouer, quelques heures plus tôt, avoir trouvé les propos du premier ministre exagérés. Ted Falk et Harold Albrecht sont tous deux restés assis pendant les excuses du premier ministre.

« J’appuie les excuses, c’est pour ça que j’étais présent », a fait valoir Harold Albrecht à La Presse canadienne.

« Je n’appuie pas toutes les choses qui ont été dites dans ces excuses. C’est allé au-delà de l’excuse, a-t-il toutefois plaidé. Quand on commence à parler d’enfants de six ans dans ce contexte, je décroche. »

Justin Trudeau s’était notamment adressé, en fin de discours, aux « enfants qui écoutent chez eux et qui craignent d’être rejetés à cause de leur orientation sexuelle ». « Vous, votre propre vérité, à 6 ou à 16 ou à 60 ans, la personne que vous êtes est légitime », leur avait-il lancé.

Plus loin que les excuses

Ted Falk n’a pas voulu approfondir la source de son inconfort. « Je crois aux excuses. J’appuie les excuses. J’estime que certaines des déclarations sont allées plus loin que ça », a-t-il indiqué à La Presse canadienne, avant de tourner les talons.

M. Albrecht et M. Falk sont tous deux considérés comme pro-vie par le site Campaign for Life, qui évalue les élus en étudiant leurs votes sur des enjeux comme l’avortement ou le mariage gai.

M. Albrecht a notamment appuyé une motion proposant de rouvrir le débat sur la définition du mariage. M. Falk s’est opposé, comme son collègue, à l’aide à mourir et à l’interdiction de discrimination envers les transgenres.

Andrew Scheer affiche lui aussi un bulletin parfait, selon Campaign for Life. Il s’était opposé dans le passé au mariage entre conjoints de même sexe, mais avait promis en se lançant dans la course à la chefferie du Parti conservateur qu’il ne rouvrirait pas ce débat.

Satisfaction

« Je ne suis pas naïf. Je sais qu’il y a du travail à faire », a commenté le conseiller spécial du premier ministre pour les enjeux de la communauté LGBTQ2, Randy Boissonnault. Car dans le cadre de son travail, il relate être aux premières loges pour constater que « la haine existe » sur les réseaux sociaux. Mais il s’est réjoui que tous les chefs de partis aient participé aux excuses de son gouvernement.

Son collègue Robert Oliphant a choisi lui aussi de saluer le grand nombre d’élus qui étaient bel et bien présents au Parlement. « J’avais de très basses attentes », a-t-il confié, relatant que même sa propre famille avait mis du temps à accepter son homosexualité.

Le discours d’Andrew Scheer lui a plu, et il est d’ailleurs allé l’en féliciter, « parce qu’il doit continuer de tirer son caucus, et j’ai été encouragé en voyant le nombre d’entre eux qui étaient présents ».