Un ancien cadre de Groupaction veut témoigner... avec ses chiens

Ottawa - Après s'être fait présenter comme un témoin clé dans le scandale des commandites, l'ex-employé de Groupaction Alain Richard fait aujourd'hui figure de Myriam Bédard numéro deux que les députés fédéraux hésitent à faire comparaître.

La possibilité est très faible que l'ex-vice-président de Groupaction, Alain Richard, comparaisse devant le comité des Comptes publics, qui mène l'enquête parlementaire sur le scandale des commandites. M. Richard, qui a travaillé pour l'agence montréalaise en 1996 et 1997, soutenait avoir des révélations-chocs à faire, mais le président du comité, le député conservateur John Williams, met sa crédibilité en doute.

«[Le cas de] M. Richard est discutable. J'ai été quelque peu préoccupé par un courriel que j'ai reçu de lui. Il y énumérait un certain nombre de conditions que je ne suis pas prêt à accepter», a déclaré M. Williams hier.

Selon le député Williams, Alain Richard exigerait la présence de ses animaux domestiques lors de sa comparution afin d'avoir un peu de soutien moral. «Il a insisté pour que ses chiens — au pluriel — soient autorisés à être avec lui, parce que les chiens sont les meilleurs amis de l'homme et que ce serait un moment éprouvant. Nous ne voulons pas nous engager sur cette voie. Nous y sommes allés par le passé. Je doute donc que M. Richard soit invité.»

Myriam Bédard

À propos de ses chiens, M. Richard aurait aussi écrit ce qui suit dans sa lettre: «[Ils] m'ont protégé depuis deux ans, ils devraient être à mes côtés.»

M. Williams ne veut visiblement pas répéter l'épisode Myriam Bédard, dont le témoignage truffé de ouï-dire et de rumeurs non fondées avait jeté du discrédit sur son comité. «Nous avons appris la leçon du cas de Mme Bédard», a d'ailleurs dit un de ses adjoints.

Alain Richard soutient depuis plusieurs semaines avoir été témoin de pratiques douteuses alors qu'il travaillait pour Groupaction, une des agences de publicité impliquées dans le scandale des commandites. Puis, le week-end dernier, il a soutenu faire l'objet de menaces de mort, ce qui l'aurait incité à quitter le pays. En fait, selon La Presse, il participerait plutôt, avec son entreprise Rebelles.com et Marigny Solutions Internet, à la Semaine européenne des technologies de l'information (SETI), qui se terminait hier à Paris.

Dans le domaine publicitaire, on n'accorde pas beaucoup de crédibilité à Alain Richard. Au moins une personne bien au fait du milieu a confirmé au Devoir, sous le couvert de l'anonymat, les craintes du député John Williams. On le présente comme un «personnage un peu spécial» ayant «des sautes d'humeur» et qui aurait multiplié les inimitiés dans l'industrie.

Cette source a rappelé que les témoins qui comparaissent devant le comité jouissent de l'immunité parlementaire: ce qu'ils disent ne peut donc pas être retenu contre eux en vue d'éventuelles poursuites judiciaires.

«Ce qui nous inquiète s'il est entendu, ce n'est pas qu'il dise des choses vraies sur ce qu'il a vu lorsqu'il était au sein de Groupaction [...] mais qu'il dise n'importe quoi, des choses pas vraies, et qu'on ne soit pas capable d'aller en contre-interrogatoire.» Cette personne a elle aussi cité le dérapage qui s'est produit avec Myriam Bédard.