Débat sur le retour des petites lames dans les cabines des avions

«Ce n’est pas quelque chose qui va représenter une menace, pour le terrorisme ou la prise de contrôle d’un avion», a dit Marc Garneau.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne «Ce n’est pas quelque chose qui va représenter une menace, pour le terrorisme ou la prise de contrôle d’un avion», a dit Marc Garneau.

Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, affirme que la religion ou les accommodements raisonnables ne sont pour rien dans la décision du Canada de désormais accepter à bord des avions des petites lames en tout genre, y compris des kirpans sikhs.

Le 6 novembre dernier, Transports Canada a annoncé qu’il modifiait la liste des objets proscrits à bord des aéronefs pour y ajouter les quantités supérieures à 350 millilitres de poudre pour bébé, de sels de bain ou encore de sable. Mais Transports Canada retire de la liste les lames de six centimètres ou moins — « de la taille approximative d’un gros trombone », dixit le ministère. Les changements entreront en vigueur lundi prochain. Le Bloc québécois s’interroge sur cette décision.

« Cela fait en sorte que les couteaux de cérémonie, comme les kirpans, vont maintenant être permis. Cette exception est faite sur mesure pour faire plaisir à des groupes religieux qui ont tout de suite applaudi la décision », a lancé à la Chambre des communes lundi le député Xavier Barsalou-Duval. Il a aussi demandé au ministre si « pour lui, l’édit religieux est plus important que la sécurité des passagers ».

Le ministre Garneau a répliqué que cette décision était « pour se mettre en harmonie avec les normes internationales ». Selon lui, la religion n’y est pour rien. « La règle n’a rien à voir avec ça [le kirpan] », a-t-il ajouté aux journalistes tout en admettant ne pas savoir si une demande avait été faite par une quelconque communauté.

Vérification faite, les normes européennes permettent depuis plusieurs années le transport de lames de six centimètres ou moins à bord d’avions. Les États-Unis devaient emboîter le pas en 2013, mais à quelques jours de l’entrée en vigueur du changement, Washington a fait volte-face. Les lames sont toujours interdites à bord des appareils en partance ou à destination des États-Unis.

« Ce n’est pas quelque chose qui va représenter une menace pour le terrorisme ou la prise de contrôle d’un avion », a déclaré le ministre Garneau. Il a souligné qu’en première classe déjà, les passagers reçoivent avec leur repas un couteau dont « les lames sont pas mal grosses ».

Selon le député bloquiste Louis Plamondon, l’argumentaire de l’harmonisation ne tient pas la route. « On vit en Amérique du Nord et aux États-Unis, c’est interdit. […] Nous sommes-nous toujours harmonisés avec les autres pays dans tous les domaines ? Non. On a nos propres règles de sécurité, et ça fonctionne très bien. »

M. Plamondon s’est montré prudent au sujet des motifs à l’origine du changement. « Je m’interroge beaucoup sur les accommodements religieux et la fameuse Charte des droits. » Il n’a pas voulu établir de lien avec la présence de quatre ministres sikhs (dont deux portant le kirpan) au cabinet de Justin Trudeau, mais il a noté que les sikhs forment « la seule communauté qui a un attachement spirituel à ça [un couteau] ». Les sikhs pratiquants doivent porter cinq symboles, dont le turban et le couteau symbolique.

Depuis 2014, le port du kirpan est autorisé dans toutes les ambassades canadiennes à l’étranger, du moment qu’il est placé dans un fourreau et porté en bandoulière sous les vêtements. La personne doit démontrer une croyance sincère en portant les quatre autres symboles du sikhisme. Le kirpan est autorisé à la Chambre des communes et à la Cour suprême du Canada, mais pas à l’Assemblée nationale, interdit qui fait d’ailleurs l’objet d’une contestation judiciaire en Cour d’appel.

La World Sikh Organization of Canada (WSOC) se réjouit du changement apporté et prétend avoir effectué en début d’année des démarches auprès de Transports Canada pour que le Canada adopte les normes internationales en matière de lames.

Le député libéral Randeep Sarai a déclaré qu’il « n’y a jamais eu un seul incident impliquant un kirpan [à bord d’un avion] dans le monde ». La règle rendra les voyages en avion plus faciles pour un grand nombre de sikhs comme lui. « Il n’y a pas de longueur standard de kirpan. Il y a de petits kirpans, de grands kirpans, des moyens kirpans. [Six centimètres], c’est la taille qu’un sikh moyen porterait. »

18 commentaires
  • Pierre Pinsonnault - Abonné 21 novembre 2017 03 h 51

    Voici ma pensée ...

    Finalement j'y renonce car, à 70 ans, je demeure encore trop embrouillé face à cette idée que «les sikhs pratiquants doivent porter cinq symboles, dont le turban et le couteau symbolique» en prenant leur douche, en pratiquant la plongée sous-marine, le judo, l'art de la scène, et quoi d'autre encore.

  • Nadia Alexan - Abonnée 21 novembre 2017 05 h 53

    Il faut modifier la Charte des droits et Libertés.

    Le temps est venu de modifier la Charte des droits et Libertés pour que les religions ne soient plus au-dessus de toutes les autres lois et libertés. C'est ridicule qu'on se trouve assujettis à l'ignorance et à l'obscurantisme dans le XX1 siècle. Les religions basées sur la mythologie et les traditions doivent se pratiquer dans les endroits de culte, pas dans la place publique. Un peu de cohérence de la part du gouvernement Trudeau, s'il vous plait.

    • Jean Richard - Abonné 21 novembre 2017 09 h 03

      « C'est ridicule qu'on se trouve assujettis à l'ignorance et à l'obscurantisme dans le XX1 siècle. »

      Sauf que l'ignorance et l'obscurantisme des uns ne devient pas le savoir et la lumière des autres.

      L'interminable débat sur la laïcité n'est-il pas une manifestation d'ignorance et d'obscurantisme ? L'idée de qualifier le XXIe siècle de siècle du savoir et de la lumière tient à la fois de la croyance et de la prétention. Balayer aussi rapidement des siècles de culture, fussent-ils marqués par des religions, en se contentant de les étamper du sceau de l'ignorance, c'est comme dire que pendant des siècles, les humains étaient des idiots et que l'intelligence est née en Occident à la fin du XXe siècle.

    • Lise Bélanger - Abonnée 21 novembre 2017 09 h 31

      La Charte des droits et libertés énoncent bien sur les domaines où on doit respecter l'égalité et les différences de l'autre au niveau religieux, social etc...

      Mais rien n'empêche les juges de toutes Cours d'interpréter une demande d'accomodement ou autre, soit, comme raisonnable et se justifiant dans une société libre et démocratique, mais rien n'empêche ces juges d'interpréter des accomodements comme déraisonnables s'ils contreviennent à la paix sociale, qu'ils briment la liberté du vivre ensemble et même plus incitent à la discrimination sexuelle, tels les niquabs etc....

      Il y a la loi et l'esprit de la loi. Et normalement c'est l'esprit de la loi qui doit primer sur la loi. Malheureusement, je n'ai jamais vu encore de jugements en vertu des Chartes des doits et libertés appliquer autre chose que la loi. À mon avis, il s'agit d'une immense erreur. Que voulait-on protéger avec les Chartes? C'est là qu'il faut revenir. Certainement pas la différence et l'infériorisation de la femme ou le non respect du vivre ensemble sans arme à l'école ou de ne pas se soumettre aux règles raisonnables de ne pas accepter de turbans dans certains emplois qui exigent un costume.

      Ce ne sont pas les Chartes le problème mais leur interprétation. Et c'est souvent plus politique qu'autrement. En Europe comme au Canada.

    • André Labelle - Abonné 21 novembre 2017 10 h 24

      M. Jean Richard - Abonné (21 novembre 2017 09 h 03), Vous voulez laisser encore les croyances religieuses dicter nos actions et même nos politiques et nos lois. Très surprenante votre attitude.

      Je ne crois pas que vous vivez au même siècle que moi ...

      «Ôtez la crainte de l’enfer à un chrétien, et vous lui ôterez sa croyance.» [Denis Diderot]

    • Gilles Théberge - Abonné 21 novembre 2017 14 h 46

      Lorsqu'une minorité demande une dérogation, ou un accomodement, sur la base d'une «croyance sincère»(!), et qu'on lui accorde. Cette minorité devient de facto, une majorité.

      Lorsque plusieurs minorités demandent une dérogation ou un accomodement, sur la base d'une «croyance sincère»(!) elles deviennent une majorité.

      On mélange bien des choses. Le famueux «vivre ensemble» est un mélange de plusieurs choses, dont la tolérance, l'entraide naturelle, la bienveillance est exempte.

      Cette décision du pouvoir fédéral est un «forcing», une imposition, que bien des gens ne comprennent pas. Et qui argumentent sur une autre base, que les raisonnements abscons du ministre.

      Tandis que la compagnie s'apprête à fare une exception parce qu'il y a trois ministre sikh dans le gouvernement. Point à la ligne!

      C'est la pratique habituelle de ce gouvernement.

    • Benoit Samson - Abonné 22 novembre 2017 09 h 42

      Félicitations monsieur Jean Richard pour votre commentaire, qui malheureusement semble minoritaire, mais que je partage entièrement.

      Comment peut on décrire sérieusement votre position comme ‘’voulant laisser encore les croyances religieuses dicter nos actions et …politiques..’’(André Labelle). Heureusement, on est encore libre dans notre pays de pratiquer ou non une religion et de ne pouvoir la refuser ni imposer à quiconque, ni être pénalisé pour la pratiquer. Mais ou est donc cette menace de se faire imposer le port de signe religieux par quelqu’un d’autre, si ce n’est que dans l’imaginaire de gens épeurés de façon irrationnelle ?

      Cette PEUR maladive de l’autre et la présomption d’intentions maléfiques de la part de ceux qui pratiquent avec ferveur une religion qui ne nous intéresse pas pour quelque raison que ce soit est anormale, et malheureusement souvent un outil de manipulation populiste de la part de certains politiciens.

      A lire certains commentaires de cette chronique on pourrait penser que la solution ou alternative à l’acceptation respectueuse des différences, sans PEUR, ni crainte de perdre notre ''majorité dominante'', serait le clonage de la population à l’image de ceux qui ne peuvent tolérer de ''voir'' que d’autres pratiquent une religion, ne partagent pas leurs avis ou habitudes vestimentaires.

      Le danger du kirpan vient plus des réactions irrationnelles à sa vue de la part de certains d’entre nous que du kirpan lui-même.

      Il y a effectivement lieu comme le fait monsieur Richard de se demander ou est l’ignorance et l’obscurantisme dans cette histoire.

    • Raymond Labelle - Abonné 23 novembre 2017 21 h 42

      C'est à se demander si plusieurs personnes qui commentent ont lu l'article. Ces nouvelles normes ne sont pas des accommodements de quelque sorte envers un groupe donné, religieux ou autre. Ces normes ne touchent pas seulement les lames. Il s'agit d'harmonisation avec les normes internationales - et la journaliste a vérifé - ne s'est pas contentée de prendre la parole du ministre. Bon, les États-Unis font bande à part.

      Honte au Bloc d'aller chercher des poux imaginaires pour nourrir la xénophobie et ainsi se faire du capital politique. Laid.

  • Raynald Rouette - Abonné 21 novembre 2017 07 h 56

    La charte Canadienne ne favorise pas le vivre ensemble!


    Elle ne favorise pas l'harmonie! Elle est coercitive!

    Notre société est en grande mutation depuis la guerre d'Irak.

    Les décisions des juges et des politiques exacerbent et provoquent de plus en plus de tensions dans notre société! Il faut y remédier au plus vite!

    Il y a déjà eu trop de dommages collatéraux, surtout sur le plan humain!

    À l'évidence, nous ne sommes plus en 1982!

  • Josée Duplessis - Abonnée 21 novembre 2017 08 h 04

    N'importe quoi!!!!
    La religion est devenue la suprême règle.
    C'est maintenant la suprématie religieuse qui régit le monde.

    • Lise Bélanger - Abonnée 21 novembre 2017 09 h 34

      Et surtout la politique sous-jaçante dont le pouvoir judiciaire n'est pas si étanche avec le pouvoir exécutif ou législatif. La preuve: la Loi de 1982.

    • Louise Collette - Abonnée 21 novembre 2017 09 h 45

      Bien sûr, André Malraux a dit : <<Le 21e siècle sera religieux ou ne sera pas.>> Eh bien il l'est, que ça nous plaise ou non; pour ma part ça me déplaît grandement.
      Nous sortons au Québec d'une <<espèce>> de dictature religieuse qui nous a longtemps tenus dans l'ignorance et nous voilà de retour à la case départ.
      Pour le kirpan, l'individu qui le porte peut être un être pacifique mais il n'a pas sa place dans un avion de ligne commerciale, quelqu'un d'autre à l'esprit dérangé peut s'en emparer, rien de plus facile et croyez-moi je sais de quoi je parle pour avoir passé une bonne partie de mon existence à 30,000 pieds d'altititude, la police est loin... et s'il arrive quelque chose de sérieux c'est la catastrophe.
      Le kirpan est une arme dangereuse et il y aura des problèmes c'est certain, un jour ou l'autre.
      La religion ne doit pas avoir préséance sur la sécurité, pour aucune raison.
      Certaines personnes qui nous gouvernent ne sont pas responsables, elles ne pensent qu'aux votes.

    • Jean Gadbois - Inscrit 21 novembre 2017 10 h 40

      À l'ère du vide et de la confusion morale et éthique, la règle du "n'importe quoi", s'est taillé une place de choix, Madame, comme vous le dites.
      Le Marché mondialisé s'est imposé à ce point dans ce système économique néo-libéral, qu'il faut accepter un vivre ensemble-amalgamé issu d'une émigration de plus en plus en mesure de répondre aux exigences de la consommation et de la productivité. On s'appuie sur la démocratie et les droits de l'homme, qui sont à ce point d'une telle ineptie pour réguler les moeurs, que le nivau d'inacceptabilité augmente d'un cran par jour dans nos sociétés occidentales.
      On veut acheter, posséder?
      Alors la planète globalisée va venir se joindre à la grande fête et converger chez nous avec ses us et coutumes, ses croyances et ses exigences. C'est le prix à payer, les conflits ethiques et religieux vont nécessairement disloquer notre tissu social mais turban, shariah, niquab, écoles talmudiques illégales etc., vont s'imposer à notre conscience heurtée. Or, bonne nouvelle; nos centres d'achats seront pleins et sous couvert "d'ouverture à l'autre" et de communautarisme, on prend acte de la désagrégation des cultures et des identités autochtones et locales.
      La planète croule sous la sur-population, les mouvements migratoires pendant que les produits de consommation envahissent nos étalages et donnent l'impression que tout se vaut et que tout va bien madame la marquise: tous les chefs d'états vont vous le claironner. Les actionnaires égotistes vont supporter cette bouillie et un huis clos de riches va, au grand jour, s'en frotter les mains.
      Le choc des cultures doit s'inféoder aux impératifs de la rentabilité.
      Vivez ensemble! C'est un ordre! que ça vous plaise ou non, les dommages sociaux colatéraux, on en a rien à cirer... L'environnement social et naturel? "après nous, le déluge", cherchons une autre planète capable de supporter la vie, nos décideurs vont avoir besion d'une banlieu confortable et sécuritaire... et ça presse!

  • Gilbert Troutet - Abonné 21 novembre 2017 08 h 20

    Des symboles désuets

    On se doute bien que cette décision a quelque chose à voir avec le port du kirpan. Mais pourquoi ce genre de symbole désuet est-il si important pour la religion ? Pourquoi faut-il encore, de nos jours, s'afficher en public avec un voile, un crucifix au cou, un couteau à la ceinture ? Me semble que ces religieux en sont restés au stade du fétichisme, qui avait cours dans les sociétés primitives. Or, nous sommes en 2017, n'est-ce pas Monsieur Trudeau ?