Justin Trudeau préfère une Espagne unie

De passage à Saint-Bruno-de-Montarville, Justin Trudeau a été questionné sur la position du Canada au sujet de la déclaration d’indépendance de la Catalogne.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne De passage à Saint-Bruno-de-Montarville, Justin Trudeau a été questionné sur la position du Canada au sujet de la déclaration d’indépendance de la Catalogne.

Le premier ministre canadien s’est rangé dans le camp de l’Espagne, et de ses alliés, en ne reconnaissant pas la déclaration d’indépendance de la Catalogne. « Le Canada reconnaît une Espagne unie. Et c’est notre position », a tranché Justin Trudeau vendredi.

« Je comprends qu’il y a beaucoup de questions internes à l’Espagne maintenant, sur cette question de la Catalogne. Et nous espérons que ça se déroulera dans le respect de la loi, le respect de la Constitution espagnole, le respect des principes de droits internationaux et surtout dans la non-violence », a déclaré le premier ministre, qui était de passage à Saint-Bruno.

Quelques heures plus tôt, le Parlement catalan votait une déclaration d’indépendance de la Catalogne, avant d’être mis sous tutelle par le gouvernement espagnol.

Que pense le gouvernement canadien de cette destitution d’un Parlement régional par un gouvernement national ? Et du rejet de Madrid du vote d’indépendance tenu début octobre en Catalogne ?

« On reconnaît une Espagne unie. C’est notre point final », a statué à Ottawa le secrétaire parlementaire de la ministre des Affaires étrangères, Andrew Leslie, en refusant de dire quoi que ce soit d’autre.

Réactions à Ottawa

Si le gouvernement Trudeau partage la position des États-Unis, de la France et de l’Union européenne, notamment, il faisait bande à part à Ottawa.

Le Bloc québécois, qui avait sommé le gouvernement Trudeau de reconnaître l’indépendance de la Catalogne, a dénoncé un « déni de démocratie ».

« Constitution ou pas, c’est le peuple qui décide, ce n’est pas la Constitution. […] Respectez le droit des peuples à s’autodéterminer ! » a lancé le député Simon Marcil à l’endroit des libéraux.

En s’abstenant aussi de dénoncer la répression espagnole contre les Catalans, les troupes de Justin Trudeau « sont complices de cette violence »,a lancé M. Marcil, qui aurait souhaité voir Ottawa inviter la communauté internationale à organiser une médiation.

Les néodémocrates ne sont pas allés jusqu’à réclamer qu’Ottawa reconnaisse l’indépendance catalane. « Le droit à l’autodétermination, c’est quelque chose de fondamental », a cependant martelé le député Matthew Dubé.

« Le Canada se dit être une voix pour la paix, pour la démocratie sur la scène mondiale. De laisser passer ce genre de violences — comme on en a vu pendant la campagne référendaire et le jour du vote —, c’est complètement inacceptable, a-t-il déploré. Le Canada a la responsabilité de dire à l’Espagne d’ouvrir le dialogue. »

Du côté conservateur, on s’est montré beaucoup plus discret. Le député Alain Rayes n’a pas voulu trop s’avancer sur « un sujet qui est extrêmement complexe ». Il a préféré renvoyer la balle au gouvernement. « C’est un enjeu pour le gouvernement présentement ».

Du côté de Québec, le premier ministre Philippe Couillard a déclaré vendredi dans un communiqué que « ce n’est pas au Québec de s’ingérer dans ce débat de politique ou de dicter la marche à suivre », lançant un nouvel appel au dialogue politique pour dénouer l’impasse.

En matinée, le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a écrit sur Twitter que sa formation « reconnaît » et « appuie » cette déclaration d’indépendance unilatérale, qui a fait descendre des milliers de personnes dans les rues de Barcelone.

6 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 28 octobre 2017 05 h 06

    Les préférences !

    En politique internationale, les pays se respectent, car c'est ce qui les unit.

    Avec ce qui se passe en Espagne, ce principe nécessite de reconnaître sa constitution qui nie l'expression démocratique des citoyens de ces entités subalternes.

    Aussi la réalisation de l'indépendance de telles entités devient problématique, car son accès suit un processus différent que celui associé à un droit pour les colonies.

    Ce processus passe par des ententes à l'interne (scission de la Tchécoslovaquie et démarche écossaise au sein de la Grande-Bretagne), un détachement d’un État membre d’une fédération (la Slovénie de la Yougoslavie et les pays baltes de la Russie, ce qui pourrait être le cas du Québec au Canada), ou une intervention des Nations Unies (le Kosovo).

    À l’exception d’ententes à l’interne, ces processus sont porteurs de tensions et d’affrontements que les pays indépendants cherchent à minimiser pour qu’ils ne dégénèrent pas en atteinte à l’expression démocratique.

    Le cas de la Catalogne vient d’entrer dans cette zone grise à cause de l’attitude légaliste et autoritaire du gouvernement espagnol.

    Ce cas pourrait faire école, car son dénouement, n’étant pas prévisible, résultera de ce qui va se passer dans les mois à venir en Catalogne, en Espagne et sur la scène internationale.

    En cela, il peut inciter à une révision des règles internationales concernant les assises qui unissent les pays au sein des Nations Unies en incluant le respect d’un processus démocratique enclenché au sein d’un pays reconnu par une population qui entend s’en extraire.

    Sous cet angle, les États-Unis, les membres de l’UE et le Canada, par leurs déclarations des derniers jours, paraissent à contrecourant en prônant l’unité de l’Espagne sans soupeser ce que nie l'Espagne.

    Dans ces circonstances, de Gaule aurait tenu des propos différents de Macron, Trump et Trudeau. La PM de la Grande-Bretagne pourrait l'imiter.

  • Jean-Marc Simard - Abonné 28 octobre 2017 07 h 42

    Justin Trudeau favoriserait-il les Coups d'État ?

    Les réponses politiques du Gouvernement Rajoy proposant l'intervention dans le processus électoral de la Catalogne, en prônant la destitution du Gouvernement de Catalogne, démocratiquement élu par les Catalans, et sa mise en tutelle, ressemblent tout-à-fait à la fomentation d'un coup d'État. Le Gouvernement de Madrid a-t-il le droit de procéder ainsi même si sa constitution via le règlement 155 le prévoit ? Au nom du droit international, celui du respect de la démocratie et du droit à l'auto-détermination, je ne crois pas qu'il puisse le faire. Imaginez si le Gouvernement fédéral du Canada se donnait le même droit de destituer et de mettre sous tutelle un Gouvernement provincial dûment élu par sa population...Qu'arriverait-il alors ? Pire, advenant la victoire d'un oui à l'indépendance du Québec, le Gouvernement fédéral réagirait-il comme celui de Madrid ? La présente réaction de Justin Trudeau faite au nom du Gouvernement du Canada en faveur du Gouvernement de Madrid me laisse penser qu'il en serait ainsi, bafouant du même coup tous les grands principes du respect de la liberté de choix, inscrite dans la charte canadienne des droits et libertés sous l'influence de son père P.E.T. S'il refuse de dire aux musulmanes comment s'habiller au nom de la liberté de religion, a-t-il le droit d'en faire autant pour contrer une politique adverse et nier la liberté de choix ? Pourtant, n'est-ce pas ce que laisse entrevoir sa réaction au bras de fer opposant Madrid à la Catalogne ? Par sa réaction sans trop de nuances, Justin Trudeau semble ainsi cautionner le coup d'État fomenté par le Gouvernement de Madrid. Sa déclaration politique manque de profondeur d'analyse d'une situation politique très complexe, compte tenu du fait que la Catalogne a déjà été un pays indépendant dans son histoire et qu'elle a été conquise et soumise par la guerre de Franco...Les partisans de l'indépendance du Québec devront tenir compte de cette nouvelle variable advenant un prochain référendum...

  • Michel Lebel - Abonné 28 octobre 2017 07 h 48

    L'intérêt des États


    Les États agissent essentiellement en vertu de leur intérêt. Aucun État souverain dans le monde, à ce que je sache, n'a intérêt à reconnaître l'indépendance catalane. Dans un avenir sans doute pas trop lointain, un référendum légal devra être tenu, il faut l'espérer, sur le statut politique de la Catalogne. Le référendum écossais pourait tenir de modèle. Mais toute cette question demeure et doit demeurer de la seule compétence espagnole.


    Michel Lebel
    Ancien professeur de droit international

    • Claude Bariteau - Abonné 28 octobre 2017 10 h 41

      Vous écrivez de « la seule compétence espagnole », ce qui laisse entendre qu'il ne pourrait pas y avoir d'interventions externes.

      Au contraire, des interventions peuvent inciter l'Espagne à revoir son approche, une révision, dans ce cas, qui impliquerait que l'Espagne prenne en compte ce qui s'est passé en Catalogne.

      Si tel est le cas, l'Espagne aura certes le dernier mot, mais sa compétence dans ce dossier ne sera pas la seule.

      Cela s'est produit dans les pays baltes, aussi au Kosovo, qui sont des cas d'accès à l'autodétermination externe.

      Avec le cas actuel, le problème qu'il pose n'est pas l'indivisibilité de l'Espagne mais la reconnaissance de l'Espagne comme membre de l'UE.

      L'Espagne a menacé de quitter l'UE si elle reconnaît la Catalogne. L'UE pourrait aussi menacer l'Espagne d'être exclue parce qu'elle recoure à des procédés autoritaires et peu démocratiques pour empêcher la Catalogne de devenir un pays et de faire partie de l'UE.

      En droit international, votre spécialité, les cas d'accès à l'autodétermination externe à partir d'un État reconnu sur la scène internationale sont tous des cas uniques, car il n'y a pas de règles découlant de droits reconnus.

      Dès lors, s'appliquent plutôt des règles particulières soupesées non seulement sur la base des intérêts des États détenant ce titre, mais aussi sur le partage de règle non écrites en cette matière.

  • Patrick Daganaud - Abonné 28 octobre 2017 08 h 06

    Là où règne l'impérialisme, l'indépendance n'est pas

    Que débute le chant du cygne de l’autodétermination : s’ils chantent en chœur, la Liberté se taira!

    Le Monde est soumis aux forces de l'Empire.

    L'Empire assujettit ses émules: il ne les libère pas.

    Son paradigme est celui de la soumission aux Dieux Argent et Profit : ses contrevaleurs sont dictées par le populisme, pas par les intimes convictions culturelles. La démocratie n'a rien à y voir : elle n'y existe pas!

    La Catalogne, démocratiquement libre, vit l'opposition de la Ligue internationale du Capitalisme cannibale.

    La liberté est enchaînée.

    Au Québec, même ses pseudopromoteurs l'enchaînent : leur manque de convictions les plombe à 20 % dans les sondages… Son chantre en chef s'enlise...

  • Gilles Théberge - Abonné 28 octobre 2017 19 h 34

    Quelqu'un ici s'attendait-t-il à ce que Trudeau salue la nouvelle république de Catalogne....?

    Les USA disposaient-ils d'une loi leur permmettant de faire césession de l'Angleterre...?

    Les Irlandais disposaient-ils d'une loi leur permettant de faire césession de l'Angleterre?

    Quel pays d'après vous est prêt à cosidérer le geste de la Catalogne?

    La France qui a peur des Corses, et des Basques, et des Bretons.

    Et l'Allemagne qui subit des pression de certaines minorités.

    L'Angleterre vient de divorcer de l'Union Européenne.

    Et Trudeau qui voit d'un mauvais oeil le Québec...

    Vous pensez vraiment qu'il y a quelque chose de serein dans l'attitude des pays Européen et dans celle du Canada face au pied de nez que viennet de faire les Catalans?