Trudeau ouvre la porte à une contestation de la loi sur la neutralité religieuse

Un gouvernement ne devrait pas légiférer sur ce que doivent ou ne doivent pas porter les femmes, estime Justin Trudeau.
Photo: Francis Vachon La Presse canadienne Un gouvernement ne devrait pas légiférer sur ce que doivent ou ne doivent pas porter les femmes, estime Justin Trudeau.

Le premier ministre Justin Trudeau a ouvert la porte, vendredi, à une éventuelle contestation de la loi québécoise sur la neutralité religieuse.

Après avoir indiqué la veille aux journalistes qui le suivaient à Roberval que ce n’était pas au gouvernement fédéral de contester la loi, M. Trudeau a vite changé son fusil d’épaule.

Il a affirmé lors d’un bref point de presse vendredi matin, à Alma, que son gouvernement allait « prendre ses responsabilités », étudier « attentivement » la loi et « défendre les Canadiens ».

« Je sais que les gens s’attendent à ce que je défende la Charte des droits », a-t-il déclaré.

Une société qui ne veut pas que les femmes soient forcées d’être voilées, peut-être devrait-elle se poser des questions sur ne pas forcer les femmes à ne pas porter le voile.

 

La loi 62 suscite de vives réactions partout au Canada depuis son adoption. Dans un geste plutôt inhabituel, les députés ontariens l’ont unanimement condamnée jeudi, prédisant que sa validité serait contestée devant les tribunaux, en vertu de Charte canadienne des droits et libertés.

La mesure législative prévoit notamment que tous les services publics au Québec devront être donnés et reçus à visage découvert — notamment dans les transports publics et dans les hôpitaux. La loi permet toutefois des accommodements raisonnables, accordés à la pièce.

Le premier ministre québécois, Philippe Couillard, a défendu son projet de loi en invoquant des exigences d’identification, de communication et de sécurité publique. Le Parti québécois et la Coalition avenir Québec souhaitaient une loi plus stricte sur la laïcité de l’État, avec interdiction des signes religieux pour les agents de coercition, comme le préconisait notamment le rapport de la commission Bouchard-Taylor il y a près de dix ans.

Alors qu’il effectuait une tournée de 24 heures du Lac-Saint-Jean, en vue de l’élection partielle de lundi, M. Trudeau a fait valoir qu’aucun gouvernement ne devrait dire aux femmes ce qu’elles doivent ou ne doivent pas porter.

« Une société qui ne veut pas que les femmes soient forcées d’être voilées, peut-être devrait-elle se poser des questions sur ne pas forcer les femmes à ne pas porter le voile », a-t-il affirmé.

Vendredi, la Commission canadienne des droits de la personne est venue en quelque sorte appuyer le premier ministre Trudeau.

La présidente de l’organisme, Marie-Claude Landry, s’est dite « extrêmement préoccupée » par la loi, qui cible d’après elle des personnes qui souffrent déjà de discrimination.

« Les lois doivent servir à éliminer la discrimination et non à la favoriser », a-t-elle déclaré dans un communiqué de presse.

À ce torrent de réactions est venue s’ajouter celle de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), qui juge « inapplicable » la loi 62.

Les municipalités offrent de nombreux services publics, notamment les services de loisirs, de culture et d’activités sportives. Pensons aux bibliothèques publiques, aux camps de jour ou au transport collectif.

Selon l’UMQ, les employés municipaux seront placés dans une position intenable pour faire appliquer cette loi.

Laissez le Québec faire ses choix, martèle le PQ

M. Trudeau et le reste du Canada sont en train d’imposer leur « vision du monde » aux Québécois, a réagi le porte-parole du Parti québécois (PQ) en matière de relations Québec-Canada, Nicolas Marceau.

« Le reste du Canada, autant l’Ontario hier à son Assemblée législative que M. Trudeau aujourd’hui, veulent imposer leur vision du monde, leur façon de voir le monde, à une nation qui est tout à fait autonome et en mesure de faire ses choix. Évidemment, c’est complètement inacceptable », a-t-il dit en entrevue téléphonique.

« Ils doivent laisser le Québec faire ses choix », a-t-il ajouté.

Le visage découvert est une exigence dans plusieurs pays, y compris la France, la Belgique, le Danemark et l’Allemagne, selon M. Marceau, qui se dit « déçu » du manque de respect des Canadiens envers le Québec.

« Vous savez très bien que le voile qui cache le visage est un symbole d’oppression pour les femmes, a-t-il dit. Au Québec, on n’aime pas ce symbole-là. »

9 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 20 octobre 2017 14 h 25

    Une société distincte


    Trudeau devrait se mêler des affaires de son Parlement. De toute façon, sa philosophie en matière des droits de la personne est tellement simpliste. Il faudra bien un jour qu'il reconnaisse que le Québec est dans le faits et le droit une société distincte. Que son cher papa n'avait pas le monopole du bon jugement et qu'il pouvait se tromper.


    Michel Lebel

    • Jacques Patenaude - Abonné 20 octobre 2017 20 h 40

      bien d'accord

  • Christian Montmarquette - Abonné 20 octobre 2017 14 h 35

    Couillard et le fédéralisme renouvelé..

    - Hahaha!!

    C'est Trudeau qui va se charger d'invalider une loi libérale au Québec!

    C'est-ti ça qu'on appelle le "fédéralisme-renouvelé" ?

    .. lol!...

  • Nadia Alexan - Abonnée 20 octobre 2017 14 h 41

    Où se trouve le féminisme de monsieur Trudeau?

    Le fait que le Premier ministre, Justin Trudeau, s'empresse à défendre l'indignité de ce voile intégral démontre son ignorance de ce que ce voile représente. Même quelques pays arabes ont interdit le port de ce vêtement qui porte atteinte à la dignité des femmes. Comment peut-il se vanter d'être féministe et en même temps appuyer un symbole de misogynie et de soumission? Le Premier ministre devrait se renseigner sur ce voile souillé du sang des femmes musulmanes qui ont perdu leurs vies pour ne pas vouloir le porter.

  • Loraine King - Abonnée 20 octobre 2017 15 h 55

    Présomptueux

    Ne présumez pas du jugement des cours, M. Trudeau - c’est une cause que vus pourriez perdre. Les provinces ont juridiction quand il s´agit d’établir les exigences d'identification, de communication et de sécurité publique pour leur fonction publique et les services qu’elle offre aux citoyens.

  • Pierre Deschênes - Abonné 20 octobre 2017 16 h 23

    À voir...

    Il sera intéressant de voir la réaction de Philippe Couillard, jusqu'ici le Grand Canadien, suite à l'annonce des (possibles) intentions de Justin Trudeau. Il serait aussi paradoxal que Philippe Couillard se retrouve dans la position d'avoir à défendre et faire siens les intérêts du Québec.

    • Jacques Patenaude - Abonné 20 octobre 2017 20 h 47

      Laissons les libéraux se dépêtrer avec le problème qu'ils ont créé. Ils se sont pris dans leurs propres piège et je n'ai aucune empathie pour eux. ça fait assez longtemps qu'ils laissent pourrir le problème pour des raisons électoralistes, qu'ils se démerdent.