Neutralité religieuse: Singh change d’avis

Le nouveau chef du NPD, Jagmeet Singh, a réitéré sa conviction que les tribunaux invalideront le projet de loi 62 au nom du respect des chartes des droits et libertés.
Photo: Chris Young La Presse canadienne Le nouveau chef du NPD, Jagmeet Singh, a réitéré sa conviction que les tribunaux invalideront le projet de loi 62 au nom du respect des chartes des droits et libertés.

Le nouveau chef du NPD, Jagmeet Singh, s’oppose toujours au projet de loi 62 ordonnant la prestation et la réception de services publics à visage découvert. Mais il reconnaît qu’il ne lui reviendra pas, en tant que politicien fédéral, de mener la charge judiciaire contre cette législation québécoise.

« Ce n’est pas notre juridiction de faire cela », a déclaré M. Singh, qui était de passage à Ottawa au lendemain de son élection décisive à la tête du NPD. Il aurait donc changé d’avis ? lui ont demandé les journalistes. « Ce n’est pas mauvais de changer d’avis. »

Jagmeet Singh a créé des remous dans les rangs québécois de son parti pendant la course au leadership lorsqu’il a laissé entendre en entrevue avec le Huffington Post qu’il se joindrait à une contestation judiciaire advenant l’adoption de la loi. Il a rappelé lundi qu’il n’aimait toujours pas ce projet de loi.

« Je respecte la juridiction du Québec, mais en même temps, c’est à moi de dire ma position sur les lois. Si un gouvernement, une nation veut privatiser quelque chose, c’est à moi comme néodémocrate de dire non, je ne pense pas que cela profitera aux gens. Alors de la même façon si quelque chose brime les droits de la personne, c’est à moi de dire non, je ne suis pas d’accord. »

Le nouveau chef du NPD a réitéré sa conviction que les tribunaux invalideront la loi québécoise au nom du respect des chartes des droits et libertés.

Démission

Jagmeet Singh a confirmé qu’il démissionnera de son siège à l’Assemblée législative ontarienne qu’il détient depuis 2011. Il n’imitera donc pas la chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, qui a été très critiquée pour avoir choisi de demeurer députée à Québec jusqu’à l’élection provinciale de 2018. « J’aurai un salaire versé par le parti et on aura des conversations pour compléter les détails », a révélé M. Singh.

Pour l’instant, il n’a pas l’intention de briguer un siège à la Chambre des communes avant l’élection fédérale générale de 2019, même s’il se montre ouvert à changer d’avis. Une occasion se présentera sous peu puisque le décès du député libéral Arnold Chan forcera la tenue d’une élection partielle dans la circonscription torontoise de Scarborough-Agincourt.

Je respecte la juridiction du Québec, mais en même temps, c’est à moi de dire ma position sur les lois


M. Singh s’est fait demander ce qu’il pensait du fait qu’il avait pu entrer librement dans l’édifice du parlement bien que portant son kirpan, le petit couteau symbolique sikh, alors qu’il aurait été interdit d’accès à l’Assemblée nationale. La Cour supérieure a validé en 2015 cette restriction.

« Il y a des différences qui existent entre toutes les provinces, toutes les nations. Il y a des règlements [différents] entre chaque nation, chaque province », s’est-il borné à répondre.

Par ailleurs, M. Singh semble avoir pardonné à son député Pierre Nantel, qui avait déclaré que ses symboles religieux ostentatoires étaient incompatibles avec les attentes des Québécois envers leurs leaders politiques.

M. Nantel a posé les troisième et quatrième questions néodémocrates lors de la période de questions, ce qu’il faut voir, selon le député Alexandre Boulerice, comme « un signe de confiance ».

M. Singh dévoilera sous peu son choix de leader en Chambre.

24 commentaires
  • André Tremblay - Abonné 2 octobre 2017 20 h 27

    Jamais....

    Jamais je ne voterai pour le parti d'un chef arborant un signe religieux aussi visible. Qu'il le porte dans son intimité, d'accord. Mais qu'il l'abhore dans l'espace public, jamais. C'est un manque de respect pour sacommunauté d'accueil. À Rome, tu agis comme les romains, un point c'est tout.

    • Patrick Papineau - Abonné 2 octobre 2017 23 h 06

      Nous ne sommes pas à Rome, et ce "principe" n'a aucune valeur juridique. La Cour suprême a reconnu le droit aux sikhs de porter leur turban et leur kirpan. C'est ça la loi ici et même dans un Québec souverain, j'espérerais que ça soit la même chose. Ça va faire la discrimination sur la base de la religion: le droit à la liberté de religion est autant dans la Charte des droits de Trudeau père que dans celle de René Lévesque.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 3 octobre 2017 03 h 45

      C'est aussi mon point de vue. Comment un homme portant un turban (symbole identitaire et politico-religieux) peut-il représenté un peuple d'abord de souche chrétienne, mais hétérogène dans les grandes centres urbains?

    • Nicolas-Félix Lacombe - Abonné 3 octobre 2017 09 h 11

      Si je ne suis pas d'accord avec le comportement de M. Singh, je dois vous faire voir certaines choses : ce n'est pas le Québec sa communauté d'accueil, donc ce qu'il fait n'est pas un manque de respect tant qu'il le porte sous son casque de moto; secundo, il agit parfaitement comme ses Romains, c'est-à-dire les Canadiens, il pratique même leur sport national, le Quebec bashing.

      Les postures de ce chef nous montrent une nouvelle fois que le passé ressurgit: la lune de miel entre un parti fédéraliste et le Québec est terminée, puisqu'il est possible d'être élu de façon majoritaire sans nous. On ne peut plus espérer de compromis ou de reconnaissance à Ottawa.

    • Etienne Boivin - Inscrit 3 octobre 2017 09 h 13

      Moi ce sont les idées qui m'intéressent. Singh ne fait pas la promotion de sa religion sur la place public. Son turban, il peut bien le porter. Je jugerai bien de ce qu'il propose, mais je ne jugerai pas par son turban. Il est ici chez lui, ce n'est pas un visiteur étranger. Il EST un romain.

    • Jacques Audet - Inscrit 3 octobre 2017 11 h 31

      «Comment un homme portant un turban (symbole identitaire et politico-religieux) peut-il représenté [sic] un peuple d'abord de souche chrétienne»? Pour vous, donc, seuls les chrétiens devraient avoir le droit de se lancer en politique et s'ils le font, ils doivent représenter les chrétiens avant tout? Si jamais cela se produisait, serait-on vraiment dans une démocratie?

    • Jacques Audet - Inscrit 3 octobre 2017 11 h 34

      «Jamais je ne voterai pour le parti d'un chef arborant un signe religieux aussi visible».
      Moi, jamais je ne voterais pour le parti d'un chef qui serait incapable de respecter la diversité, qui serait contre les chartes des droits, qui protesterait contre la présence du religieux dans l'espace public seulement quand il s'agit d'une religion autre que chrétienne.

  • Robert Beauchamp - Abonné 2 octobre 2017 22 h 49

    Conflit d'intérêt

    Il va exercer une pression judiciaire comme politicien pour servir sa propre cause. On n'aurait jamis permi cela à un catholique de la part d'une position fédérale.

    • Jacques Audet - Inscrit 3 octobre 2017 11 h 28

      Le port de signes religieux est déjà permis par la charte canadienne et la charte québécoise.

    • Gilles Théberge - Abonné 3 octobre 2017 11 h 50

      On ne le permet plus. On l’a jadis permis.

      C’est un retour en arrière inacceptable.

      Même l’abbé Gravel s’était départi de son col romain.

    • Robert Beauchamp - Abonné 3 octobre 2017 14 h 00

      C'est tout à fait ce queJ'ai voulu faire saisir M. Audet. Il va laisser les autres monter aux tribunaux à sa place sans y céder son pôle d'influence, bien au contraire, il ira à fond la caisse en coulisse car il occupera une loge comme chef de parti tout en démontrant aux Québécois qu'il n'est pas en cause dans la démarche.

    • Jacques Audet - Inscrit 3 octobre 2017 16 h 06

      L'abbé Gravel n'a été forcé par personne (sauf par la pression des pairs et le climat politique) à retirer son col romain.

  • Alain Larouche - Abonné 3 octobre 2017 07 h 21

    Une mort annoncée.

    Un principe fondamental que les Québécois ont dans le plus profond d'eux-mêmes, c'est que la religion et la politique ne peuvent cohabiter ensemble. Et cela le NPD ne l'a pas compris. Peu importe les entourloupettes de leur chef. Le NPD est mort au Québec.

    • Jacques Audet - Inscrit 3 octobre 2017 11 h 27

      Et pourtant, il y a des croix partout au Québec, sur les édifices ou accrochés à une chaîne au cou, on trouve un crucifix à l'Assemblée nationale, on a officiellement célébré une messe pour les 350 ans de Montréal sans que personne ne s'en offusque.
      Et «les Québécois» ne sont pas tous du même avis sur bien des sujets, on n'est quand même pas une bande de moutons sans cervelle qui ne font que suivre une idée unique.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 3 octobre 2017 08 h 44

    Se faire connaître ici, au plus tôt et pour le mieux

    Le nouveau chef du NPD devra absolument expliquer aux québécois pourquoi il se sent obligé de porter son turban, la nature et l’étendue de ses convictions politiques et surtout quelle est sa latitude politique face à sa religion: ils ne doivent pas considérer sa coiffure comme une barrette, mais comme un chapeau. Alors, ils se rappelleront le petit caluron d’excellents ministres libéraux provinciaux professant la relation juive et voudront peut-être voter pour lui. Il lui faudra aussi nous assurer qu’il respectera la volonté de l’Assemblée nationale du Québec, conscient que nous formons une nation pacifique et sensée respectueuse du droit. Selon moi, le projet de loi 62 est un minimum dans un état laïque et le chef du NPD devrait facilement l’accepter, son visage étant parfaitement visible. Personnellement, je pense que le visage humain doit être facilement identifiable dans l’espace public, et ceci au moins pour des raisons sécuritaires évidentes. Pourquoi le nouveau chef du NPD ne viendrait-il pas passer ses étés au Québec? Pourquoi ne nommerait-il pas un lieutenant politique québécois chéri des québécois?

    • Jacques Audet - Inscrit 3 octobre 2017 11 h 24

      Non, il n'a pas besoin d'expliquer tout ça... C'est une affaire privée. Les chrétiens qui font de la politique ne justifient pas leurs pratiques religieuses, qui restent privées.

  • Luc André Quenneville - Abonné 3 octobre 2017 09 h 16

    toujours...

    tourner sa langue 7 fois avant de parler. À Québec, on nous impose l'obscénité d'un crufiucifix avec un mec de cloué dessus. Si l'Assenblée Nationale n'est pas un lieu public, mieux encore, la maison du peuple, je me demande bien ce que c'est. Si à Rome, on vit comme les Romain, à Québec, on semble vivre comme au Vatican. Ce qui est bon pour nous est inacceptable pour les autres??? Tous ces petites croix que les gens portent en épinglette ou sur une chaîne (bien visible dans beaucoup de cas), ça ne compte pas pour M. Tremblay??? Oh wait, on est les dominants, c'est culturel. Sorry monsieur... ce crucifix entre dans ma peau comme le glaive qui perfore la peau du crucifié. Je ne suis pas baptisé et cette culture ne prend pas souche dans ma famille arrivée ici en 1775. Au sanglant crucifix, qui signe un accord de gouvernance entre le clergé et l'Union Nationale, je préfère de loin les turbans colorés de M. Singh et son petit couteau. Symbole rappelant le besoin de lutter contre l'oppression et l'injustice et non les péchés (wtf) et la turpitude des pénitents. Être théiste et vouloir être croyant... j'adopterais la religion Sikh bien avant le catholicisme.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 3 octobre 2017 12 h 47

      Et voilà le bal des revendicateurs "npédistes" est commencé.

      Les premiers... de la dictature de la "bienpensance québécoise" sont de retour après les vacances... d'Été !

      L'un...vomit la relgion catholique et vourait adopter le Sikhisme...
      (qui se veut être une "religion" entre les principes de l'hindouisme et les principes islamistes...) On n'est pas sorti du bois!

      L'autre... n'a rien compris à la laïcité de l'État dans la société civile...et la neutralité de ses dirigeants...« Le principe de la laïcité de (et dans) l'État impose une stricte neutralité dans le service public. Alors que dans la vie privée, la règle est celle de la liberté de religion.»

    • Claude Richard - Abonné 3 octobre 2017 13 h 36

      L'aliénation peut prendre bien des formes, mais renier les siens pour se tourner vers des étrangers tout aussi étroits d'esprit, et peut-être plus, est assez particulier. C'est le résultat d'une culpabilisation collective à laquelle on nous soumet depuis quelque temps. Se serrer les coudes entre Québécois est passé de mode. On n'ira pas loin de cette façon.