Jagmeet Singh, un homme contre le racisme et pour le français

M. Singh est en politique partisane depuis 2011.
Photo: Darryl Dyck La Presse canadienne M. Singh est en politique partisane depuis 2011.

Coqueluche de la gauche torontoise, Jagmeet Singh était jusqu’à tout dernièrement inconnu à l’extérieur de l’Ontario. Qui est donc le huitième chef du NPD et quelles idées a-t-il défendues en campagne ?

Jagmeet Singh, 38 ans, est né en banlieue de Toronto de parents ayant émigré du Punjab. S’il aime répéter dans les rallyes politiques qu’il provient d’une famille d’agriculteurs et comprend donc la réalité du monde rural, son vécu est beaucoup plus ancré dans l’urbanité canadienne. Ce sont ses parents qui sont issus de générations d’agriculteurs. Eux-mêmes ont poursuivi des études libérales au Canada. Le père de Jagmeet est psychiatre et sa mère, enseignante. Jagmeet a pour sa part décroché un baccalauréat en biologie à la Western University et obtenu un diplôme de la Faculté de droit Osgoode. Pendant ses études, il a milité contre la hausse des droits de scolarité en Ontario.

Une fois entré au Barreau en 2006, Jagmeet Singh se lance comme avocat de la défense spécialisé en droit criminel, d’abord au cabinet torontois Pinkofskys, puis à son compte. C’est à cette époque qu’il milite contre le contrôle aléatoire d’identité (le carding) pratiqué en Ontario. Cette pratique policière consiste à interpeller quiconque sur la voie publique pour l’obliger à s’identifier et à répondre à des questions. Le « carding » a été critiqué en Ontario, car il tend à viser de manière disproportionnée les Noirs et autres personnes racisées. M. Singh soutient avoir lui-même été apostrophé de la sorte à une dizaine de reprises.

Jagmeet Singh parle anglais, punjabi et français. Il raconte avoir décidé d’apprendre la langue de Molière quand il a réalisé que les Québécois subissaient ce que ses parents avaient vécu dans leur Inde natale : un manque de respect pour leur langue ayant nourri « un sentiment de honte ». Dans une vidéo de campagne destinée au Québec, il avait expliqué s’être procuré une cassette de Roch Voisine pour se faire l’oreille. Il a dû retirer la vidéo de son site Internet cet été après que le chanteur acadien eut dénoncé l’utilisation de son oeuvre à des fins politiques.

La politique depuis longtemps

Jagmeet Singh fait ses premiers pas en politique en 2011, lorsqu’il tente de se faire élire à la Chambre des communes dans la circonscription de Bramalea-Gore-Malton, alors détenue depuis 1993 par le libéral Gurbax Malhi, lui aussi sikh — la circonscription abrite la plus grande communauté indienne du Canada. Il mord la poussière, mais arrive néanmoins à 539 voix seulement du gagnant, le conservateur sikh Bal Gosal, triplant du même coup le score précédent du NPD. À l’automne de la même année, il se présente dans la même circonscription à l’élection provinciale même si le NPD ontarien y enregistre historiquement des résultats faméliques. Cette fois, il l’emporte.

À Queen’s Park, il milite contre le « carding ». Il dépose aussi à répétition un projet de loi pour soustraire ses coreligionnaires à l’obligation du port de casque à moto. Lui-même préfère le vélo. Il se targue d’enfourcher son vélo pliable Brompton « lorsqu’il circule au pays » et de pédaler pour aller travailler. Il pratique plusieurs arts martiaux, notamment le jiu jitsu brésilien. L’acceptation parfois difficile de sa différence est à l’origine de ce passe-temps, soutient-il sur son site Internet. « J’ai dû apprendre à me défendre par moi-même, d’où mon intérêt de longue date pour les arts martiaux. »

Jagmeet Singh a voulu surfer sur le message d’espoir laissé par Jack Layton avant de mourir. Son thème de campagne s’en veut le reflet : « Coeur et Courage ». C’est ce slogan (« love and courage » en anglais) qu’il a répété en boucle à la dame qui a perturbé un de ses événements publics en vociférant à quelques centimètres de son visage qu’il voulait imposer la charia au Canada.

Au début de la course au leadership, Jagmeet Singh avait été accusé par ses adversaires de transgresser l’idéologie néodémocrate en disant vouloir sonder les militants de Colombie-Britannique et d’Alberta avant de se prononcer sur le pipeline Kinder Morgan. Une semaine plus tard, il était rentré dans le rang en s’y opposant, de même qu’au projet Énergie Est.

Accent sur les aînés

La promesse phare de M. Singh consiste en la « protection canadienne pour les aînés », soit la création d’une nouvelle prestation pour les aînés fusionnant quatre programmes, dont la Sécurité de la vieillesse (SV) et le Supplément de revenu garanti. Le tout serait modulé selon les revenus du contribuable, ce que lui a vertement reproché Charlie Angus. L’universalité de la SV fait partie de l’orthodoxie néodémocrate.

Comme ses adversaires dans la course, Jagmeet Singh a proposé de hausser les impôts des plus riches. Le taux d’imposition passerait à 35 % pour les revenus de 350 000 $ et à 37 % pour ceux de 500 000 $ ou plus. Le taux d’inclusion du gain en capital passerait de 50 % à 75 %. Un impôt de 40 % serait appliqué aux successions pour les actifs de plus de 4 millions de dollars. Le taux d’imposition des sociétés serait rehaussé de 15 % à 19,5 %. Par contre, il n’a pas, contrairement à Guy Caron et à Niki Ashton, proposé de taxe annuelle sur la richesse accumulée. Pour toutes ces raisons, on dit qu’il était le candidat le plus centriste de la course.

En bon néodémocrate, il milite pour un système électoral proportionnel, pour la lutte contre les changements climatiques ou encore la défense des droits des personnes LGBTQ2. Il a proposé la fin de l’interdit de don de sang par les gais actifs sexuellement. Il s’est cependant démarqué en proposant que soit décriminalisée la possession de toutes les drogues.

Pendant la campagne, M. Singh est de loin celui qui a récolté le plus de fonds, avec une somme jusqu’à présent de 619 000 $. Fait à noter, près du tiers de cette somme — 179 128 $ — provient de la ville de Brampton, où il est élu. La région de Brampton compte cinq circonscriptions, pour l’heure toutes représentées par des députés de Justin Trudeau. De même, 20 % de tous les fonds récoltés par M. Singh proviennent de gens dénommés Singh ou Kaur, le nom donné aux hommes et aux femmes sikhs.

10 commentaires
  • Gilles Delisle - Abonné 2 octobre 2017 07 h 44

    La dérive politico-religieuse du Canada

    Pendant qu'au Québec si des symboles religieux devraient être tolérer ou refuser dans différents secteurs laiques, au Canada, on remarque que les symboles religieux ont la cote. Que ce soient au Parlement fédéral, ou dans les partis politiques, les symboles religieux s'installent de plus en plus. Des religieux qui s'affichent ne devraient pas occuper des postes politiques , ni être tolérer dans la sphère publique d'aucunes manières. Le Québec, espérons-le, devra s'affirmer pour une laicité complète dans toutes les sphères de la société.

  • Cyril Dionne - Abonné 2 octobre 2017 07 h 45

    La gauche torontoise ne vote pas NPD

    Jagmeet Singh, la coqueluche de la gauche torontoise qui ne vote pas NPD. « Ah ben ». Les votes pour le NPD en Ontario sont situés dans le nord de cette province et les travailleurs ne se reconnaissent pas dans ce multiculturalisme larvé. Pas plus pour ceux d’Hamilton, de Windsor et d’Oshawa. Au Québec, le NPD a signé son arrêt de mort. Dans l’ouest, la situation risque d’être la même puisque le NPD fait piètre figure dans le vote urbain.

    La religion s’invite maintenant dans le socle laïc des travailleurs et du parti de Tommy Douglas. Bonne chance. Que le dernier qui quitte la salle ferme les lumières SVP avant que ce parti disparaisse et que M. Singh se réinvente comme libéral, Bob Rae oblige.

  • Nicole Delisle - Abonné 2 octobre 2017 08 h 25

    Cela risque d'être différent au Québec!

    Il serait surprenant qu'il devienne la coqueluche au Québec. Qu'il le veuille ou non, le fait qu'il affiche de façon évidente des signes religieux, alors que le débat sur la laïcité est si sensible au Québec, risque d'en heurter plusieurs. Pour plusieurs québécois, religion et politique sont deux entités à ne pas mêler ensemble. Nous avons trop connu l'époque où la religion et le politique étaient étroitement liés et les méfaits pas très recommandables qu'ils ont causé. Nous ne voulons plus revenir en arrière. Alors afficher ouvertement son identité par ses signes religieux risque de n'être pas très gagnant pour M. Singh. Le Québec est bien une société distincte et pas seulement au niveau de la langue!

  • Luc André Quenneville - Abonné 2 octobre 2017 09 h 39

    Bienvenue M. Singh

    Enfin du renouveau dans le ciel fédéral. Jack Layton avait résussi à aller chercher le coeur des Québécois, déjà, vous avez le mien. Quel vent de fraîcheur sur cette scène poilitique, drabe, sans idée nouvelle. Bienvenue M. Singh.

    • Cyril Dionne - Abonné 2 octobre 2017 16 h 56

      Je ne sais pas quel vent de fraîcheur vous nous parlez de, mais chez les travailleurs ordinaires, cette intrusion de la religion dans les affaires de l'état, n'est pas la bienvenue. Les gens ne voteront pas pour quelqu'un qui porte sa religion sur sa tête comme ils ne voteront pas pour quelqu'un qui s'habille en croisé. C’est tout simplement la fin du NPD.

      Je suis un citoyen du comté de Charlie Angus (Timmins—Baie James) et le consensus n'est pas favorable à la direction multiculturaliste bornée qu'a prise ce parti. Les gens ordinaires, ne se reconnaissent plus dans ce parti qui était auparavant, champion de la classe moyenne et non pas celui des idéologies politico-religieuses. La gauche multiculturaliste n’existe pas; c'est seulement chez les amis imaginaires et QS qu'on la retrouve.

      Cyril Dionne

    • Nadia Alexan - Abonnée 2 octobre 2017 17 h 41

      Malheureusement, si jamais monsieur Jagmeet Singh est élu Premier ministre, il ne pourra pas rentrer à l'Assemblée nationale avec son kirpan qui est interdit!

  • Nadia Alexan - Abonnée 2 octobre 2017 12 h 29

    Une erreur que le NPD regrettera!

    L'élection de Jagmeet Singh à la tête du NPD signale le retour de l'intégrisme religieux dans les affaires de l'État. C'est un triste jour pour le Canada et pour la séparation de l'Église de l'État.

    • Yvon Bureau - Abonné 3 octobre 2017 12 h 32

      J'appuie+++

      Non Non Non aux signes religieux.

      Vous verriez un prêtre catholique élu, siégeant et se déambulant au Parlement en soutane, barrette, et autres signes.

      Si quelqu'un peut lui rappeler que les religions sont des inventions des humains