Forte diminution des entrées irrégulières près du poste frontalier de Lacolle

Depuis janvier, 32 000 personnes ont demandé l’asile au Canada.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Depuis janvier, 32 000 personnes ont demandé l’asile au Canada.

Le nombre de réfugiés qui entrent au Québec par le chemin Roxham a grandement diminué depuis la fin de l’été. Trois fois moins de personnes traversent la frontière de façon irrégulière par rapport au sommet du mois d’août. Mais la crise n’est pas pour autant terminée, prévient le gouvernement.

« Ce serait imprudent de dire que la crise est finie », a affirmé le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, à l’issue d’une rencontre de ministres à laquelle s’était jointe par téléphone la ministre québécoise de l’Immigration, Kathleen Weil, pour discuter de l’afflux d’arrivées irrégulières à la frontière.

Au mois de septembre, ils étaient en moyenne une soixantaine par jour à entrer au Québec en évitant le poste frontalier officiel de Lacolle. Au mois de juillet, la moyenne était de 100 par jour (3000 pour le mois), avant de bondir à 190 par jour au mois d’août (5600 au total). Le rythme a ralenti, constate le gouvernement. Mais il prévoit néanmoins des roulottes chauffées pour Lacolle, qui devraient être prêtes cet automne. Car les choses pourraient changer, a souligné le ministre Garneau, en évoquant notamment les statuts temporaires de protection de certaines populations qui pourraient être révoqués aux États-Unis. « On ne peut pas baisser les bras. Il va falloir qu’on continue d’être vigilants », a fait valoir le ministre Garneau.

Le temps d’attente pour que les demandeurs sachent s’ils sont admissibles à faire une demande d’asile serait de quelques jours, selon le ministre de l’Immigration, Ahmed Hussen. Les réfugiés entrés au pays depuis le 1er juin ont toutefois accès dès leur arrivée au programme de santé intérimaire d’Ottawa — plutôt que de n’avoir accès aux soins de santé aux frais d’Ottawa qu’une fois leur demande d’asile jugée recevable et transmise à la Commission de l’immigration et du statut de réfugié (CISR).

Depuis janvier, 32 000 personnes ont demandé l’asile au Canada, dont 13 200 sont entrées de façon irrégulière au pays (11 900 au Québec, dont 8500 aux seuls mois de juillet et d’août). En 2016, le Canada avait reçu 23 900 demandeurs d’asile, mais les chiffres fluctuent d’année en année, alors qu’ils atteignaient 33 000 en 2009.

Aucun des demandeurs arrivés de façon irrégulière au Québec depuis janvier n’a été expulsé. Le processus d’évaluation de leurs demandes n’est pas encore terminé. La « grande majorité » des dossiers sont transmis à la CISR, selon le ministère de l’Immigration. Et un « très, très faible pourcentage » d’individus interceptés par la GRC étaient mêlés à des activités criminelles, a précisé la police fédérale, sans pour autant pouvoir fournir de chiffres plus précis.

Des hauts fonctionnaires d’Immigration Canada, de la Sécurité publique, de la GRC et de l’Agence des services frontaliers étaient invités à faire le point sur la situation à la frontière en comité parlementaire, jeudi, et ils ont notamment tenu à déconstruire certains mythes.

Les demandeurs d’asile qui traversent la frontière de façon irrégulière ne pénalisent pas les réfugiés que parraine le gouvernement canadien pour les faire venir de l’étranger. « Les deux ne se mélangent pas, en matière de traitement des demandes. Les places de l’un ne sont pas prises par l’autre », a insisté Michael MacDonald, du ministère de l’Immigration.

L’augmentation de cette année semble multifactorielle au ministère, qui croit toujours que les États-Unis respectent l’entente sur les tiers pays sûrs — qui permet aux réfugiés de faire une demande au Canada s’ils entrent au pays en évitant un poste frontalier. Ottawa a réévalué le système de détermination du statut de réfugié des Américains, après le dépôt des décrets migratoires du président Donald Trump. « Nous maintenons que leur système est équitable », a affirmé Paul McKinnon, d’Immigration Canada.

Des centaines de demandeurs à l’école

Pas de problème d’accueil des enfants demandeurs d’asile : bien qu’ils aient été de plus en plus nombreux à s’inscrire dans les écoles montréalaises depuis la rentrée, leur nombre est en deçà des attentes et demeure gérable. « Il y en a plus qui s’inscrivent depuis la rentrée, mais on en a beaucoup moins que ce qu’on prévoyait », a indiqué Alain Perron, porte-parole de la Commission scolaire de Montréal (CSDM). Jusqu’ici, environ 300 nouveaux arrivants se sont inscrits dans les écoles francophones de l’île, soit 117 à la CSDM et 170 à la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB). Selon les directives données par le ministère de l’Éducation, tous ces enfants doivent être scolarisés en français gratuitement, peu importe leur statut migratoire. Bien que plusieurs de ces nouveaux arrivants soient haïtiens d’origine, plusieurs ne parlent pas suffisamment le français et sont intégrés en classe d’accueil. Par ailleurs, dix groupes d’enfants sont toujours scolarisés à même les centres d’hébergement temporaires. Il y a trois semaines, alors que 400 enfants vivaient dans ces centres, le ministère de l’Éducation avait demandé à des organismes communautaires de coordonner des activités éducatives de français et de mathématiques. Lisa-Marie Gervais