Devant l'ONU, Trudeau livre un grand mea culpa sur la question autochtone

Au concert des nations, le premier ministre du Canada a opté pour l’autocritique.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Au concert des nations, le premier ministre du Canada a opté pour l’autocritique.

La Corée du Nord, les missions de maintien de la paix ou encore les grandes migrations humaines n’auront pas trouvé grâce aux yeux de Justin Trudeau. Pour son second passage au concert des nations, le premier ministre a plutôt opté pour l’autocritique. La quasi-totalité de son discours de 30 minutes aux Nations unies a porté sur le triste sort réservé aux peuples autochtones du Canada et les mesures prises par son gouvernement pour renverser cette tendance qui lui fait « grandement honte ».

« Le Canada n’est pas un pays des merveilles où les difficultés que d’autres connaissent n’existent pas », a commencé M. Trudeau alors qu’il s’adressait à la 72e Assemblée générale de l’ONU jeudi midi. Il a raconté que le Canada s’est bâti « sans la participation significative de ceux qui étaient là en premier ». « Pour les peuples autochtones au Canada, l’expérience en a été principalement une d’humiliation, de négligence et d’abus. »

« L’incapacité des gouvernements canadiens successifs à respecter les droits des autochtones du Canada nous fait grandement honte, a-t-il ajouté. Et pour beaucoup trop d’autochtones, ce non-respect des droits persiste encore aujourd’hui. » Il a évoqué les avis persistants d’ébullition d’eau dans les communautés, le taux de suicide autochtone, les cicatrices laissées par les pensionnats autochtones. « Et même si les écoles résidentielles sont heureusement des reliques du passé, encore trop de jeunes autochtones sont envoyés loin de leurs familles pour obtenir l’éducation de base que la plupart des Canadiens tiennent pour acquise. »

M. Trudeau a exposé les mesures prises par son gouvernement pour rectifier le tir, dont la division du portefeuille autochtone entre deux ministres d’expérience et le démantèlement promis du ministère des Affaires autochtones et du Nord. Il a souligné l’adhésion récente du Canada à la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones et énuméré les mesures prises pour en atteindre les objectifs.

« Mauvaise tribune »

Au total, 8 des 12 pages de son discours ont porté sur les autochtones. Selon Jocelyn Coulon, chercheur au CERIUM et ex-conseiller de Stéphane Dion lorsqu’il était ministre des Affaires étrangères, « c’est la mauvaise tribune ». « C’est un discours à consommation interne, c’est-à-dire que les médias demain [aujourd’hui] vont dire : “M. Trudeau a dit au monde qu’il s’occupait des autochtones.” Évidemment, le reste du monde écoute, mais je ne suis pas certain que ça les intéresse vraiment. […] La tribune des Nations unies sert justement à dire au monde comment le Canada se positionne sur les enjeux. Et là, on n’a rien eu. »

Le Canada est en campagne de séduction en vue du vote, en juin 2020, pour l’obtention d’un siège au Conseil de sécurité de l’ONU. Il est en compétition avec la Norvège et l’Irlande. Le Canada avait reçu une rebuffade en 2010, se faisant pour la première fois de son histoire refuser le siège qu’il convoitait.

Jocelyn Coulon estime que M. Trudeau aurait dû profiter de son discours pour convaincre les pays de voter pour le Canada en parlant d’enjeux qui les intéressent. Il pense notamment aux missions de paix. Plus d’un an après la promesse canadienne de s’y rengager, une annonce sur un possible déploiement militaire se fait toujours attendre.

L’an dernier, M. Trudeau avait utilisé la tribune onusienne pour rappeler ses dadas électoraux, soit l’importance d’aider la classe moyenne et d’investir dans les infrastructures publiques. M. Trudeau a justifié ses choix oratoires en point de presse subséquent, jeudi. « Il m’est arrivé à plusieurs reprises au fil des ans, lorsque je suggérais que certains pays devaient faire mieux en matière de droits de la personne […] de me faire répondre : “Qu’en est-il de la crise autochtone au Canada ?” Il est temps qu’on assume la responsabilité des erreurs du passé et qu’on le partage avec l’ONU. »

Les conservateurs à Ottawa ont dénoncé les absences de ce discours. « Il a raté l’occasion d’exprimer l’opinion du Canada devant un auditoire mondial sur les enjeux de l’heure […] : le sort des Rohingyas, la crise des migrants partout dans le monde, la situation en Ukraine, le groupe EI », a déploré le député Erin O’Toole.

Par ailleurs, M. Trudeau a au passage parlé dans son discours des changements climatiques. « Il n’y a aucun pays sur cette planète qui peut échapper à la réalité des changements climatiques », a-t-il lancé dans ce qui a été perçu comme une pique aux États-Unis. Il a été applaudi.

10 commentaires
  • Jacques Morissette - Inscrit 22 septembre 2017 03 h 51

    La meilleure critique, c'est celle qui passe par soi, son pays, et Justin Trudeau l'a bien fait.

    J'ai écouté en ligne le discours de Justin Trudeau. Hélène Buzzetti ne dit pas grand chose de ce discours. Elle fait plutôt parler les autres : Jocelyn Coulon, les Conservateurs, etc. Quant à moi, il a bien fait les choses. Avant de parler de la politique des autres pays, d'abord donner le bon exemple. C'est ce qu'il voudrait faire et c'est ce qu'il a surtout dit dans son discours. Rien de mieux que de donner l'exemple aux autres, si le Canada réussit à construire les choses tel que Justin Trudeau le souhaite.

    Penser vouloir faire la morale aux autres sans s'occuper de la sienne à soi, c'est une manière d'inviter les autres à le faire pour soi. C'est de faire que la roue de la sempiternelle critique des autres empêche les uns les autres à mieux se regarder soi. Si tout les pays essayaient de faire de même, il y aurait beaucoup moins besoin de faire l’interventionnisme auprès des autres et de se faire fermer la porte par les autres, pour cause de mauvaise foi.

    Pendant que j'écoutais Justin Trudeau en ligne, j'ai lu certains commentaires de personnes qui ne disaient pas grand chose de bon, à propos du discours de M. Trudeau. En résumé, je trouvais bon nombre d'entre eux mesquins. Certains l'ont même traité de menteur. Je me suis abstenu de qualifier ceux-ci de mesquins, je les ai plutôt invité à donner la chance au coureur. En effet, Justin Trudeau m'a semblé très sincère dans le ton et la profondeur de certains passages de son discours, d'où ma conviction en ce sens.

    • Gilles Théberge - Abonné 22 septembre 2017 12 h 19

      Monsieur Morissette, je respecte votre opinion.

      Mais je pense que cet exercice avait pour but, uniquement de noyer le poisson.

      Il a fait le beau. D'ailleurs il a toujours l'air BCBG. Il est propre et bien mis, toujours les cheveux bien coiffés...

      Mais pour ce qui est des "autochtones", lisez l'article sur la commission. Elle agonise. Je prévois qu'elle va échouer misérablement, nonobstant la valeur des Commissaires.

      Trudeau est bien jeune pour aller faire le beau à l'ONU.

    • Claude Bariteau - Abonné 22 septembre 2017 13 h 42

      Je vous suis mal M. Morrissette. M. Trudeau n'a fait que ce que nombres de pays ont fait avant lui concernant les droits des peuples autochtones. Avant ce discours, le Canada ne reconnaissait pas les droits définis par l'ONU. Depuis ce discours, il les reconnaît, ce qui est le seul changement par raport aux gouvernements canadiens précédents à l'égard de la position des Nations Unies.

      Autre point : les peuples autochtones étaient associés aux Français avant 1760 au sein de la Nouvelle-France. Après 1760, ils relevèrent directement de la Grande-Bretagne à la suite de l'accord d'Oswegatchie. Ils sont demeurés sous la tutelle de la Grande-Bretagne jusqu'en 1867 alors qu'ils devinrent sous la tutelle du gouvernement central du Dominion of Canada.

      C'est sous ce Dominion que fut instituée la loi des Indiens en 1876, loi qui demeure toujours. Par ailleurs, c'est avec les développements des politiques sociales et territoriales que les peuples autochtones furent pris en charge par le gouvernement canadien et les gouvernements provinciaux dans leurs champs de compétence et c'est dans cette perspective que des ententes tripartites furent signées.

      Un problème demeurait, qui est la reconnaissance des droits des peuples autochtones à l'autodétermination interne, qu'a faite les Nations Unies dans les années 1990. Le Canada ne l'avait pas approuvé. Là, c'est fait, ce qui va dans le sens du déploiement par le gouvernement canadien d'une recherche de réconcilliation après plus de cent ans de régime de la Grande-Bretagne, 64 ans de régime du Dominion of Canada et 76 ans de régime Canadien.

      Cela étant, ce PM n'a fait que ce qu'ont fait d'autres pays dans les années 1990. En ce sens, il a suivi leurs exemples plutôt que donner l'exemple à suivre.

  • Yves Côté - Abonné 22 septembre 2017 03 h 54

    Honte, oui...

    Honteux, oui.
    Honteux que le Pit se serve aussi ouvertement et sans gêne de la plus prestigieuse tribune politique internationale pour faire de la politique intérieure...
    Les peuples amérindiens n'ont pas plus besoin de mea culpa du Canada que de promesses de son Premier Ministre. Ce dont ils ont besoin, c'est de respect et d'actes concrets.
    Voilà ce dont ils ont besoin et dont ils manquent depuis que leur pays leur a été volé par les armes et la force butale en 1759 et que la colonisation britannique qui s'en est suivie leur a imposé des lois nenues del'étranger pour les dominer.
    Le reste n'est que de la propagance en direction des "clients" du Canada et de l'épivardage à visée déculpabilisante.

  • Réal Ouellet - Inscrit 22 septembre 2017 08 h 17

    Trudeau

    est si imbu de sa personne qu'il n'a pour horizon que lui-même et SON Canada. Il continuerait les selfies même en zone de guerre.

  • Colette Pagé - Inscrite 22 septembre 2017 08 h 56

    Le Jovialiste PM 1

    Culpabiliser les citoyens du Canad face à la planète pour le traitement infligé aux Premières Nations était une bien mauvaise idée alors qu'il incombe au Gouvernement de prendre les dipositions nécessaires afin de corriger les erreurs du passé.

    L'ONU n'était pas la place pour parler des problèmes internes qui déshonorent le Canada et les décideurs politiques successifs.

    Cette observation était faite il incombait au PM de prendre de la hauteur et à l'instar du Président Macron de traiter des enjeux internationaux en invitant notamment le Président américain à jeter du lest dans ses menaces à la Corée du Nord pour faire place à la diplomatie tout en l'invitant à reconsidérer sa décision de se retirer de l'accord de Paris.

    Une occassion manquée de se comporter en chef d'État !

  • François Beaulne - Abonné 22 septembre 2017 09 h 15

    Encore un show de boucane

    Jusqu'à quel point ira la tolérance des canadiens à l'endroit des shows de boucane que nous livre de plus en plus fréquemment Justin Trudeau en guise de programme politique. D'abord l'autorisation des pipelines en contradiction avec ses engagements au Sommet de Paris sur les changements climatiques; ensuite la vente d'armes à l'Arabie Saoudite pendant que Badawi se fait flageller et que les saoudiens utilisent ces armes pour combatrre des 'rebelles' du sud; maintenant cette déclaration non solicitée sur les nations autochtones pendant que l'enquête interne sur la disparition des femmes autochtones piétine et que la Commisssion nommée pour examiner ce dossier est en processus de désintégration. Tout ça pour éviter de parler des vrais questions de l'heure aux Nations Unies!. A voir la complaisance des médias avec Trudeau depuis son élection c'est à se demander si Trump n'a pas un peu raison dans sa relation de scepticisme avec ce groupe.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 22 septembre 2017 18 h 52

      Entièrement d'accord avec vous M.Beaulne.