Jagmeet Singh prêche la séparation de l’État et de l’Église

Jagmeet Singh a annoncé avoir obtenu l’appui du député Nathan Cullen (à gauche) dans la course à la chefferie du NPD, mercredi.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Jagmeet Singh a annoncé avoir obtenu l’appui du député Nathan Cullen (à gauche) dans la course à la chefferie du NPD, mercredi.

L’aspirant chef du Nouveau Parti démocratique Jagmeet Singh dit croire fermement en la séparation de l’Église et de l’État. S’il milite pour l’exemption du port du casque de moto pour ses coreligionnaires sikhs, c’est au nom des droits de la personne et de l’uniformité du droit canadien.

« Je crois fermement dans la séparation entre la religion et l’État »,a déclaré M. Singh, qui était de passage à Ottawa mercredi pour annoncer l’obtention de l’appui du député Nathan Cullen. L’enjeu du casque de moto n’en est pas un religieux, assure-t-il. « Pour moi, ce n’est pas une question de séparation [entre religion et État], c’est une question de droits de la personne. C’est la même chose pour la lutte des LGBTQ. C’est difficile de faire ça, mais c’est quelque chose qu’on doit faire, qu’il faut faire, parce que tous les gens ont besoin d’avoir les mêmes droits. »

La Colombie-Britannique et le Manitoba exemptent déjà les sikhs de l’obligation de porter un casque de moto. Selon M. Singh, « il faut avoir des lois qui sont comparables ». Il a répété qu’il ne craignait pas que ses signes religieux lui nuisent au Québec, contrairement à ce qu’a prophétisé le député Pierre Nantel. « Si j’ai le temps de parler avec les gens, je peux “connecter” avec les gens. »

La députée Anne Quach est d’accord avec lui, bien qu’elle reconnaisse qu’il pourrait être difficile de « vendre » M. Singh à cause de ses signes religieux. « C’est peut-être un défi, effectivement, dit-elle. Ça dépend de la façon dont il va partager ses messages. Mais pour l’instant, ça ne m’inquiète pas, parce que tous les dossiers qu’il aborde, ce sont des dossiers qu’on met en avant nous aussi. » Pour sa part, la députée Christine Moore reconnaît que M. Singh « va attirer les questions », mais qu’il s’agira seulement d’une « curiosité » qui pourra facilement être satisfaite.

M. Nantel a déclaré qu’au Québec, les « signes religieux ostentatoires, on croit que ce n’est pas compatible avec le pouvoir, avec l’autorité ». Le député Pierre-Luc Dusseault s’est dissocié des propos de son collègue. « Est-ce que cette opinion existe ? Sans doute. Mais je ne la partage pas et est-ce qu’un grand nombre de personnes la partagent ? J’en doute. »

Romeo Saganash estime, lui, que l’opinion de M. Nantel est répandue. « Je suis député du Québec. Je le vois, je le sens, on m’en parle tout le temps », a-t-il dit à La Presse canadienne.Mais il n’y adhère pas pour autant. « On a des chartes. On les applique ou on ne les applique pas. »

Pas de siège immédiat

M. Singh est le seul des quatre candidats de la course néodémocrate à ne pas déjà avoir un siège à la Chambre des communes. S’il remporte la chefferie, il n’entend pas en solliciter un d’ici l’élection de 2019, ce que l’actuel chef Thomas Mulcair a critiqué. « Si nous devons avoir quelqu’un qui dirige le parti après mon départ, ce serait beaucoup mieux que cette personne soit en mesure de croiser le fer quotidiennement avec le premier ministre. »

M. Singh entend « faire la même chose » que Jack Layton qui, en tant que chef, avait sillonné le pays pendant un an et demi pour propager ses idées avant d’être élu député en juin 2004. Le NPD comptait 14 députés à l’époque. Il en a aujourd’hui 44.

Nathan Cullen a même laissé entendre que cette façon de faire augmentera les chances électorales du NPD. « On était incroyablement forts à la Chambre des communes pendant la dernière législature, mais pas tant que cela à l’extérieur de la “bulle”. […] Vous vous souviendrez que nous étions très critiques de Justin Trudeau, qui n’était pas aussi présent à la Chambre qu’il l’aurait fallu. » Aujourd’hui, « c’est lui le premier ministre ».

Bains se dit contre le projet de loi 62

Le ministre fédéral Navdeep Bains est en désaccord avec le projet de loi sur la neutralité religieuse de l’État du gouvernement Couillard parce qu’il est contraire, selon lui, aux principes de la Charte canadienne des droits et libertés. « Oui, je suis opposé au projet de loi 62 qui est devant la législature provinciale, a-t-il répondu aux questions des journalistes. Je crois que nous avons clairement une Charte des droits et libertés au Canada qui s’applique à tous les Canadiens, incluant ceux qui vivent au Québec. » Les propos du ministre surviennent quelques jours après une déclaration de la chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, qui dénonçait ce qu’elle perçoit comme une montée de la gauche religieuse. Elle attaquait ainsi la position de Jagmeet Singh sur le projet de loi 62. Les propos de Mme Ouellet démontrent que le Bloc québécois mise encore une fois sur la peur, selon M. Bains. La Presse canadienne
11 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 21 septembre 2017 01 h 15

    Projet de loi 62 et la Canadian Constitution

    Le port du niqab ou de la burka est un droit constitutionnel au Canada. Mais ce n’est pas un droit constitutionnel en France. Ce n’est pas un droit constitutionnel en Belgique. Ce n’est pas un droit constitutionnel en Allemagne. Et ce n’est même pas un droit constitutionnel au Maroc, pourtant pays musulman.

    Les rédacteurs de la Canadian Constitution n’ont pas su prévoir la montée de l’intégrisme musulman. L’intégrisme religieux a toujours existé mais le wahhabisme a pris en Occident une influence considérable, grâce aux sommes colossales que la dictature saoudienne consacre à sa promotion.

    Lorsqu’on accuse le Québec de brimer, par son projet de loi 62, les droits constitutionnels des femmes portant le niqab et de celles qui portent la burka, ce qu’on fait, c’est qu’on exige la soumission du Québec à l’ordre constitutionnel stupide dicté par le Canada anglais.

    On ne se demande pas si l’interdiction du niqab et le la burka est justifiée : on constate simplement que cette interdiction est contraire à la Canadian Constitution et on voudrait que nous nous inclinions béatement devant cette dernière.

    Comme s’il s’agissait d’un texte sacré que l’ancien premier ministre Pierre-Elliott Trudeau — tel Moïse descendant de la colline Parlementaire — aurait confié à son peuple de la part de Dieu.

    Au contraire, la Canadian Constitution est une loi ethnique votée par l’ethnie dominante du Canada à l’issue d’une séance ultime de négociation à laquelle le Québec n’a pas été invité.

    Pourquoi — ciel ! — devrions-nous nous à cette loi ethnique dysfonctionnelle ?

  • André Chevalier - Abonné 21 septembre 2017 07 h 49

    Sophisme de Jagmeet Singh

    Mettre sur le même pied le port d'un symbole religieux et l'orientation sexuelle, c'est un sophisme grossier.
    Le port d'un symbole religieux est un choix, mais pas l'orientation sexuelle.

  • Gilles Delisle - Abonné 21 septembre 2017 08 h 09

    La séparation de l'Eglise et de l'Etat!

    Un humoriste habillé de la sorte sur une grande scène québécoise, déclarant qu'il est pour la séparation de l'Eglise et de l'Etat, et la salle croule de rires.

  • Bernard Terreault - Abonné 21 septembre 2017 08 h 10

    Casque en moto

    C'est leur propre vie qu'ils mettent en péril ! Comment peut-on être aussi aveuglé par la "religion" ? Et si des Anglicans invoquaient leur propre religion pour rouler à gauche comme en Angleterre plutôt qu'à droite ? Et si ma propre religion, en accord avec la Nature, m'obligeait à me promener tout nu dans la rue ?

  • Marc Lacroix - Abonné 21 septembre 2017 08 h 41

    Propos incohérents !

    Tiré de l'article : "S’il milite pour l’exemption du port du casque de moto pour ses coreligionnaires sikhs, c’est au nom des droits de la personne et de l’uniformité du droit canadien."

    Cette affirmation est incohérente, pour la simple et bonne raison que le casque de moto n'est pas bon uniquement pour les catholiques, les protestants..., et tous les autres, sauf les sikhs, il est obligatoire et recommandable pour tout le monde ! D'une part, les sikhs n'ont pas une physionomie différente des autres humains. D'autre part, l'exigence de — droits différents — sur la seule base d'une croyance purement subjective constitue une aberration. En effet, certains hommes peuvent bien prétendre croire qu'ils peuvent être polygames ou encore forcer des filles de 14 ans à les épouser pour des raisons de croyances..., mais ce n'est pas acceptable !

    Au nom même de ce que M. Singh dit défendre, les droits religieux devraient être encadrés et faire partie d'une catégorie particulière. Personne ne doit se subir de discrimination — à la condition — que ses croyances soient acceptables et ne contreviennent pas aux lois du pays. Le concept même de lois à géométrie variable en fonction de croyances religieuses contribue à saper l'uniformité des lois à par le fait même à l'applicabilité de celles-ci..., à la grandeur du pays ! Une loi, pour Pitou, une autre pour Minou, pour les musulmans, les juifs...

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 21 septembre 2017 10 h 41

      Si des entrepreneurs Sikhs veulent créer un casque surdimentionné pour tenir compte de leur coiffe, pas de problème.

      Mais réclamer une exception à une mesure de sécurité valable pour tous, c'est inacceptable.