Ottawa aussi traque le racisme

La député libérale Iqra Khalid
Photo: Patrick Doyle La Presse canadienne La député libérale Iqra Khalid

Ottawa ne sera pas en reste en matière de chasse au racisme. Tandis que Québec aura sa consultation semi-publique sur la discrimination systémique, la Chambre des communes a entamé lundi soir son étude sur « les formes de racisme et de discrimination religieuse systémiques ».

Le comité entendra des témoins jusqu’au 10 novembre prochain, à raison de quatre heures d’audience par semaine de travaux parlementaires. Le Comité permanent du patrimoine canadien a reçu le mandat de tenir ces audiences dans le cadre de la motion 103 adoptée dans la controverse par les députés en mars dernier. Pilotée par la libérale Iqra Khalid, la motion stipulait qu’il faut endiguer le « climat de haine et de peur qui s’installe dans la population » et condamner « l’islamophobie et toutes les formes de racisme et de discrimination religieuse systémiques ». Libéraux et néodémocrates avaient voté unanimement pour la motion, mais bloquistes et conservateurs avaient voté contre.

Oppositions

Le Bloc québécois rejetait la prémisse qu’il existe un « climat de haine et de peur » tandis que les conservateurs craignaient pour la liberté d’expression, faisant valoir que le concept d’islamophobie, non défini, pourrait être interprété comme toute critique de l’islam. Seuls deux conservateurs avaient voté avec le gouvernement. La motion, d’abord déposée à l’automne 2016 dans une relative indifférence, avait enflammé les esprits lorsqu’elle a été débattue en février, à peine trois semaines après la fusillade ayant fait six morts dans une mosquée de Québec.

«Islamophobie »

Lundi, Mme Khalid a brisé la glace en comparaissant devant ses pairs. « En tant que parlementaire, je ressentais le besoin d’avoir plus de données concrètes sur le problème de racisme systémique et de discrimination religieuse au Canada. Et je me suis dit “Quel meilleur endroit pourrions-nous avoir pour étudier cette question que notre propre Chambre des communes, la Chambre du peuple ?”» a-t-elle déclaré. Certes, sa motion faisait mention de l’islamophobie, mais Mme Khalid a insisté sur l’importance d’élargir l’étude pour parler de toutes les formes de racisme.

Les lignes de fracture qui avaient été mises à jour cet hiver ont refait surface. Ainsi, le député conservateur David Sweet a voulu parler « de l’éléphant dans la pièce ».« Il y a des préoccupations concernant l’étymologie de ce terme d’islamophobie. […] Un important pourcentage de Canadiens craignent que leur liberté d’expression soit limitée si ce terme d’islamophobie n’est pas défini. » À l’opposé, la chef du Parti vert, Elizabeth May, a lancé qu’« à aucun moment M-103 ne limitera la liberté d’expression, instaurera la charia au Canada et fera de l’islam une religion plus protégée que les autres religions ». Ce à quoi Iqra Khalid a répondu qu’il y avait « beaucoup d’opinions erronées, mais il faut regarder vers l’avant ».

Après Mme Khalid, des représentants de la Gendarmerie royale du Canada ainsi que de la fonction publique fédérale ont comparu. Le Conseil du trésor a révélé qu’un projet pilote de recrutement anonyme battait son plein au sein de 16 ministères participants. « Le projet pilote comparera les résultats associés à la sélection traditionnelle des candidats par rapport à la sélection dans laquelle les gestionnaires ne voient pas le nom du candidat », a expliqué Carl Trottier, sous-ministre adjoint. Les résultats seront connus d’ici la fin de l’année.


Discorde au NPD

La sortie du député néodémocrate Pierre Nantel à propos de l’aspirant-chef Jagmeet Singh et de la difficulté qu’il entrevoit à faire accepter son turban par les Québécois suscite des remous au sein du NPD. Son collègue François Choquette lance n’être « pas d’accord avec lui pantoute ». « Je suis un peu choqué, un peu écoeuré d’entendre ces histoires que les Québécois seraient moins accueillants. Ça m’énerve un peu. Je ne suis pas d’accord avec ça du tout. Au contraire, il n’y a pas de problème à ce qu’une personne ait la religion qu’elle a, s’exprime comme elle veut et ait la couleur qu’elle a. » Au cours de la fin de semaine, Pierre Nantel a déclaré à propos de M. Singh, un sikh pratiquant portant kirpan et turban : « Aussi charismatique soit-il, il y a des incompatibilités avec ce que les Québécois veulent voir dans leurs chefs publics, dans les politiciens. On a bien vu qu’on ne veut pas voir de signes religieux ostentatoires, on croit que ce n’est pas compatible avec le pouvoir, avec l’autorité. » Un autre député du Québec s’est dit d’accord avec lui. « Je pense qu’il a un point », a lancé Romeo Saganash, sans vouloir préciser sa pensée. Le chef sortant, Thomas Mulcair, s’est contenté de dire qu’il a « toujours trouvé plus important de regarder ce que les gens avaient dans la tête, plutôt que sur la tête ».

 
14 commentaires
  • Andréa Richard - Abonné 19 septembre 2017 06 h 39

    Un lien entre sur- et -dedans-!

    Mr. Mulcair;

    Ce que l'on a sur la tête reflète ce que l'on a dans la tête! Surtout en matière de signe religieux ostentatoire; et qui plus est, l'ostentatoire est un équivalent de l'extrémiste. Il ne faut donc pas minimiser...
    Andréa Richard

  • Nadia Alexan - Abonnée 19 septembre 2017 06 h 54

    La laïcité de l'état est primordiale pour une démocratie saine.

    Je suis d'accord avec le député, Pierre Nantel, que la laïcité de l'état exige la neutralité de la personne qui représente des milliers d'autres, qui ne partagent pas nécessairement sa religion. Il faut afficher la séparation, claire et nette, entre la politique et la religion dans la fonction publique. Si moi, comme fonctionnaire, je n'ai pas le droit d'afficher mes préférences politiques, il ne faut pas que j'affiche ma religion avec des signes ostentatoires, non plus. Nos élus n'ont pas compris encore que la séparation entre l'église et l'état est primordiale pour une démocratie saine et sans dogme.
    Les croyances de Monsieur Jagmeet Singh se sont révélées quand il a demandé une exemption du port du casque pour les croyants sikhs.

    • Loraine King - Abonnée 19 septembre 2017 09 h 14

      Il n'y a aucune relation entre l'absence de signes religieux ostentatoires et la neutralité religieuse des législateurs. Je pourrais vous citer une liste tellement longue de législateurs ne portant aucun signe religieux qui ont voté selon leur conscience religieuse, et contre l'avis juridique de la Cour suprême sur les droits de la personne, qu'elle dépasserait ce que permet Le Devoir. Des votes sur le mariage entre conjoints de même sexe, sur l'euthanasie, sur la peine de mort, sur le réouverture de la législation sur l'avortement, etc.

      Celà ne fait aucune différence si un législateur porte ou ne porte pas un signe religieux, alors pourquoi l'interdire? Chose certaine, on ne peut interdire la conscience religieuse d'un individu car celà irait à l'encontre de la neutralité de l'état. Un député, un politicien n'est pas un représentant de l'état au même titre qu'un fonctionnaire. Un député représente le peuple, pas l'état.

      Personnellement, j'aime mieux savoir avec qui je fais affaire. Si la personne expose publiquement des convictions religieuses, je ne me gênerai pas pour lui poser certaines questions...

    • Loraine King - Abonnée 19 septembre 2017 09 h 38

      Concernant le casque, Jagmeet Singh demandait un accommodement raisonnable - qu'un Sikh puisse légalement faire de la moto sans casque. Madame Wynne a refusé cette demande parce qu'y accéder augmenterait les risques de blessures sur la route pour les Ontariens (les Sikhs de l'Ontario étant strictement des Ontariens aux yeux de Madame Wynne).

      M. Singh ne proposait pas de restreindre un droit mais de l'élargir. Par contre quand des politiciens sans signes religieux proposent de réouvrir un débat, disons Harper et la loi sur le mariage entre conjoints de même sexe, ils signalent qu'ils sont sprêts à restreindre des droits déjà reconnus par une majorité de législateurs et une majorité de juges dans plusieurs provinces.

      C'est pour celà que je fais plus confiance en un Jagmeet Singh, qui porte un signe religieux, qu'en un Stephen Harper qui n'en porte pas.

    • Gilles Théberge - Abonné 19 septembre 2017 12 h 50

      Madame King, votre opinion révèle surtout une prise de position politique.
      C'est légitime je ne vous conteste pas ce droit.

      Mais il serait plus honnête de l'admettre.

    • Loraine King - Abonnée 19 septembre 2017 16 h 31

      Je ne nie pas mes prises de position politique, pas plus que vous. C'est pour celà que je ne voterais sans doute jamais pour un candidat du NPD. Mais je n'ai aucun problème à respecter des opinions divergentes car elles sont aussi normales que la pluie et le beau temps.

  • Pierre Fortin - Abonné 19 septembre 2017 10 h 52

    Si on commençait par nommer les choses correctement


    À force de répéter l'expression "racisme systémique", celle-ci sera bientôt reconnue comme une réalité avérée. Or, s'il est difficile de contester qu'il y ait du racisme au Québec comme dans toute société (ses diverses manifestations étant amplement médiatisées), il est par contre moins certain que ce racisme soit systémique, entendant par là que le mal atteint toute la société.

    Jamais on n'a étudié l'ampleur du phénomène et jamais on n'a fait la démonstration que celui-ci était généralisé à l'ensemble de la population. Une couverture médiatique, même intense, ne remplacera jamais une étude sociologique sérieuse et je ne crois pas qu'il soit sage de s'attaquer à la résolution d'un problème alors qu'on en ignore l'ampleur et la véritable nature.

    Et si on commençait par définir le problème et le circonscrire avec précision ?

    • Jean-Marc Simard - Abonné 19 septembre 2017 17 h 15

      Le racisme systémique équivaut à dire qu'il y a un régime d'apartheid au Canada et surtout au Québec. Ce qui est complètement faux...L'insistance de Couillard et Cie de percevoir que ce racisme systémique existe est excessivement offensant pour les Québécois qui sont un des peuples les plus tolérants au monde...Je pense que Couillard a un préjugé favorable à l'Islam et que sa commission sur le racisme systémique vise à prouver que l'Islamophobie existe et que les Québécois en sont responsables...Or si on inversait la situation et que l'on essayait de prouver que la québécophobie existe belle et bien et ce depuis le mconquête peut-être alors que la commission sur le racisme systémique prendrait une toute autre tangente...Ainsi on s'apercevrait enfin que le peuple du Québec est davantage victime de ce phénomène que les gens de l'Islam...

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 19 septembre 2017 12 h 34

    Appelons un chat un chat

    L'islamophobie, soit la peur de l’Islam, ce n'est pas du racisme, car la religion n’est pas un gène hérité à la naissance, mais plutôt le résultat d’un lavage de cerveau.

    L'islamophobie n’est pas dirigée contre des personnes, mais contre une idéologie, l’Islam, qui est plus un système politique et social (charia, marquage par le voile et la barbe, nourriture halal, non-mixité des sexes, refus de la laïcité, tentative d'implantation de la charia, ...) qu'une religion. C'est cela qui fait peur à beaucoup de gens, et non pas le fait que les musulmans prient Allah.

    • Pierre Fortin - Abonné 19 septembre 2017 14 h 43

      Nous avons vécu il y a une vingtaine d'années une tentative quasi délirante d'introduction de la charia dans le système juridique ontarien. Il s'en est fallu de peu que les belles âmes multiculturalistes prennent le dessus et concèdent aux Musulmans la gestion de la justice civile comme le conçoit le Coran. Veut-on vraiment accepter que les principes et doctrines religieux régissent les rapports homme-femme ?

      Si on ne discute pas aujourd'hui du principe fondamental de la séparation des pouvoirs de l'Église et de ceux de l'État, on finira peut-être par retrouver un passé que nous croyons révolu.

      N'est-ce pas cela qu'il faudrait d'abord éclaircir à la consultation sur le "racisme systémique" ? D'ailleurs, s'agit-il bien de racisme ou de choix de société ?

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 19 septembre 2017 12 h 36

    Distinguer les idées et les personnes.

    On a le droit et je dirais même le devoir de critiquer des idéologies et les religions qui prônent la préséance de soi-disant lois religieuses sur les lois de l’État.

    On a raison à bon droit d’avoir peur et même de haïr des doctrines qui ne respectent pas l’égalité homme-femme, qui exigent la ségrégation des sexes, qui préconisent de tuer les mécréants, de stigmatiser les homosexuels. Ceci n’est pas du racisme.

    On peut haïr des idées, mais on n’a pas le droit de haïr des personnes et de s’attaquer à eux physiquement ou en paroles.

    • Alain Pérusse - Abonné 19 septembre 2017 13 h 18

      Interdir la pratique d'une religion reconnue à travers le monde, si ce n'est pas de la haine envers ses pratiquants ou ceux issus de sa culture, je me demande alors ce que ça signifie. Sûrement pas une avancée de l'humanité.