Les Canadiens contre le retrait du nom de John A. Macdonald

Selon des historiens, John A. Macdonald serait responsable de politiques de destruction des populations amérindiennes par la famine.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Selon des historiens, John A. Macdonald serait responsable de politiques de destruction des populations amérindiennes par la famine.

Une majorité de Canadiens est opposée à l’idée de supprimer le nom et les représentations de l’ancien premier ministre John A. Macdonald de l’espace public, du moins selon un sondage mené par l’institut Angus Reid entre le 25 et le 27 août : 55 % des Canadiens s’opposent à la volonté du syndicat des professeurs de l’Ontario (ETFO) d’aller en ce sens.

L’ETFO soutient, sur la base de travaux d’historiens, que Macdonald, le tout premier premier ministre du Canada confédéral, est notamment responsable de politiques d’extermination des autochtones par la famine. Selon eux, il ne devrait plus avoir son nom sur les écoles ontariennes.

Kathleen Wynne, la première ministre de l’Ontario, s’est prononcée contre cette motion adoptée par le syndicat des professeurs. Puis, à la suite du remaniement de son cabinet ministériel lundi, le premier ministre Justin Trudeau a lui aussi annoncé, depuis Rideau Hall, qu’il était hors de question de toucher au nom de Macdonald dans les institutions fédérales.

Pourtant, le premier ministre Trudeau avait accepté en juin de supprimer le nom d’Hector Langevin attribué à un édifice de la colline parlementaire où se trouve son bureau.

Ancien maire de Québec, Hector-Louis Langevin a occupé le poste de surintendant des Affaires indiennes pendant un an et demi, de mai 1868 à décembre 1869, pour devenir par la suite ministre des Travaux publics. Il était favorable à la création de pensionnats pour les autochtones.

Au Québec, indique le sondage Angus Reid, 48 % des répondants étaient favorables au retrait du nom de l’ancien lieutenant politique que fut Langevin. Plus qu’en Ontario (41 %) et moins qu’en Colombie-Britannique (52 %). En moyenne, 42 % des Canadiens étaient d’accord pour que le nom de Langevin soit supprimé de la colline parlementaire.

Au moment où Ottawa appliquait une politique de destruction des populations amérindiennes par la famine, c’est plutôt son chef Macdonald lui-même qui occupait ces fonctions, équivalentes aujourd’hui à celles de ministre des Affaires autochtones.

Le sondage d’Angus Reid au sujet de la possibilité de débaptiser les lieux flanqués du nom de John A. Macdonald a été soumis au hasard à 1512 Canadiens d’âge adulte. Il comporte une marge d’erreur de plus ou moins 2,5 %.

Concept moderne

Si 55 % des Canadiens s’opposent à des mesures de retrait du nom de Macdonald, il s’en trouve tout de même 25 % qui sont tout à fait favorables à cette idée et 19 % qui ne savent tout simplement pas quoi répondre.

Dans les questions soumises à 1512 Canadiens, le sondeur suggère qu’« en réévaluant les noms donnés aux monuments, nous devons tenir compte de la vie entière d’un individu et de l’héritage principal qu’il a laissé derrière lui ». Après avoir entendu cette suggestion sous forme de question, 69 % des répondants ont estimé que les figures historiques ne devraient pas être jugées à l’aune de « concepts modernes du racisme ».

Pourtant, 41 % des répondants estiment du même souffle que des statues historiques comme celle de Cornwallis — le fondateur d’Halifax, responsable entre autres choses de l’extermination des Micmacs — seraient mieux à leur place dans des musées que sur la place publique. Commentaire d’Angus Reid en marge de l’analyse des résultats : « la plupart des Canadiens au temps de la Confédération auraient été jugés racistes, colonisateurs et misogynes ».

Selon Angus Reid, les réponses des Canadiens sondés sur ces questions sont largement déterminées non pas par leur âge d’abord et avant tout, mais par leur position politique préalable.

Ainsi, 76 % de ceux qui disent avoir voté par le passé pour les conservateurs sont contre le fait de toucher à la figure du conservateur John A. Macdonald.

Il y a par ailleurs une chance sur deux pour que ceux qui votent d’ordinaire pour le Nouveau Parti démocratique soient favorables à ce que le nom de John A. Macdonald cesse d’être associé à des banques, à des hôtels, à des écoles, à des édifices publics autant qu’à des monuments.

Selon une majorité de 66 % de Canadiens, un comité d’experts indépendants devrait être consulté pour savoir s’il faut ou non retirer un monument. Au Québec, 74 % des répondants affirment que ce devrait être le cas, le plus fort pourcentage d’un océan à l’autre.

5 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 30 août 2017 09 h 33

    Les canadiens sont contre...

    Mais les Québécois qui se souviennent de ce raciste et ivrogne sont pour certainement.

  • Pierre Fortin - Abonné 30 août 2017 09 h 51

    Faire dire ce qu'on veut


    Quand le sondeur suggère une orientation de la question, il suggère aussi une orientation de la réponse. Ce sondage est biaisé par ce simple fait.

    Peu importe qu'on tienne compte du fait que les « concepts modernes du racisme » diffèrent de ceux du XIXe siècle ou que « la plupart des Canadiens au temps de la Confédération auraient été jugés racistes, colonisateurs et misogynes », ce qui est reproché à Sir John A. Macdonald n'est pas son appréciation morale des rapports ethniques mais son utilisation d'une famine préméditée destinée aux Premières Nations dans la poursuite de fins politiques.

    Je doute fort que les résultats du sondage auraient été les mêmes si Angus Reid avait demandé aux répondants s'ils approuvaient la destruction des Indiens des Plaines pour faire place aux colons blancs et au chemin de fer.

    Si on désire approfondir la question, l'excellente présentation de la traductrice Catherine Ego du livre de James Daschuk "Clearing the Plains" (La destruction des Indiens des Plaines) vaut amplement le détour : https://youtu.be/lBiIWpW7Niw

    La revue littéraire Nuit blanche dit au sujet de ce livre, qui a obtenu le Prix du Gouverneur général 2016, « Ironie suprême, cette récompense prestigieuse décernée pour la recherche savante porte le nom du pire persécuteur des Autochtones : le Prix Sir-John-A.-MacDonald ».

    Comme quoi le sondage d'Angus Reid est loin d'avoir posé le point final à la question coloniale canadienne.

  • André Mongrain - Abonné 30 août 2017 10 h 13

    D'accord .....

    Je suis d,accord avec ça moi aussi, en autant qu'on enseigne dans les cours d'histoire ce que ces gens ont fais, les bons côtés et les mauvais côtés aussi, ce qui n'est pas le cas, encensé un homme qui a voulu et presque réussi à éléminer les peuples autochtones ou du moins à les assimiler de force avec les pensionnats et en les enfermant dans des réserves.

  • François Leduc - Abonné 30 août 2017 12 h 32

    Doit-on honorer sa mémoire ?

    Honorer la mémoire d'un politicien c'est généralement reconnaitre l'apport exceptionnel de ce dernier à son pays par ses réalisations positives ou exemplaires qui ont contribué à le façonner pour le bien-être de ses concitoyens.

    John A. Macdonald a grandement contribué à l'édification du Canada et à son développement surtout économique. Mais, son action et ses réalisations sont motivées par de convictions et des idéologies dans lesquelles les Canadiens ne sont pas censés partager.

    Monarchiste, il s'opposait à accorder un véritable pouvoir au peuple, une conviction antidémocratique qui s'est matérialisée dans la constitution de 1867.

    Anti-francophone, il ne prit aucune mesure pour éviter l'abolition et le saccage des écoles françaises au Canada. Et, il ne fit rien pour empêcher l'exode important des Canadiens français vers la Nouvelle-Angleterre alors qu'il favorisait la colonisation de l'Ouest canadien par le biais de l'immigration européenne.

    Raciste, outre sa volonté d'assimiler les Canadiens français, il a cherché à exterminer les autochtones et les métis en les dépouillant de leurs terres et en les affamant. Au sujet de Louis Riel, injustement accusé de haute trahison par Macdonald, il dira: "Il sera pendu même si tous les chiens du Québec aboient en sa faveur".

    Corrompu, il participa au plus grand scandale politique de l'histoire canadienne en acceptant pour lui-même des pots-de-vin du Canadien Pacifique (dont le montant s'élèverait aujourd'hui à un million de dollars) de même qu'à son parti (plus de 6 millions de dollars).

    Suprématiste blanc, sa conviction de faire partie d'une race supérieure se traduisit par son opposition à l'abolition de l'esclavage des noirs et la venue de ceux-ci au Canada et par le traitement réservé aux immigrants chinois, venus travailler sur les chemins de fer, notamment en leur retirant le droit de vote.

    Sachant cela, mérite-t-il toutes les commémorations dont il a fait l'objet depuis sa mort ? Poser

  • Philippe Hébert - Abonné 30 août 2017 15 h 17

    Ceci démontre à quel point la mentalité anglosaxone du pays est impérialiste et coloniale, contrairement à la mentalité du Québec.

    D'ailleurs, le Canada ne s'est-il pas construit comme un empire? Les territoires canadiens sont des terres conquises par la force.

    Terre-Neuve, c'était pacifique, mais les terre-neuviens ont votés à deux reprises contre une annexion au Canada par référendum, et vous avez quoi? Terre-Neuve a été anexée au Canada.

    Le Canada est un empire colonial, c'est pour la même raison qu'il assimile ses minorités. Une fois la population d'une sous-culture au pays peu importante, on la glorifie au nom de la pluralité de culture canadienne. C'est pour cela que les acadiens ne sont pas une menace, mais que les québécois le sont.

    Lorsque les québécois ne seront plus qu'une nation folklorique, le Canada arrêtera soudainement de dire que le nationalisme québécois est raciste et xénophobe.

    Les anglosaxons de sa majesté la reine ont encore la culture du colonisateur.