Chefferie du NPD: la voix du Québec en sourdine

Le député québécois et candidat à la direction du Nouveau Parti démocratique Guy Caron avec ses adversaires Charlie Angus et Niki Ashton à ses côtés
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Le député québécois et candidat à la direction du Nouveau Parti démocratique Guy Caron avec ses adversaires Charlie Angus et Niki Ashton à ses côtés

Le Québec ne pèsera pas lourd dans la sélection du prochain chef du Nouveau Parti démocratique. Si le NPD est parvenu à tripler son nombre de membres pendant la course à la chefferie en cours, il n’a pas réussi à regarnir ses rangs québécois, qui sont deux fois et demie moins importants qu’il y a cinq ans. Certains s’en désolent, mais beaucoup voient matière à se réjouir. Surtout, plusieurs voix tempèrent la crainte d’une perte d’influence du Québec au sein du parti.

Les sympathisants néodémocrates avaient jusqu’à la mi-août pour acheter leur carte de membre et ainsi obtenir le droit de choisir le successeur de Thomas Mulcair. Selon le NPD, ils ont répondu en masse. Le nombre de membres est passé de 41 000 à 124 000. Ce total est très similaire aux 128 351 personnes recrutées en 2012 lors de la précédente course à la chefferie. Toutefois, il y a une différence marquée dans le recrutement québécois. Il n’y a que 4907 membres dans la province, contre 12 266 il y a cinq ans, ce qui fait passer le poids relatif de la province au sein du parti fédéral de 10 % à 4 %.

L’entourage du candidat Jagmeet Singh soutient avoir vendu 47 000 des quelque 83 000 nouvelles cartes de membre émises. Du lot, 30 000 auraient été vendues en Ontario par le clan Singh et 1500 au Québec.

L’Ontario compte désormais le plus de partisans, avec 52 200 membres (42 %), suivi de la Colombie-Britannique avec 31 974 membres (26 %). L’Alberta (10 188) et le Manitoba (10 134) se partagent la troisième place avec approximativement 8 % des membres chacune. Le Québec arrive au sixième rang, derrière la Saskatchewan (8083) et talonné par la Nouvelle-Écosse (3595). À titre de comparaison, le Parti conservateur a recruté 259 000 membres pendant sa course à la chefferie s’étant terminée ce printemps. La répartition régionale n’avait pas tant d’importance, car contrairement au NPD, qui élira son chef en vertu de la formule « un membre, un vote », le vote conservateur était pondéré géographiquement pour éviter la prise de contrôle par une région.

La plupart des députés ou militants néodémocrates du Québec interrogés par Le Devoir se réjouissent de ces chiffres puisqu’il n’y avait plus qu’un millier de membres en début d’année, soutiennent-ils. « On souhaite toujours une plus grande mobilisation des citoyens, mais c’est plus compliqué au Québec que dans le reste du pays parce qu’il n’y a pas de parti frère comme dans les autres provinces », fait valoir Robert Aubin, député et président du caucus québécois à Ottawa.

Dans toutes les autres provinces canadiennes, un militant adhérant au NPD provincial devient automatiquement membre du parti fédéral. Or, il y a eu élection en Colombie-Britannique cette année et course à la chefferie au Manitoba.

M. Aubin ajoute qu’en 2012, la présence de Thomas Mulcair dans la course « facilitait les choses au Québec. Je ne veux rien enlever à Guy Caron, mais M. Mulcair avait fait sa marque en politique provinciale, il avait une notoriété, et ça a eu un effet marqué. » Alexandre Boulerice abonde dans le même sens. « On avait plus de membres en 2012 au Québec, mais on avait 59 députés, alors qu’aujourd’hui on en a 16. »

L’ancien directeur national du NPD Karl Bélanger reconnaît que 4 % de l’effectif national, « c’est peu, effectivement. Ça démontre que le NPD n’a toujours pas de racines très profondes au Québec. Cela pose tout un défi si le NPD veut une organisation solide afin de conserver ses sièges en 2019 et même en augmenter le nombre ».

Cela dit, il tempère la lecture qu’il faut en faire. « Tous les partis au Québec éprouvent de la difficulté à recruter des membres et à amasser de l’argent. Il s’agit de contrecoups de tous les scandales, des commissions Gomery et Charbonneau. Le Québec est l’endroit où c’est le plus difficile d’impliquer les gens en politique active. »

Le Québec marginalisé ?

L’ex-député Pierre Dionne Labelle est moins optimiste et s’inquiète pour l’influence du Québec. « On dirait qu’on n’a pas encore digéré la défaite. On n’a pas encore repris le “momentum” nécessaire. » Selon lui, un si petit nombre de militants « pose le problème du poids politique des membres au Québec ». Il craint qu’un candidat n’ayant pas de bonnes antennes au Québec réussisse à se faire élire à la tête du parti, mais nuise ensuite aux chances électorales du parti dans la province.

Alain Giguère, lui aussi un député défait en 2015, estime qu’il ne faut pas faire tout un plat du faible poids du Québec. « La dernière fois, c’était la même chose. Ce n’était pas le Québec qui choisissait. » Néanmoins, il craint l’élection de Jagmeet Singh, qui a pris position contre la loi 62 sur la prestation et la réception de services publics à visage découvert. « Ces déclarations font qu’il ne passe pas au Québec. »

À cet égard, Alexandre Boulerice rétorque que le choix du chef n’est pas tout. « Il y a le choix du chef, mais pour la suite des choses, il y a des Québécois dans toutes les instances du pays. On peut envoyer des délégués dans les congrès, etc. »

En coulisses, une source néodémocrate estime que certains auraient eu intérêt à moins critiquer et plus travailler. « Les gens qui craignent [une perte d’influence du Québec au sein du parti] se devaient de faire un travail plus important et de recruter des membres. […] C’est facile de dire au ROC d’écouter le Québec, mais il faut faire le travail sur le terrain ! »

Les équipes des trois autres candidats dans la course n’ont pas voulu commenter publiquement les chiffres ni révéler combien ils ont recruté de partisans. Mais en coulisses, la campagne de Guy Caron, le seul Québécois dans la course, se réjouit qu’avec un tel total de membres une victoire au premier tour de Jagmeet Singh soit à peu près impossible. L’équipe de M. Caron estime que son poulain est le second choix de la majorité des partisans des trois autres candidats. Pour tirer profit de ce potentiel, il faut évidemment éviter un couronnement au premier tour et… ne pas arriver dernier.

Or, on estime que le message de M. Caron passe, à savoir que « si le Québec ne choisit pas le prochain chef, c’est lui qui choisira le prochain premier ministre » et qu’il faut donc un chef à son écoute. On estime que les attaques contre M. Singh sur la loi 62 lui ont permis de se positionner. « Ce n’est pas un débat sur la laïcité, c’est un débat sur la façon de pratiquer le fédéralisme », fait-on valoir. M. Caron, en étant contre la loi 62 mais pour l’autonomie du Québec de légiférer en la matière, démontre qu’il respecte véritablement le Québec, estime-t-on.

6 commentaires
  • Guy Lafond - Inscrit 30 août 2017 03 h 21

    Débat de Montréal - août 2017.


    J'ai assisté au débat des candidats à la chefferie du NPD qui se tenait dimanche dernier au Club Soda sur le boulevard Saint-Laurent.

    Intéressant de savoir que les quatre candidats sont pour réouvrir et moderniser la Constitution canadienne.

    Intéressant aussi de savoir que les quatre candidats sont contre ce développement excessif et insensé de pipelines partout au Canada.

    Comme vision de l'avenir, je trouve le NPD rafraichissant! Vous ne trouvez pas?

    C'est comme de boire un bon verre d'eau prise à la source au très fond de la forêt.

    Les deux vieux partis fédéraux (libéral et conservateur) n'ont qu'à bien se tenir. Si les Québécois donnent l'impression qu'ils en ont assez de la politique, c'est parce qu'ils en ont raz-le-bol de promesses non tenues, raz-le-bol aussi de mains sales qui trempent depuis trop longtemps dans le pétrole.

    Les Québécois veulent donner à leurs enfants un avenir plus propre!

    Et contrairement à plusieurs dans le ROC (Rest of Canada), ils ne veulent pas se séparer de l'Accord de Paris (COP21).

    Décidément,

    @GuyLafond
    (Un Québécois d'abord à vélo, parfois à pied, et à pied d'oeuvre près de chez vous. Notre façon à nous d'être aussi des Canadiens parlant d'abord le français.)

    • André Labelle - Abonné 30 août 2017 08 h 54

      Mais est-ce que les candidats à la chefferie du NPD proposent quelque chose pour satisfaire aux demandes constitutionnellles historiques du Québec ?

      Le NPD est très centralisateur quant aux pouvoirs d'Ottawa dans le Canada. Or les Québécois sont très chatouilleux à ce sujet et ne partagent pas cette vision du Québec dans le Canada que leur propose le NPD. Voilà la principale raison pour laquelle le NPD n'a pas fait long feu au Québec.

  • Jean Deschenes - Abonné 30 août 2017 06 h 51

    Quoi est marginalisé?

    Je dirais plutôt que c'est le NPD qui se marginalise au Canada s'il ne parvient pas à attirer plus de membres en provenance du Québec.

  • Nicolas Thibodeau - Inscrit 30 août 2017 08 h 03

    Voix singulière ou plurielle du Québec?

    Ça me chatouille toujours de voir un titre aussi simpliste: La Voix du Québec. Comme si tous les québécois votaient de la même façon... On est pas des moutons! 124000 progressites qui s'expriment, c'est bien mieux pour le Québec où les libéraux ont malmenés la fonction publique et ne tiennent pas leurs promesses de réformes démocratiques.
    Il semble y exister une contradiction dans votre texte, si les équipes des quatre candidats dans la course n’ont pas voulu commenter publiquement les chiffres ni révéler combien ils ont recruté de partisans; comment pouvez-vous justifier que l’entourage du candidat Jagmeet Singh soutient avoir vendu 47 000 des quelque 83 000 nouvelles cartes de membre émises. Du lot, 30 000 auraient été vendues en Ontario par le clan Singh et 1500 au Québec. Énumérer ses chiffres n'est-ce pas commenter?

  • Paul de Bellefeuille - Abonné 30 août 2017 08 h 38

    Le NPD a manqué le bateau

    Le NPD avait une chance inouie de prendre le pouvoir avec Thomas Mulcair lors de le dernière élection fédérale. Il a raté le bateau. Cette possibilité ne repassera pas deux fois rapidement. Justin Trudeau est bien en selle et il a su coiffer le NPD sur sa gauche lors de la dernière élection. Il, le NPD, s'est fait piquer son programme progressiste par le PLC qui, lui, a décidé d'appliquer des mesures Keynésiennes en matière économique. Le NPD n'a que lui-même à blâmer. Le prochain chef du NPD devra prendre le temps de tout reconstruire au sein de son parti et de se faire connaître auprès de la population canadienne et québécoise. La politique se conjugue sur un temps long. Le pouvoir n'est plus à leur portée pour au moins deux mandats. Faut croire que ce parti en est un uniquement d'opposition.

  • André Labelle - Abonné 30 août 2017 08 h 45

    RETOUR À LA NORMALE

    C'était prévisible. La vague orange s'est épuisée et c'est le retour à la normale pour le NPD au Québec.

    Le NPD n'a pas de racines profondes au Québec. Les paroles timorées de l'ex-député Giguère « lui aussi un député défait en 2015, estime qu’il ne faut pas faire tout un plat du faible poids du Québec. « La dernière fois, c’était la même chose. Ce n’était pas le Québec qui choisissait. » » Toujours les seconds violons à la solde d'un Canada sans le Québec. C'est ça le NPD.

    En réalité, l'ADN du NPD s'accorde très mal avec la culture politique du Québec. Même si on y a tenté une greffe, le rejet du corps étranger s'est rapidement installé.

    Retour à la normale ... !