Bédard surprend

Myriam Bédard
Photo: Myriam Bédard

Ottawa — Le comité des Comptes publics a eu droit à des révélations pour le moins étonnantes hier lorsque la championne olympique Myriam Bédard a affirmé qu'on lui avait déjà dit que le coureur automobile Jacques Villeneuve obtenait 12 millions $US pour arborer le mot «Canada» sur son survêtement et que Groupaction était mêlé au trafic de drogue.

Les membres du comité n'ont pas pris de temps à demander plus de détails à Mme Bédard sur ces surprenantes révélations.

Selon sa version, c'est Marc LeFrançois, l'ex-président de Via Rail récemment congédié par le gouvernement, qui lui avait confié en 2001 que la firme de publicité Groupaction était mêlée au trafic de drogue.

Invitée par un député à raconter comment M. LeFrançois lui avait fait cette confidence, Mme Bédard a tenté de se rappeler le plus exactement possible les mots de son ancien patron. M. LeFrançois lui aurait dit que «Groupaction sont en train de se construire un gros château et ils ne font pas toujours les choses correctes et ils sont impliqués dans le trafic de drogue», a cité de mémoire l'ex-employée de Via. Une semaine plus tard, toujours selon Mme Bédard, M. LeFrançois lui aurait mentionné d'oublier ce qu'il lui avait dit.

Quant aux 12 millions $US que Jacques Villeneuve aurait reçus pour arborer le mot «Canada», Mme Bédard dit que c'est son agent de l'époque, Jean-Marc Saint-Pierre, qui lui aurait glissé l'information à l'oreille, ajoutant qu'il s'agissait d'une information «top secret».

Le réseau de télévision sportif RDS a rapporté hier soir que les images d'archives de M. Villeneuve de 1997 à 2003 montrent que le logo du Canada n'apparaissait pas sur l'uniforme et le casque du pilote à l'époque.

Pendant un peu plus d'une heure, la championne olympique a raconté en détail son passage chez Via Rail. Son récit, parfois décousu, se base principalement sur ses observations, des ouï-dire ou les affirmations d'une tierce personne. Par exemple, elle dit avoir pu constater de visu que Via Rail et Groupaction partageaient la même loge au Centre Bell, à Montréal.

Mme Bédard s'est souvent éloignée du sujet, semblant ignorer l'objectif principal du comité, c'est-à-dire faire la lumière sur le scandale des commandites. Ainsi, elle en a laissé plus d'un pantois lorsqu'elle a affirmé que le Canada ne s'était pas engagé dans la guerre contre l'Irak grâce à son copain, l'écrivain montréalais Nima Mazhari, qui aurait donné des conseils à l'ex-premier ministre Jean Chrétien. M. Mazhari était d'ailleurs à ses côtés pendant toute la durée du témoignage.

Le président du comité, le conservateur John Williams, a estimé que le témoignage de Mme Bédard était crédible.

«Elle est un témoin extrêmement crédible», a-t-il dit, ajoutant que le comité allait enquêter sur tous les renseignements transmis hier.

Le témoignage de Mme Bédard aura montré qu'elle côtoyait, sans le savoir, les gens impliqués dans le programme de commandites.

Au fil des ans, elle a rencontré l'ex-ministre des Travaux publics, Alfonso Gagliano, et Jean Pelletier, encore chef de cabinet de Jean Chrétien à l'époque, dans leurs bureaux respectifs. Les rencontres avaient pour but de discuter de projets de Mme Bédard où le gouvernement fédéral agissait à titre de commanditaire.

Interrogée sur le rôle des deux hommes, la biathlète a affirmé ne pas savoir s'ils jouaient un rôle décisionnel.

Myriam Bédard, qui a été à l'emploi de Via Rail en 2001, avait dénoncé une première fois dans les médias, en février dernier, les abus du programme de commandites. Elle avait alors raconté les liens qu'elle avait observés entre Via Rail et Groupaction et, surtout, les facturations abusives.

Son emploi au service du marketing chez Via Rail lui a permis de constater comment les choses fonctionnaient.

«Toutes les publicités qu'on faisait, imprimés, graphisme ou quoi que ce soit, la facture devait passer par Groupaction», a expliqué Mme Bédard, notant qu'elle devait passer par Groupaction même si l'agence de graphisme avec laquelle Via faisait affaire était à une minute à pied de son bureau.

Indignée de ces façons de procéder, Myriam Bédard dit avoir posé des questions. Sa curiosité et ses remises en question des façons de faire lui auront coûté son emploi en janvier 2002, estime-t-elle.

Le comité poursuit ses travaux aujourd'hui. Il doit entendre le témoignage d'une ex-fonctionnaire des Travaux publics, Huguette Tremblay. Celle-ci pourrait lever le voile sur le rôle de l'ex-ministre Gagliano et son implication dans la gestion du controversé programme.

Presse canadienne