Enquête sur les femmes autochtones: les familles réclament la démission des commissaires

La commissaire Michèle Audette
Photo: Justin Tang La Presse canadienne La commissaire Michèle Audette

Les familles de femmes autochtones disparues ou assassinées n’ont pas digéré que le mandat de l’enquête fédérale ne s’en prenne pas à la police. Une exclusion qui rend toute la commission d’enquête futile à leurs yeux, ont-ils martelé, réclamant en outre que l’organisation fasse table rase pour réparer les erreurs de la dernière année.

« L’enquête nationale a besoin d’une refonte en profondeur si elle va poursuivre ses travaux », a lancé un chef du Manitoba, à l’instar de plusieurs de ses confrères et consoeurs réunis à l’assemblée générale de l’Assemblée des Premières Nations à Regina. Une motion réclamant que les quatre commissaires soient remplacés a même été présentée à l’APN, qui décidera si elle la dépose officiellement en vue d’un vote jeudi.

« Il est temps que les commissaires démissionnent immédiatement. Il est temps pour vous de partir », a lancé une autre personne, alors que deux des commissaires venaient de défendre leur travail jusqu’à présent.

Les commissaires anticipaient visiblement un échange corsé, Michèle Audette ayant elle-même reconnu d’entrée de jeu que la communication avait fait défaut.

« On nous a rapidement dit au début de ne pas parler, de ne pas aller aux événements, de ne pas parler aux médias, de ne pas rencontrer l’APN, l’Association des femmes autochtones du Canada ou tout autre groupe », a relaté Mme Audette, en expliquant qu’on leur avait ordonné de rester « neutres », « comme des juges ». « Cela a ouvert la porte à plusieurs perceptions, des reproches constructifs, de durs reproches qui parfois n’étaient pas fondés. Mais c’est comme ça. »

Tour à tour, des membres de l’assemblée ont argué qu’ils appuyaient toujours la tenue d’une enquête nationale, mais que les commissaires en poste devaient partir pour que le travail reprenne sur de nouvelles bases. Le manque de communication avec les familles de victimes et les communautés, mais surtout les démissions de quatre membres de l’équipe — dont la commissaire Marilyn Poitras — les avaient tous découragés. « Je n’appuie pas le processus, car il ne m’apparaît pas sacré, pas sécurisant », a accusé une femme de l’assemblée. Michèle Audette et son collègue Brian Eyolfson n’ont pas répondu au micro à ces appels répétés.

Et la police ?

La majorité des intervenants, qui se sont succédé au micro pendant plus de deux heures, en avaient aussi contre le mandat de la commission d’enquête qui scrutera le travail des policiers, qui pourra rapporter des cas d’inconduite ou recommander des mesures correctives, mais dont l’avis ne sera pas contraignant.

« C’est un échec et c’est un déshonneur envers ma soeur, a reproché la soeur de Jennifer McPherson, assassinée en 2013. La police lui a fait défaut. Comment allez-vous remédier à ça ? »

« La police ne sera pas tenue responsable. À quoi bon l’enquête nationale, alors ? » a demandé la mère de Jennifer Catcheway, disparue en 2008.

Les commissaires avaient tenté de rassurer l’assemblée, en détaillant pendant près d’une demi-heure le travail accompli depuis un an et les défis rencontrés.

D’autres intervenants ont néanmoins défendu leur bilan, rappelant que la commission sur les pensionnats autochtones avait aussi connu un départ difficile, mais finalement réussi à en venir à 94 recommandations.

2 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 27 juillet 2017 03 h 43

    Pourquoi ...?

    Pourquoi dire les choses, lorsqu'on sait que par destination, la vérité qui en émanera ne servira pas à rétablir la justice ?

  • Pierre Bernier - Abonné 27 juillet 2017 10 h 59

    Effectivement !

    « L’enquête nationale a besoin d’une refonte en profondeur si elle va poursuivre ses travaux », a lancé un chef du Manitoba.