La course à la direction du NPD peut commencer

Guy Caron, Charlie Angus, Niki Ashton et Peter Julian ont pris part à un débat à Montréal à la fin mars dernier. Jagmeet Singh n’avait pas participé à l’événement puisqu’il s’est inscrit dans la course à la direction seulement à la mi-mai.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Guy Caron, Charlie Angus, Niki Ashton et Peter Julian ont pris part à un débat à Montréal à la fin mars dernier. Jagmeet Singh n’avait pas participé à l’événement puisqu’il s’est inscrit dans la course à la direction seulement à la mi-mai.

La course à la succession de Thomas Mulcair peut véritablement commencer, maintenant que la période de mise en candidature est définitivement close. Cinq candidats ont réussi à fournir la caution de 30 000 $ et les 500 signatures requises pour aspirer à prendre les rênes du NPD.

Certes, des débats ont déjà eu lieu, dont un avec un candidat — Pat Stogran — qui a déjà déclaré forfait.

Mais les échanges sur lesquels le parti mise auront lieu au cours de l’été, dont un la semaine prochaine en soirée à Saskatoon et un autre le 27 août à Montréal.

Les militants ont jusqu’au 17 août pour devenir membre du parti et ainsi prendre part au scrutin qui débutera un mois plus tard. Le futur chef devra recevoir l’appui de 50 % plus un des électeurs. Aussi pourrait-il y avoir plusieurs tours pour désigner le gagnant, des tours qui s’échelonneront sur quelques semaines en octobre et dont les résultats seront chaque fois divulgués dans des villes différentes — Toronto, Montréal et Ottawa.

Quatre autres personnes ont tenté de se lancer dans la course : Ibrahim Bruno El-Khoury, Alan Gorman, David Berlin et Mike McNamee. Ils avaient jusqu’à 23 h 59 lundi soir pour se qualifier. Au moment d’écrire ces lignes, aucun n’avait réussi.

Le Devoir propose un survol des prises de position divulguées jusqu’à présent par les cinq candidats confirmés.

 

Charlie Angus

Le rebelle

Si l’argent est un indicateur de popularité fiable, alors Charlie Angus, le député de Timmins–Baie James mène la course. Ce musicien rock punk, qui avait fondé dans les années 1980 le groupe L’Étranger (avec son ami Andrew Cash, qui deviendra lui aussi député néodémocrate fédéral), a amassé jusqu’à présent 110 765 $, presque le double de sa plus proche rivale.

Charlie Angus est présenté comme l’enfant terrible de la course, celui qui « brasse la cage » et dit les choses sans vernis. Pugnace, voire hargneux à la Chambre des communes, il se présente non seulement en défenseur des gagne-petit, mais comme faisant partie des leurs. Le député rappelle qu’il avait croisé Jack Layton alors qu’il militait contre la création d’un dépotoir minier et que ce dernier lui avait suggéré de s’acheter « un complet à 100 $» pour se lancer en politique. Son français est des plus rudimentaires.


Ses propositions
 

Faire passer de 33 % à 36 % le taux d’imposition des revenus de 250 000 $ ou plus

Augmenter d’environ 500 $ (une augmentation de 50 % dans bien des cas) la valeur de la Prestation fiscale pour le revenu de travail, un montant alloué aux travailleurs qui gagnent peu

Augmenter à 70 % le taux de remplacement du salaire des femmes en congé de maternité gagnant moins de 30 000 $

Réduire le taux de fonctionnaires fédéraux contractuels (qui avoisine les 15 %)

Instaurer un régime d’assurance médicaments qui, il le promet, ne coûterait pas plus d’un milliard par année au fédéral (celui du Québec coûte environ 2,5 milliards)

Imposer des plafonds absolus aux émissions de gaz à effet de serre pour chaque secteur de l’économie

 
Ses appuis
 

La chef du NPD du Yukon, Elizabeth Hanson ; les anciens députés fédéraux Jamie Nicolls, Claude Gravelle, Pat Martin et Andrew Cash ; quelques leaders syndicaux, dont Robyn Benson, la présidente de l’Alliance de la fonction publique du Canada

 

Peter Julian

Le rassembleur

Le député de Colombie-Britannique est parfois présenté comme celui ayant le plus de chances de remporter la course compte tenu de sa notoriété au sein des troupes néodémocrates. Il récolte pour l’instant le plus d’appuis au sein du caucus des députés à Ottawa. Après tout, il avait été élu par ses pairs président du caucus au lendemain de la vague orange de 2011, et il était le leader en Chambre jusqu’à ce qu’il se lance dans la mêlée en octobre dernier. On lui avait même publiquement demandé de poser sa candidature pour remplacer Jack Layton à la suite du décès de ce dernier, ce qu’il avait refusé. Parfaitement bilingue, Peter Julian aime rappeler qu’il connaît bien le Québec, ayant étudié dans sa jeunesse à l’UQAC.

 
Ses propositions

Abolir les frais de scolarité et de supprimer les frais d’intérêt sur la dette étudiante accumulée

Investir 16 milliards par année pendant cinq ans pour créer un million d’emplois dits verts

Revoir les crédits d’impôt et les taux d’imposition fiscale, mais sans fournir de détails

Instaurer un programme d’assurance médicaments et une couverture pour les soins dentaires « de base »

Réduire l’âge légal pour voter à 16 ans et instaurer un mode de scrutin proportionnel mixte

Modifierle Code canadien du travail pour y insérer le droit des travailleurs du Québec oeuvrant dans des entreprises de compétence fédérale de travailler en français

Bâtir 250 000 logements sociaux

 
Ses appuis

Les députés québécois Alexandre Boulerice, Pierre-Luc Dusseault, Robert Aubin, Brigitte Sansoucy et François Choquette ; le député Erin Weir ; les anciens députés québécois Pauline Ayala, Sylvain Chicoine, Pierre Dionne-Labelle, Alain Giguère et Sadia Groguhé

 
Dons

50 341 $

 

Jagmeet Singh

Le dandy

Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Le député Jagmeet Singh

Ce député provincial de l’Ontario, parfaitement bilingue et avocat de formation, est déjà une minivedette dans sa région torontoise. Le dandy sikh pratiquant a déjà été sacré Torontois ayant le plus de style en 2013 par le magazine Toronto Life et politicien ayant le plus de style au pays par BuzzFeed ! Digne représentant de la classe urbaine branchée, il se rend au Parlement ontarien tous les jours à vélo.

Il a été le premier député à Queen’s Park à porter le turban, mais il n’est pas le premier sikh à briguer la chefferie néodémocrate fédérale — Martin Singh avait tenté sa chance en 2012. Reste à savoir si les électeurs seront capables de faire fi de l’ostentation de ses croyances religieuses. Un récent sondage d’Angus Reid, mené en ligne fin mai auprès de 1533 répondants, indique que seulement 63 % des Canadiens — et 46 % des Québécois — accepteraient de voter pour un sikh et 56 % — ou 36 % des Québécois — pour un homme portant un couvre-chef religieux. À titre de comparaison, 94 % ont dit qu’ils voteraient pour un Noir et 69 % pour un transgenre.

 
Ses propositions
 

Augmenter l’imposition des revenus de 350 000 $ ou plus à 35 % et ceux de plus d’un demi-million à 37 %

Hausser la part des gains en capitaux imposables de 50 % à 75 %

Taxerà 40 % les héritages d’une valeur de 4 millions ou plus

Ramener de 15 à 19,5 % le taux d’imposition des sociétés

Interdire le travail temporaire de longue durée en obligeant l’embauche après six mois

Obliger les agences de placement de personnel à verser le même salaire que les employés permanents équivalents

Instaurer un programme de bonus-malus pour l’achat de véhicules personnels selon leur niveau de pollution

Se retirer de l’industrie du charbon d’ici 2030

 
Ses appuis

L’ancienne députée du Québec Mylène Freeman et le député fédéral Randall Garrison

 
Dons

Aucun. Le dernier rapport d’Élections Canada disponible, daté du 31 mars 2017, est antérieur à l’entrée de M. Singh dans la course.
 

 

Guy Caron

 
 

Le Robin des Bois

Guy Caron est le seul député québécois de la course depuis qu’Alexandre Boulerice a choisi de ne pas se lancer. Cet économiste de Rimouski est un militant néodémocrate québécois de longue date, ce qui en soi est assez rare. Il a été membre de l’équipe de campagne au leadership de Jack Layton en 2003. Il est aussi un des rares élus néodémocrates de la province arrivés à Ottawa grâce à la vague orange de 2011 qui ont conservé leur siège à la dernière élection.

Le programme de M. Caron se veut pragmatique et axé sur l’économie. Il a déjà dévoilé sa plateforme fiscale, contenant une douzaine de mesures qui sont toutes chiffrées. Il est le seul de la course jusqu’à présent à avoir indiqué la provenance des sommes qu’il promet.

 
Ses propositions

Offrir un revenu de base universel, imposable, à tous les Canadiens vivant sous le seuil de faible revenu établi dans leur région (qui varie de 17 000 à 24 000 $). La promesse ne coûterait pas moins de 30 milliards de dollars par année, soit l’équivalent de 10 % du budget fédéral actuel. La mesure serait financée par ses autres réformes fiscales, qui rapporteraient 31 milliards.

Imposer à 45 % les héritages valant plus de 5 millions

Déplacer la baisse d’impôt offerte par Justin Trudeau aux revenus de moins de 45 000 $

Instaurer une taxe sur les activités financières

Rehausser à 19 % l’impôt des sociétés

Implanter un impôt de 1 %, annuel, sur la richesse accumulée des individus, incluant le REER, lorsque celle-ci totalise 750 000 $ ou plus (la valeur de la résidence principale, d’une PME ou d’une ferme étant exclue du calcul), ce qui générerait pas moins de 12 milliards en revenus annuels

Mettre en place un système électoral « proportionnel mixte » avec des listes de candidats régionales. Après deux élections, il demanderait aux électeurs de se prononcer sur le changement par référendum.

 
Ses appuis
 

La députée Ruth Ellen Brosseau, les anciennes députées Chris Charlton et Jean Crowder, et Gabriel Belzile, le président des Producteurs de lait du Bas-Saint-Laurent

 
Dons

57 235 $, dont 25 000 $ qu’il s’est versés à lui-même.

 

Niki Ashton

La féministe intersectionnelle

C’est un paradoxe chez Niki Ashton. Si elle représente depuis 2008 Churchill–Keewatinook Aski, une circonscription rurale qui couvre tout le nord du Manitoba, elle est de loin la candidate la plus philosophiquement urbaine de cette course. Sa manière de se décrire — « une éco-féministe intersectionnelle sociale-démocrate » — traduit à quel point la diversité et l’inclusion des groupes marginalisés lui tiennent à coeur. Sa campagne a été lancée devant un parterre de jeunes dans un local situé en plein coeur du quartier chaud d’Ottawa, là où s’exhibent les drapeaux de la fierté gaie, les affiches pro-marijuana et les annonces de massages intimes.

Cette polyglotte de 34 ans entend camper résolument à gauche sa formation pour rameuter les militants qui ont été séduits par les sirènes libérales en 2015. « Il n’est plus suffisant de proposer d’y aller à petits pas », a-t-elle lancé. Elle s’était rendue au Vermont l’automne dernier pour faire campagne pour Bernie Sanders. Lors de la course à la chefferie de 2012, Mme Ashton avait terminé dernière, avec moins de 6 % des voix. Elle est enceinte et doit accoucher en novembre. Pour l’instant, ses intentions ne sont pas détaillées. Son plan fiscal devrait être dévoilé cette semaine.

 
Ses propositions

Implanter une politique sur un « revenu vital »

Taxer davantage les « salaires millionnaires »

Imposer les transferts de richesse et de patrimoine

Instaurer la gratuité scolaire postsecondaire à l’ensemble du pays et des mesures pour atténuer l’endettement étudiant

Créer un programme d’assurance médicaments

Augmenter les transferts fédéraux en santé pour couvrir les soins dentaires de base pour tous

 
Ses appuis
 

Le syndicaliste Sid Ryan et la députée ontarienne Cheri DiNovo, qui ont tous deux songé à se lancer eux-mêmes dans la course ; Flor Marcelino, la chef par intérim du NPD au Manitoba ; Fred Hahn, le président de l’aide ontarienne du Syndicat canadien de la fonction publique

 
Dons​

65 521 $, dont 25 000 $ qu’elle s’est versés à elle-même.

2 commentaires
  • Réjean Martin - Abonné 4 juillet 2017 12 h 36

    rien au sujet des pipelines ?

    dois-je être étonné -ou inattentif- de ne rien rencontrer à ce sujet important ?

    • Raymond Labelle - Abonné 5 juillet 2017 11 h 40

      Peter Julian à répétition et dès le début de la campagne s'est explicitement prononcé contre les pipelines et contre Énergie-Est.

      Voir par exemple cet article rapportant cette position de M. Julian en début de campagne: http://www.ledevoir.com/politique/canada/492214/np

      Je ne connais pas la position des autres candidats à ce sujet.

      Je m'étonne aussi que l'article n'en parle pas.