Crise du fentanyl: les festivals sur un pied d’alerte

Le fentanyl n’a pas encore causé autant de ravages au Québec que dans l’Ouest, comme en Colombie-Britannique, où 900 personnes sont mortes l’an dernier d’une surdose.
Photo: Darryl Dyck La Presse canadienne Le fentanyl n’a pas encore causé autant de ravages au Québec que dans l’Ouest, comme en Colombie-Britannique, où 900 personnes sont mortes l’an dernier d’une surdose.

Qui dit été dit saison des festivals. Et qui dit festival dit festivités parfois agrémentées de stupéfiants. En pleine crise du fentanyl dans l’Ouest canadien, le monde de l’événementiel au Québec se prépare au pire au cas où l’épidémie de surdoses frapperait à ses portes. Pour l’instant, la province n’a pas vu d’escalade. Mais festivals et événements prennent néanmoins les moyens d’éviter le pire cet été.

Le petit village de Montebello, en Outaouais, avait été placardé d’affiches il y a dix jours mettant en garde les festivaliers du Rockfest contre les dangers du fentanyl — qui peut se retrouver mélangé aux drogues de synthèse à l’insu de leurs consommateurs. Un kiosque d’information sensibilisait les fêtards aux mêmes risques. Les ambulanciers qui montaient la garde avaient amené avec eux davantage de naloxone — ce médicament qui sert d’antidote aux surdoses accidentelles d’opioïdes comme le fentanyl.

Au Piknic électronik, sur l’île Sainte-Hélène les dimanches, les fouilles sont devenues plus serrées à l’entrée. Les organisateurs ont recruté davantage d’agents de sécurité, qui patrouillent un peu plus dans le site montréalais afin de s’assurer que personne n’est mal en point. L’équipe médicale est elle aussi plus aux aguets cette année.

« Il y a une vigilance sur le terrain, explique au Devoir le cofondateur de l’événement Nicolas Cournoyer. Les gens sont beaucoup plus alertes [et susceptibles de] déceler des symptômes chez de gens qui auraient des difficultés parce que, veut, veut pas, c’est dans l’air. »

Menace bien réelle

Chaque année, en préparation de la saison estivale, les autorités policières et les organisateurs de grands événements de la métropole se rencontrent pour discuter des préparatifs. Cette année, ils étaient plus nombreux autour de la table. Car le fentanyl les inquiète.

« Ce n’est pas un état de panique présentement. Mais tout le monde est plus alerte », note M. Cournoyer.

Car plusieurs saisies de fentanyl se sont succédé ces derniers mois à Montréal. Il s’en est aussi retrouvé dans la région d’Ottawa-Gatineau. « La menace du fentanyl, on la sent plus cette année », convient Francis Brisebois, responsable des communications à la Coopérative des paramédics de l’Outaouais, qui était présente au Rockfest.

Santé Canada publiait même une série de conseils la semaine dernière pour la consommation de drogue lors de festivals et rappelait les symptômes d’une surdose d’opioïdes : très petites pupilles, peau froide et moite, respiration lente, difficulté à rester éveillé ou à marcher, ou encore incapacité à se réveiller.

Les ambulanciers de l’Outaouais étaient équipés d’un plus grand nombre de fioles de naloxone au Rockfest, mais n’ont pas eu à en administrer. Le nombre d’interventions pour gérer des cas d’intoxications était sensiblement le même que l’année dernière. Un sexagénaire est décédé, mais rien n’indique qu’il avait consommé du fentanyl, relate M. Brisebois.

Au Piknic électronik aussi, on constate moins d’intoxications pour l’instant cet été. Les gens sont peut-être plus prudents puisque la crise du fentanyl fait les manchettes, croit Nicolas Cournoyer. Le temps moins chaud et les fouilles rehaussées à l’entrée ont peut-être aussi aidé.

Du côté de l’entreprise Équipe médicale, qui prête main-forte à près de 200 événements par année, dont Osheaga et îleSoniq, on ne change rien. « Ça fait déjà quatre ans que les événements ont haussé leur niveau de préparation et de réponse aux intoxications aux drogues en général », indique le responsable de l’entreprise, Jean-François Millette. « On est prêts, on a des médicaments, mais on ne s’en est pas servi », rapporte-t-il, constatant que les cas d’intoxications graves que son équipe a eu à traiter ont diminué depuis deux ans.

Une question de temps ?

Mais les autorités policières, médicales et psychosociales s’attendent toutes à ce que la crise finisse par arriver à Montréal. « On a un signal d’alarme rouge, disons. C’est probablement imminent », estime Jessica Turmel du Groupe de recherche et d’intervention psychosociale de Montréal (GRIP Montréal).

Le GRIP se déplace dans la métropole, mais aussi aux festivals comme le Rockfest ou Osheaga et îleSoniq, qui se tiendront à Montréal en août.

« On sait que la majorité des consommateurs de substances psychoactives consomment de façon récréative. C’est associé au plaisir, à des événements spéciaux. Et les festivals, c’est un de ces moments qui se prêtent à la fête, où on a beaucoup de gens qui se réunissent et où il risque d’y avoir consommation et abus », prévient Mme Turmel.

Le fentanyl n’a pas encore causé autant de ravages au Québec que dans l’Ouest, comme en Colombie-Britannique, où 900 personnes sont mortes l’an dernier d’une surdose. Le décès d’au moins 2458 Canadiens était lié à la consommation d’opioïdes en 2016. Québec ne détient pas de données sur le nombre de décès ou même d’hospitalisations attribuables à une surdose. Mais en 2015, on comptait 30 décès causés par une intoxication accidentelle au fentanyl, selon le Bureau du coroner du Québec — soit trois fois plus qu’en 2013 ou en 2014.

Des citoyens consomment carrément le fentanyl ou en prennent sans le savoir lorsque la substance — commandée de Chine à peu de frais — se retrouve dans leur opiacé, leur héroïne ou encore leur cocaïne, ecstasy, ou méthamphétamine. Puisque le fentanyl est mal réparti lorsqu’il est mélangé à l’une de ces drogues, certaines doses peuvent en compter davantage, ce qui provoque une surdose. Le fentanyl est 50 fois plus puissant que l’héroïne. Une quantité d’à peine 2 mg peut causer un arrêt respiratoire et la mort.

« Ce n’est pas aussi répandu au Québec que ce qu’on constate ailleurs. Cependant, oui, on le détecte, oui, on enquête et oui, on est en train d’en saisir », rapporte le commandant Nicodemo Milano de la section antigang du SPVM. De l’héroïne et de la cocaïne saisies récemment à Montréal contenaient du fentanyl. Le service de police est préoccupé et a donc bonifié ses ressources d’enquête pour combattre le trafic.

Analyser avant de consommer ?

Le GRIP réclame depuis longtemps qu’Ottawa légalise l’analyse en festival de drogues de synthèse, ce qui permettrait à des festivaliers de vérifier ce qu’ils s’apprêtent à consommer avant de le faire. La pratique du « testing » est courante en Europe depuis des années. Mais il faudrait légiférer en cette matière au Canada et créer une « zone de tolérance » permettant aux intervenants de manipuler ces drogues sans être accusés de possession.

« On veut faire avancer ce débat et que ce soit possiblement inclus dans le plan d’action [d’Ottawa] pour la gestion des surdoses, en réponse à la crise du fentanyl », explique Jessica Turmel.

Santé Canada a répliqué qu’il était légal de fournir un tel test à un consommateur, pourvu que l’appareil ne contienne pas déjà de drogue, mais le ministère n’a pas précisé s’il songeait à créer une amnistie pour pouvoir l’administrer. Le SPVM serait ouvert à l’idée, si le gouvernement la légalisait, selon le commandant Milano.

Mais Jean-François Millette prévient que les promoteurs ne seront pas tous du même avis. Car le testing « légitime la consommation de drogues sur leur site, alors qu’ultimement le promoteur aimerait mieux que personne ne prenne de drogue ».

1 commentaire
  • Marie Nobert - Abonnée 4 juillet 2017 02 h 00

    «Libres de vivre, mais aussi libres de... crever»(!)

    Une «thèse» avec ça?! !? (!) Un petit «pétard» d'Outremont qui n'a pas la «tête (de) à Papineau» (ouille!) et qui... Sérieux. Le pire est à venir. Un plein de «Moskov» et de «weed» sur nos routes en 2018. On verra. Si la «fille» du quartier chinois de Vancouver est mortelle, alors Corrine sera mon salut. (!) Misère.

    JHS Baril