La fissure se creuse au sein du Bloc québécois

La chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, est attendue de pied ferme par la majorité des membres de son caucus de députés.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, est attendue de pied ferme par la majorité des membres de son caucus de députés.

Ce sera l’heure de vérité pour Martine Ouellet ce matin à Ottawa. La chef du Bloc québécois participera à une réunion de son caucus à laquelle l’attendent de pied ferme sept de ses dix députés. Choqués de la manière cavalière avec laquelle elle a accueilli leurs récriminations, les sept mutins attendent de Mme Ouellet des concessions et des gestes de réconciliation avant de décider de la suite des choses. Tout est sur la table, indique-t-on en coulisses, même un ultimatum à la chef.

« Pour le moment, la confiance est rompue. […] Ça veut dire qu’elle devra regagner notre confiance pour qu’on puisse continuer de travailler avec elle », a lancé le député et président du caucus bloquiste, Louis Plamondon, à l’entrée d’une réunion d’urgence mercredi soir. M. Plamondon avait convoqué cette réunion, mais Mme Ouellet, après avoir indiqué qu’elle y assisterait, s’est désistée et a convoqué une rencontre pour le lendemain matin. Les sept insatisfaits se sont quand même réunis une quinzaine de minutes.

Le malaise bloquiste envers sa nouvelle chef avait éclaté au grand jour en matinée avec la parution d’un article dans le Huffington Post. La journaliste y raconte que le chef de cabinet de Mme Ouellet, Louis-Philippe Dubois, a essayé de « couler » à un média d’anciennes informations qu’il juge négatives à propos du député et ex-chef par intérim Rhéal Fortin. L’information porte sur des contrats que la firme d’avocats pour laquelle travaillait M. Fortin avait obtenus de la Ville de Saint-Jérôme entre 2007 et 2012.

Je vais travailler très fort avec le caucus du caucus du Bloc québécois pour qu’on puisse avancer parce que dans l’ensemble du mouvement souverainiste indépendantiste, il faut qu’on arrête les divisions.

 

La journaliste a demandé à d’autres députés bloquistes s’ils trouvaient acceptable que le bras droit de leur chef tente de couler un des leurs. La réponse s’est fait connaître en début d’après-midi, lorsque sept députés ont convoqué une conférence de presse pour réagir. Elle a duré moins de sept minutes, mais la véhémence des propos tenus était sans précédent.

« Louis-Philippe Dubois, le chef de cabinet de la chef, travaillait davantage contre les députés du Bloc que pour le Bloc. Ça, c’est un immense manque de jugement, a lancé le député Gabriel Ste-Marie. Et c’est un immense manque de jugement d’avoir nommé Louis-Philippe Dubois comme chef de cabinet. Tout le monde ici lui avait dit qu’il n’a pas les compétences et qu’il n’a pas notre confiance. Là, notre lien de confiance envers Martine est affecté, et ça va prendre bien du travail pour le rétablir. »

M. Ste-Marie était flanqué de Monique Pauzé, Simon Marcil, Michel Boudrias, Louis Plamondon, Luc Thériault et Rhéal Fortin. « Lundi encore,a poursuivi M. Ste-Marie, Louis-Philippe Dubois était le seul employé à participer au caucus des députés. Il parlait au nom de Martine tout le temps, il ne faisait rien sans la consulter. On est bien surpris qu’elle n’ait pas été informée de sa démarche. […] C’est quoi, la stratégie ? Casser les députés du caucus ? »

En coulisses, on pense que le salissage de M. Fortin visait à donner l’exemple pour faire taire les autres insatisfaits au sein du caucus. « On met sa tête sur une pique et on dit aux autres “Regardez ce qui vous attend” », illustre une source.

Par communiqué de presse, Mme Ouellet ainsi que son chef parlementaire à Ottawa, le député Xavier Barsalou-Duval, ont annoncé le départ de M. Dubois. « Il n’a plus le lien de confiance avec l’ensemble de l’aile parlementaire nécessaire à la réalisation de son travail. Mme Ouellet et M. Barsalou-Duval condamnent toutes pratiques de coulage dans les médias. »

Mme Ouellet a pris d’urgence un vol de Québec pour se rendre à Ottawa, mais au lieu de s’adresser à ses troupes, elle a accordé une entrevue au 98,5 FM, ce qui a envenimé l’affaire.

« Il y a des gens qui n’étaient pas d’accord avec les résultats de la course à la chefferie — qui était une course démocratique, où j’ai été élue démocratiquement —, et là, ce qu’on vit, ce sont les suites de la course. » Elle a déploré le « coulage » effectué par son chef de cabinet, mais elle a reproché aux bloquistes à Ottawa de s’y adonner aussi.

« Il y a une espèce de petite mutinerie, qui doit s’arrêter, à l’intérieur du caucus et du personnel de l’ancienne gang. Ce n’est pas la première fois. Mario Beaulieu [député et ancien chef] a vécu la même chose. Ce genre de petite guéguerre d’ego, une fois que la démocratie a parlé et qu’il y a eu une course à la chefferie, ça suffit », a ajouté Mme Ouellet. M. Beaulieu était tellement impopulaire que deux des quatre bloquistes avaient quitté le caucus pour siéger comme indépendants. In extremis, il avait cédé sa place à Gilles Duceppe pour l’élection de 2015.

Ces déclarations ont choqué M. Plamondon. « Il n’y a pas eu un mot d’excuse auprès de Rhéal. Et c’est la moindre des choses. Et d’ailleurs, il n’y a eu aucune communication entre Mme Ouellet et Rhéal aujourd’hui.[…] Personne du caucus ne lui a parlé. »

En toile de fond de cette rébellion, il y a l’insatisfaction d’une partie importante du caucus à l’égard des premières décisions de Mme Ouellet lors de son arrivée à la tête du parti, en mars. Son caucus lui avait demandé de ne pas nommer M. Dubois, ce qu’elle a fait néanmoins. Certains estiment que M. Dubois prenait des libertés dans l’application des règles sur les dépenses assumées par le Parlement fédéral et craignent que cela ne rejaillisse sur tout le parti.

Les députés dissidents refusaient aussi la mise en commun des ressources parlementaires, proposée par Mme Ouellet, un projet qui aurait remis à Xavier Barsalou-Duval le contrôle de ces ressources, ce qui inclut le contrôle sur toutes les embauches. Les sept préféraient remettre ce contrôle à Monique Pauzé. Certains adjoints en place à Ottawa depuis longtemps craignaient d’être tassés. M. Barsalou-Duval a renoncé à se porter candidat à la chefferie pour laisser la voie libre à Mme Ouellet. Il est donc dans les bonnes grâces de cette dernière.

En coulisses, on dit ignorer ce qui pourrait être fait pour rétablir les ponts. Mais au moins trois sources indiquent au Devoir que les dissidents posent comme condition sine qua non que le caucus ait un droit de regard sur la nomination du prochain chef de cabinet de Mme Ouellet. Certaines de ces sources ajoutent qu’il faudra que Martine Ouellet se désigne un autre chef parlementaire puisque la confiance envers Xavier Barsalou-Duval est ébranlée.

Le Bloc québécois a récolté 19,4 % des voix exprimées lors de l’élection de 2015 et fait élire 10 députés.

13 commentaires
  • Pierre Desautels - Abonné 7 juin 2017 20 h 09

    Pardon?


    M. Ste-Marie a répété qu'« au Bloc, on lave notre linge sale en famille et [qu']on va faire ça à soir [mercredi] ».

    Faux. Le Bloc et le PQ lavent leur linge sale sur la place publique. En conférence de presse, my dear.

    • Stéphanie Deguise - Inscrite 7 juin 2017 21 h 44

      En effet, et ce sans relâche.
      Qu'est-ce qui est mieux? Laver son linge sale sur la place publique ou ne jamais s'écarter de la ligne du parti, quitte à soutenir des idées (et pratiques) discutables? Bien franchement, je ne saurais dire. On fait présentement face à des attitudes diamétralement opposées, et aucune ne me semble bonne.

    • Patrick Boulanger - Abonné 8 juin 2017 09 h 02

      @ Mme Deguise

      Mme Deguise, il reste l'alternative de laver son linge sale en privé tout en refusant de soutenir des idées et des pratiques douteuses.

  • Brian Monast - Abonné 7 juin 2017 21 h 46

    Elle a du cran. Il lui en faut.

    Qu'elle tienne bon. Elle a pris une bonne décision aujourd'hui, en démettant de ses fonctions le monsieur dont la conduite était douteuse. Elle n’a pas eu tort de lui faire confiance. Elle aurait tort de garder confiance en lui.

    Quant au reste de la bande, le commentaire de M. Desautels indique déjà ce qu'on peut en penser aujourd'hui mais, à force de prendre des bonnes décisions et de faire à sa tête, les bloquistes finiront peut-être par comprendre que c’est un chef et non pas une moutonne qu'ils se sont choisie. S’ils arrivent à s’unir derrière elle, ils pourraient se découvrir dans la force d’un nouvel âge.

  • Patrick Boulanger - Abonné 7 juin 2017 22 h 54

    La question

    Louis-Philippe Dubois, le chef de cabinet de la chef, a-t-il eu l'accord de cette dernière avant de couler l'information? Voilà la question qu'il faut se poser, à mon avis. Si la réponse est oui, je crois que le BQ devrait se questionner sérieusement à savoir s'il garde ou pas Mme Ouellet!

    Cela dit, toute cette histoire est dommage pour ce parti qui a déjà connu des jours meilleurs. C'est le moins que l'on puisse dire!

  • Denis Paquette - Abonné 8 juin 2017 04 h 05

    la politique quelle breuvage imbuvable

    Chere madame , elle est tellement volontaire, elle dérange beaucoup de gens, n'est il pas connu qu'en politique c'est souvent la servilité qui l'emporte,

  • Raymond Chalifoux - Abonné 8 juin 2017 06 h 54

    Sacré Martine...

    Aujourd'hui, le Bloc, à Ottawa, est aussi utile et pertinent qu'une... "baleine de corset" écartée dans un tiroir de commode de.. Madonna...