L’oléoduc Trans Mountain survivra à l’élection, dit Ottawa

Le projet du pipeline Trans Mountain, approuvé par Ottawa en novembre dernier, divise la population de la Colombie-Britannique.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Le projet du pipeline Trans Mountain, approuvé par Ottawa en novembre dernier, divise la population de la Colombie-Britannique.

Le renversement prochain de la libérale Christy Clark en Colombie-Britannique n’inquiète pas Ottawa. L’avènement d’un gouvernement néodémocrate appuyé par les verts, aussi opposé soit-il à l’oléoduc Trans Mountain de Kinder Morgan, ne pourra pas y faire barrage, assure-t-on.

« Il s’agit d’un pipeline qui a été approuvé par le gouvernement fédéral », a rappelé le ministre des Ressources naturelles, Jim Carr. « L’approbation est là pour l’ancien gouvernement, le gouvernement actuel et pour tout futur gouvernement. »

Le premier ministre Justin Trudeau, en visite en Italie, a indiqué qu’il ne changerait pas d’avis. « La décision que nous avons prise sur l’oléoduc Trans Mountain a été prise sur la base de faits, de données et dans l’intérêt des Canadiens, de l’économie canadienne et de l’avenir du Canada. Quel que soit le gouvernement en Colombie-Britannique ou ailleurs, les faits et les données ne changent pas. »

Le pipeline Trans Mountain, qui serpente d’Edmonton à Burnaby (à l’est de Vancouver), existe déjà. Le projet consiste à en tripler la capacité en ajoutant un second conduit. Quelque 73 % du nouveau conduit sera construit sur les emprises actuelles du pipeline existant. Le terminal maritime sera agrandi et le nombre de pétroliers qui s’y approvisionneront passera de 5 à 34 par mois.

Ce projet, approuvé par Ottawa en novembre dernier, divise la population de la Colombie-Britannique. La première ministre libérale Christy Clark avait fini par appuyer le feu vert fédéral, mais ses jours sont comptés, elle qui a fait réélire 43 députés. Les députés néodémocrates (41) et les verts (3) ont annoncé qu’ils s’alliaient pour la déloger.

Mme Clark a en somme concédé la défaite mardi en annonçant qu’elle convierait l’Assemblée législative en juin et en demanderait la confiance, ce qu’elle sait qu’elle n’obtiendra pas. « S’il doit y avoir un transfert de pouvoirs dans cette province, et il semble bien qu’il y en aura un, celui-ci doit se faire en public, […] dans la maison du peuple et non derrière des portes closes », a-t-elle déclaré à la presse. Il reviendra alors à la lieutenante-gouverneure de demander au NPD de prendre la relève, a ajouté Mme Clark.

Une des conditions de l’alliance NPD-PV est que le nouveau gouvernement utilise « tous les outils disponibles pour arrêter l’expansion du pipeline Kinder Morgan ». Ces outils existent, reconnaît Pierre-Olivier Pineau, professeur à la Chaire de gestion du secteur de l’énergie aux HEC.

« Une province ne peut pas formellement refuser un tel projet approuvé par le fédéral, dit-il. Mais si la province ne collabore pas dans la délivrance de certains permis locaux requis pour la construction, comme des permis de construction, des permis environnementaux “locaux” ou des droits de passage, elle peut entraver le processus de manière importante. Ça devient donc un jeu politique qui peut avoir des répercussions dans d’autres dossiers. »

Cette situation divise la grande famille néodémocrate. La première ministre albertaine Rachel Notley, qui appuie le pipeline, a lancé mardi une pique fielleuse à ses voisins. « Bien franchement, la Colombie-Britannique ne peut pas faire reposer sa croissance économique seulement sur la hausse des prix immobiliers de Vancouver et du Lower Mainland. Elle a besoin de plus de croissance économique et, à l’intérieur des terres, elle a besoin des emplois que créera cet oléoduc. »

En pleine course à la chefferie, le NPD fédéral devra manoeuvrer prudemment pour ne pas s’aliéner les électeurs de l’une ou l’autre de ces deux provinces. Une des candidates, Niki Ashton, a invité hier ses adversaires à se prononcer contre Kinder Morgan.

Avec La Presse canadienne

3 commentaires
  • Yvon Pesant - Abonné 31 mai 2017 07 h 40

    Sept fois, mon père

    "...et le nombre de pétroliers qui s'y approvisionneront passera de 5 à 34 par mois."

    Ça change un peu beaucoup la donne en termes de trafic au port et de grands chambardements in situ pour que cela soit. 34 pétroliers par mois, c'est plus que un par jour. Surtout en février, hé! hé!

    Pratiquement sept fois plus, tout compte fait,chaque mois que le bon dieu de quelque religion que ce soit nous amène chaque année pour un temps dont on ne connait pas la fin. En espérant et priant fort pour que cette fin ne soit pas celle d'une catastrophe plus portuaire que maritime, dans les circonstances.

    Et monsieur Trudeau et compagnie considèrent qu'il n'y a pas lieu de se poser des questions voire de s'en inquiéter?!? Quand on pense au gabarit de ces bateaux avec ce qui s'y trouve comme contenu, on est aussi en droit de penser qu'il y a là un risque réel d'un malencontreux accident aux effets désastreux à bien des égards.

    Mais, dans le cas qui nous occupe et préoccupe, monsieur Trudeau et compagnie préfèrent s'en tenir aux signes de piastres plutôt qu'aux signes des temps.

  • Diane Germain - Abonné 31 mai 2017 09 h 57

    Qu'en est-il des intérêts canadiens à long terme?

    Selon Trudeau « La décision que nous avons prise sur l’oléoduc Trans Mountain a été prise sur la base de faits, de données et dans l’intérêt des Canadiens, de l’économie canadienne et de l’avenir du Canada. »

    Je suis très sensible au fait que M. Trudeau se soucie de nos intérêts. De fait, l'exploitation des sables bitumineux va peut-être améliorer l'économie canadienne à court terme, mais qu'en est-il à moyen et long termes? Qui le conseille sur les perturbations climatiques ? Il n'a certes pas lu Changements climatiques 2014 - rapport de synthèse - Résumé à l’intention des décideurs, rédigé par le GIEC: http://www.ipcc.ch/pdf/assessment-report/ar5/syr/A

    Selon votre plan M. Trudeau, l'exploitation des sables bitumineux est nécessaire pour la période de transition à des énergies renouvelables; à votre rythme, le soleil a le temps de disparaître avant que votre plan ne soit terminé.

  • Bernard Terreault - Abonné 31 mai 2017 18 h 49

    Pour madame Notley

    "La Colombie-Britannique ... a besoin de plus de croissance économique ... et des emplois que créera cet oléoduc". La construction par une grosse firme internationale spécialisée terminée, un oléoduc crée à peu près trois emplois. Par contre ça crée beaucoup d'emplois payants dans la région productrice, ici l'Alberta. NPD, bleu, rouge, ce n'est pas les principes qui comptent c'est son intérêt.