Marijuana: Trudeau met des jeunes en danger, disent les conservateurs

Le conservateur Rob Nicholson
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le conservateur Rob Nicholson

Le projet de légalisation de la marijuana de Justin Trudeau essuie les critiques de l’opposition à Ottawa : les néodémocrates le jugent trop punitif, tandis que les conservateurs martèlent qu’il ne l’est pas assez. Ces derniers pensent qu’en permettant la culture personnelle à la maison le gouvernement libéral mettra en danger les jeunes canadiens.

« Qu’y a-t-il de plus facile comme moyen pour les jeunes de se procurer de la marijuana que si leurs parents ont quatre plants dans la cuisine ? » a lancé mardi le conservateur Rob Nicholson alors que débutait le débat sur la légalisation du cannabis récréatif. Le projet de loi libéral prévoit que les adultes canadiens puissent posséder 30 grammes de marijuana ou faire pousser quatre plants à leur domicile. La vente serait interdite aux moins de 18 ans, mais les jeunes ne seraient pas visés par des accusations criminelles s’ils sont en possession de moins de cinq grammes.

Résultat : les jeunes pourront piger allégrement dans les plantes de leurs parents, consommer les produits comestibles que les adultes pourront faire chez eux ou encore s’improviser trafiquants de stupéfiants en vendant le cannabis de leurs parents dans les cours d’école du pays, ont martelé les conservateurs aux Communes mardi.

La ministre de la Justice, Judy Wilson-Raybould, a rétorqué qu’il reviendrait simplement aux parents de s’assurer que leurs plants de cannabis sont hors de portée des enfants. « La loi prévoit la possibilité pour des individus de cultiver chez eux, tout en reconnaissant que les adultes s’assureront — comme ils le feraient pour des médicaments sur ordonnance ou de l’alcool — de mettre en place des mesures de sécurité pour les jeunes afin de les empêcher d’y avoir accès. »

Or, une plante par définition ne pourra pas être cachée dans une armoire, ont répliqué les conservateurs. « Si [la ministre de la Justice] consultait les statistiques d’empoisonnements, elle verrait que les enfants mangent des plantes constamment. Parce que leurs parents ne les mettent pas dans des placards », a fait valoir la députée Marilyn Gladu.

Les conservateurs ont beau compter s’opposer au projet de loi C-45, les libéraux pourront néanmoins user de leur majorité pour l’envoyer à l’étude en comité parlementaire. Les néodémocrates l’appuieront aussi, afin d’étudier plus à fond les mesures proposées.

Le NPD persiste à réclamer — en vain jusqu’à présent — que la marijuana soit décriminalisée en attendant d’être légalisée. Faute d’obtenir gain de cause, le député Alistair McGregor estime comme le gouvernement qu’il vaut mieux n’imposer que des infractions pénales aux mineurs en possession de petites quantités. « Il ne s’agit pas d’accepter le fait que [les jeunes] puissent obtenir de la marijuana. C’est juste de faire en sorte qu’il s’agisse d’une infraction, pour qu’ils ne se retrouvent pas avec un dossier criminel pour le reste de leur vie. »

Le projet de loi menace par ailleurs de 14 ans de prison quiconque donne ou vend du cannabis à un mineur, ou quiconque fait appel à un jeune pour commettre une infraction liée au cannabis. Une peine qui, bien que sujette à la discrétion d’un magistrat, est jugée excessive par le NPD, qui veut consulter des experts afin de vérifier si elle respecte la Charte des droits et libertés. Le gouvernement croit que oui. Au Québec, la vente d’alcool à un mineur est une infraction passible d’une simple amende.

Les néodémocrates s’inquiètent en outre, comme les conservateurs, des « sérieuses conséquences » auxquelles pourraient faire face les Canadiens à la douane américaine puisque plusieurs États n’ont pas légalisé la marijuana récréative. Le Parti conservateur craint par ailleurs de voir une explosion des cas de conduite avec facultés affaiblies par la marijuana.

Le Bloc québécois n’a pas décidé s’il appuierait le projet de loi, car il a certaines inquiétudes. « On veut que la production relève de Québec. Pour l’instant, Ottawa veut se garder le privilège où c’est le ministre qui distribue lui-même les permis », a déploré Xavier Barsalou-Duval, qui réclame aussi une compensation pour le système de santé québécois.


 
4 commentaires
  • Pierre Desautels - Abonné 31 mai 2017 07 h 33

    Ridicule.


    L'ex-ministre Nicholson s'émeut du fait que les jeunes vont pouvoir se procurer de la marijuana dans la cuisine de leurs parents. Est-ce qu'il préfère qu'ils s'en procurent, comme actuellement, dans la cour d'école? Et d'une qualité douteuse, enrobée de PCP?

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 31 mai 2017 10 h 27

    L'âge d'une personne mineure au Québec...

    c'est de la naissance jusqu'à 18 ans révolus...Je souligne ce propos parce que plusieurs font souvent l'erreur de penser que c'est à 16 ans ou même à 14 ans.

    Jusqu'à 16 ans, c'est une obligation, en général, pour une personne mineure à poursuivre des études ...( on devrait l'étirer jusqu'à 18 ans révolus.)

    À 14 ans, c'est la possibilité, pour une personne mineure, de revendiquer avec quel parent (lors d'une séparation ou un divorce de ces derniers) il veut rester...et/ou même, choisir de vivre en famille d'accueil....!!!??? Dans bien des cas, comme pour cette dernière option, cette décision (ou suggestion parfois ) vient surtout de l'enfant-mineur qui ne veut pas déplaire ou faire de la peine à ses parents en choisissant l'un plutôt que l'autre.!!!??? un aberration !!!

    Quant à la polémique qui entoure ce sujet de la marijuana...on devrait convoquer "un club des sages" afin de trancher comme Salomon le fit. C'est pas parce qu'on a 18 ans et ....plus, qu'on fait immanquablement preuve de jugeote.

  • Guy Lafond - Inscrit 31 mai 2017 11 h 55

    Sauve-qui-peut


    En effet,

    Le parlement à Ottawa est-il en train d'examiner un autre projet de loi qui pourrait déboucher sur de la confusion, du dérangement, de la dispersion et même de la panique d'un océan à l'autre de cette fédération?

    Quand Ottawa va-t-il se pencher plutôt sur la constitution canadienne et y intégrer les valeurs suivantes: le droit à un environnement propre et durable, et notre devoir à tous de protéger notre milieu naturel et la santé de nos enfants?

    Nous n'avons plus de temps à perdre,

    Sagement et précautionneusement,

    (Un Québécois à vélo et à pied d'oeuvre près de chez vous)

  • Serge Lamarche - Abonné 31 mai 2017 14 h 39

    Odeurs marijuanées

    Il est certain que bien des choses peuvent tourner mal. Ce fait implique presque certainement que des choses vont mal finir. Tout comme les autos tuent, les vélos tuent, même simplement marcher près d'autos tue. Fumer tue. Fumer du pot tuera. Ce qui me dérange le plus sont les odeurs marijuanées qui risquent de se répandre sans pouvoir les empêcher.