Le chef conservateur Andrew Scheer sous surveillance

Andrew Scheer a fait son entrée au Parlement à titre de chef du Parti conservateur du Canada, lundi, accueilli notamment par son adversaire d’hier, Maxime Bernier.
Photo: Fred Chartrand La Presse canadienne Andrew Scheer a fait son entrée au Parlement à titre de chef du Parti conservateur du Canada, lundi, accueilli notamment par son adversaire d’hier, Maxime Bernier.

Les conservateurs sur le plan social voient dans l’élection d’Andrew Scheer la preuve de leur force comme mouvement politique au sein du Parti conservateur du Canada. Bien qu’ils promettent de faire preuve de patience pour l’instant, ils préviennent que, le moment venu, des gestes concrets seront exigés du nouveau chef du parti.

Car si Andrew Scheer l’a emporté de justesse, avec 50,9 % du vote samedi, c’est notamment parce qu’il a hérité d’une bonne partie des appuis aux candidats pro-vie Brad Trost et Pierre Lemieux. Et ces appuis — qui totalisaient 15,7 % au premier tour — témoignent de l’importance du mouvement conservateur social, a fait valoir M. Trost lundi. Leur voix est aujourd’hui plus forte, avec M. Scheer à la tête du Parti conservateur, « à cause du vote qui est sorti au congrès » a-t-il argué. « En politique, on n’obtient jamais 100 % de ce qu’on veut. Mais votre objectif, c’est de faire avancer votre cause. Et c’est ce qu’on a fait. »

Le député pro-vie Harold Albrecht est du même avis. « On doit reconnaître leur importance au Canada, et c’est le message qu’on a reçu, je crois, cette fin de semaine. » M. Albrecht pourrait-il lui-même profiter de ce nouveau souffle du mouvement social du parti pour déposer une initiative sur l’avortement ? « Je pourrais », dit-il, en notant toutefois qu’il arrive au-delà du 200e rang sur la liste de priorité des députés qui souhaitent déposer une initiative privée et qu’il y a peu de chance qu’il en ait l’occasion d’ici l’élection.
 

Qui est Andrew Scheer? Bref survol du nouveau chef du Parti conservateur et de ses positions. 
 

M. Trost et M. Albrecht restaient minoritaires, au Parlement lundi. La majorité de leurs collègues — pro-vie ou non — ne voyaient pas dans l’élection de M. Scheer un nouvel élan pour les positions sociales des conservateurs moraux. Lui-même pro-vie, Larry Miller estime que « le débat est réglé. Il a été tranché par les tribunaux ».


Des comptes à rendre

Mais le groupe Campaign Life Coalition n’a pas la même lecture. « Je crois qu’il va être tenu responsable. Il y a plusieurs groupes pro-vie représentant des milliers de pro-vie qui comptent sur lui pour défendre les enfants à naître », a affirmé Johanne Brownrigg au Devoir. Elle ne s’attend pas à grand-chose à court terme, puisqu’une mesure sur l’avortement n’obtiendrait pas suffisamment de votes pour être adoptée. « On s’attendrait à ce qu’un geste soit posé au moment opportun et on demandera des comptes à Andrew Scheer. »

Le nouveau chef conservateur a promis de ne pas rouvrir le débat sur l’avortement. Au début de la course à la chefferie, il s’est engagé à permettre à ses députés de le faire à titre personnel. Mais il martèle depuis qu’il veut que son caucus se concentre sur les enjeux qui unissent le parti plutôt que sur ceux qui sèment la discorde. M. Scheer estime que ses promesses pour les familles — crédits d’impôt pour les parents d’enfants éduqués à la maison, exemption d’impôt pour les congés parentaux — apaiseront les préoccupations des conservateurs sociaux. Mais ce n’est « pas suffisant » selon Mme Brownrigg.

Diane Watts, de REAL Women, se réjouit de ces promesses, mais se dit aussi « optimiste » de voir les conservateurs agir sous Andrew Scheer pour protéger la liberté d’expression ou les droits des parents de déterminer les sujets d’éducation de leurs enfants. « On s’attend à ce qu’il se passe quelque chose, car l’importance de ces préoccupations est évidente », a-t-elle fait valoir, en se disant aussi optimiste qu’une initiative soit mise en avant pour protéger les enfants à naître.

Charles McVety, président du Canada Christian College, note qu’une majorité de la population canadienne s’oppose aux avortements sexo-sélectifs — un enjeu qui ferait donc consensus, comme les préfère Andrew Scheer. Mais il ne voit pas d’inconvénient à ce que les conservateurs ne déposent pas de mesure en ce sens d’ici l’élection, puisque ce serait peine perdue.

Munitions pour l’opposition

Les attaques contre le nouveau chef conservateur n’ont pas tardé, au Parlement. « C’est assurément une victoire de la droite sociale au sein du caucus conservateur. Il leur doit beaucoup », a argué le libéral Pablo Rodriguez.

« M. Scheer vient vraiment de la famille anti-choix des femmes, contre les droits reproductifs des femmes. Est-ce qu’il va être capable de tenir cette ligne-là encore, avec les gens qui l’appuient ? », a renchéri Alexandre Boulerice du NPD.

Avec Hélène Buzzetti et La Presse canadienne