Défaite de Maxime Bernier: réactions mixtes en Beauce

Maxime Bernier et le nouveau chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, se serre la main avant la tenue du scrutin, le 27 mai 2017.
Photo: Frank Gunn La Presse canadienne Maxime Bernier et le nouveau chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, se serre la main avant la tenue du scrutin, le 27 mai 2017.

C’est la faute des Québécois et du lobby « extrêmement fort » de l’Union des producteurs agricoles (UPA) si Maxime Bernier a perdu la course à la direction du Parti conservateur, selon l’influent ancien maire de St-Georges, Roger Carette.

En entrevue avec La Presse canadienne peu de temps après le dévoilement des résultats samedi, M. Carette, qui a siégé comme maire de 1994 à 2009, a dit ne pas comprendre les Québécois.

« C’est le Québec qui l’a sorti de là, a-t-il affirmé sans détour. Si on regarde la différence d’un pour cent des votes, c’est la différence au Québec. »

Selon les données du Parti conservateur, M. Bernier s’est fait coiffer par le Saskatchewanais Andrew Scheer dans sa propre Beauce natale en récoltant 48,89 pour cent des appuis, contre 51,11 pour cent pour M. Scheer.

Photo: Frank Gunn La Presse canadienne

À l’invitation des agriculteurs, M. Scheer avait fait campagne en Beauce contre la position de Maxime Bernier d’abolir progressivement la gestion de l’offre, le système canadien de quotas et de contrôle des prix visant à assurer aux producteurs de lait, d’oeufs et de volaille un revenu stable malgré les fluctuations du marché.

M. Bernier voulait libéraliser ce système, car, selon lui, il maintient les prix artificiellement élevés et limite la concurrence. Il suggérait une période de transition avec des indemnisations.

D’après M. Carette, « les leaders du mouvement agricole » ont sabordé la campagne de M. Bernier, « un gars de chez nous ».

« Je suis déçu. Je reconnais que c’est le Québec qui a décidé qu’il préférait un type de la Saskatchewan pour diriger le parti et peut-être un jour le pays. C’est un peu désolant de constater qu’on a fait partie de ça », a-t-il dit, en ajoutant que selon lui, la proposition de M. Bernier d’abolir la gestion de l’offre n’aurait pas passé comme une lettre à la poste et aurait fait l’objet d’un rigoureux débat à l’intérieur du parti.

La Beauce devra donc « faire son deuil » de cette expérience, a poursuivi M. Carette, et de « l’interventionnisme abusif de l’UPA ».

« Maudite merde »

Même déception du côté de la quarantaine de sympathisants de Maxime Bernier réunis samedi au restaurant Chez Gérard à St-Georges.

Plusieurs ont poussé un « maudite merde » bien senti avant de se dépêcher à quitter la salle une fois la victoire d’Andrew Scheer confirmée.

Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Des sympathisants de Maxime Bernier réunis samedi ne cachent pas leur déception alors qu'Andrew Scheer remporte la course à la direction du Parti conservateur.

L’ambiance était pourtant à la fête tout au long de la soirée. Entre bouchées de saucisses et bâtonnets de mozzarella panés, bagatelles et choux à la crème, les fidèles partisans de M. Bernier se disaient sûrs de l’emporter.

Maxime Bernier, ont-ils dit, est un politicien « très proche de son monde », généreux et sincère.

La nervosité a commencé à se faire sentir vers le dixième tour.

Maxime a eu un vote partagé en Beauce, mais il a eu beaucoup d’appuis en Alberta. C’est incompréhensible.

Joie chez les agriculteurs

La circonscription de Beauce est parmi celles qui comptent le plus d’exploitations agricoles soumises à la gestion de l’offre au pays.

Plusieurs producteurs laitiers de la région, dont Frédéric Marcoux, s’étaient donné comme mission de bloquer la campagne de M. Bernier et de nuire à son coprésident de campagne, Jacques Gourde. Une page Facebook « Les Amis de la gestion de l’offre et des régions » a d’ailleurs accueilli près de 10 000 membres.

« Les agriculteurs n’ont pas juste battu Bernier, a affirmé M. Marcoux en entrevue téléphonique samedi soir. C’est la classe politique au complet qui prend acte de ça, là. Tout le monde nous a vus, tout le monde nous a entendus […] tout le monde au final a vu le résultat. Pour moi, on ne reverra pas avant un maudit bout quelqu’un attaquer la gestion de l’offre ».

M. Marcoux a ajouté qu’il était « facile » de blâmer l’UPA, mais que dans les faits, la grogne était généralisée.

Il ne croit d’ailleurs plus revoir le candidat malheureux de sitôt dans les rangs beaucerons. « Maxime Bernier s’est calé lui-même […] la gestion de l’offre, juste dans son comté, c’est un demi-milliard, à quoi s’attendait-il ? »

Considéré comme le candidat aux idées les plus « radicales », M. Bernier avait aussi promis d’abolir le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) et les subventions aux entreprises, de privatiser Postes Canada, de revoir la péréquation et de donner des points d’impôt aux provinces, de revoir l’aide étrangère et les quotas d’immigration à la baisse, de réduire le financement à CBC/Radio-Canada, et d’éliminer la taxe sur le carbone.

7 commentaires
  • Luc André Quenneville - Abonné 28 mai 2017 09 h 40

    merci au Québec

    Maxime Bernier est au Parti Consrevateur ce que Mélanie Joly est au Parti Libéral. Joli et insipide, aucun contenu et "air head".

  • Maryse Veilleux - Abonnée 28 mai 2017 09 h 42

    'un gars de chezz-nous''

    ... c'est précisément cela le problème avec la Beauce, sous prétexte qu'il est un ''gars de chez eux'' ils ne portent plus intérêt à ses idées et à ses gestes mais au pouvoir de la filiation (le pêre de monsieur Bernier était aussi en politique). Il me semble que monsieur Bernier a fait suffisamment d'erreurs pour qu'il soit rejeté. Bonne nouvelle!...

    • Sylvain Auclair - Abonné 29 mai 2017 11 h 56

      Tout à fait. Ça rappelle la politique de certains pays, où le vote souvent est ethnique, voire tribal.

  • Pierre Lalongé - Abonné 28 mai 2017 14 h 03

    Qui est à blâmer?

    Il ne faut pas oublier que Maxime Bernier as eu beaucoup d'appuie dans l'ouest car il voulait entre autre abolir la gestion de l'offre.

    • Jean-Guy Mailhot - Inscrit 28 mai 2017 20 h 46

      C'est ce qui a coulé Bernier. Les agriculteurs ont monté leurs entreprises la plupart du temps de père en fils, souvent sur 3 générations même, travaillant 7 jours sur 7, plusieurs heures par jour.

      Enlever la gestion de l'offre pour ces gens serait comme si un politicien se présentait chef de parti en promettant aux travailleurs d'usine, aux employés de l'état etc etc, qu'il allait interdire les associations syndicales et enlever la sécurité d'emploi.

  • Michel Thériault - Inscrit 28 mai 2017 15 h 04

    Ne vous en faites pas...

    Ne vous en faites pas, allez. De toutes façons, les conservateurs sont voués à l'opposition pour encore 8 ans au minimum. Qu'un troll de Saskatchewan tienne le gouvernail du radeau ou, que ce soit un troll de Bauce ne changera rien à l'affaire.

    Harper a déjà brûlé le peu de crédibilité de ce vieux parti sclérosé, issu de deux vieilles choses sclérosées.

    Ceci dit, nous ne sommes pas mieux servis avec le fils à papa.

    Ah! Comme il serait divertissant d'assister à ces foires d'empoignes canadiennes vu d'un voisin québécois souverain.

  • Denis Miron - Inscrit 28 mai 2017 16 h 37

    Merci aux agriculteurs qui n'ont pas tombés dans le piège «du p'tit gars de chez nous»

    Mad Max Bernier , l’extrêmiste libertarien aurait tout simplement démantelé l’état pour le rendre minimal et ainsi le livré pieds et poings liés à la loi du marché en privatisant tous ses institutions.Le capitalisme sauvage aurait pu par la suite laisser libre cours à ses bas instincts. Merci aux agriculteurs
    L’extrêmisme de Mad Max ne pouvait que discréditer les conservateurs pour la prochaine élection et ils se seraient retouver probablement en 3 ème position.