Andrew Scheer est élu chef du Parti conservateur

Le nouveau chef du Parti conservateur, Andrew Scheer
Photo: Frank Gunn La Presse canadienne Le nouveau chef du Parti conservateur, Andrew Scheer

L’issue semblait quasi-assurée. Mais la longue course à la chefferie du Parti conservateur s’est soldée par une surprise. Le meneur Maxime Bernier a été forcé de s’incliner, dépassé au dernier tour par son collègue de Saskatchewan Andrew Scheer qui a été élu chef du parti avec 50,9 % des votes.

 

Les résultats arrivaient au compte-gouttes. Il aura fallu se rendre au tout dernier tour pour qu’un gagnant se mérite plus de 50 % des voix. Et encore. Andrew Scheer n’a dépassé Maxime Bernier que de justesse, avec 50,95 % contre 49,05 % pour le Beauceron.

 

Le Québécois a accepté la victoire résigné et visiblement émotif en retenant par moments les larmes, lui dont l’équipe était très confiante de l’emporter jusqu’à samedi après-midi. « Andrew va être un bon chef. Et je suis prêt à travailler avec lui. Ensemble, on va s’assurer d’avoir un gouvernement conservateur dans deux ans. »

 

Andrew Scheer a de son côté tendu la main aux Québécois de même qu’aux conservateurs de toutes les franges du parti, aux nouveaux membres comme aux anciens. « Absolument tous les types de conservateurs sont les bienvenus dans ce parti. Et ce parti vous appartient, à vous tous », a-t-il lancé dans son discours de victoire, chaudement applaudi. M. Scheer fait partie de la frange sociale du Parti conservateur, s’affichant pro-vie et ayant fait campagne en promettant de protéger la liberté d’expression et de s’opposer à ceux qui tentent d’imposer un discours politiquement correct au pays. Lorsqu’il a réitéré cet engagement, lui qui s’oppose à un projet de loi libéral contre la discrimination des transgenre, il a là encore été fort applaudi par les conservateurs réunis au Centre des congrès de Toronto.

 

La victoire des agriculteurs

 

Andrew Scheer avait aussi fait campagne en tant que sauveur de la gestion de l’offre, en convainquant des milliers d’agriculteurs de l’appuyer pour bloquer la route à Maxime Bernier qui promettait d’abolir le système de quotas qui protège les agriculteurs des fermes laitières et de volaille.

 

« À la fin [de la campagne], c’est devenu un référendum sur la gestion de l’offre. Et Maxime a perdu son pari », a laissé tomber le député Jacques Gourde, coprésident de la campagne Bernier au Québec. Andrew Scheer se serait mérité selon M. Gourde 2500 points au Québec — sur les 7800 que compte la province, où chaque circonscription compte pour 100 points — et 2000 points en Ontario qui en compte 12 100.

 

Le camp Bernier espérait dépasser les 30 % dès le premier tour. Il n’a récolté que 28,9 %, à peine 7 points devant Andrew Scheer qui s’est mérité 21,8 % au départ. « On a perdu dès le premier tour », admet Jacques Gourde. Les partisans de M. Scheer ont davantage voté que ceux de M. Bernier. « C’est plus facile de motiver les gens à voter pour un vote de contestation, que pour voter pour quelqu’un. On l’a vu », a analysé M. Gourde.

 

Maxime Bernier a-t-il alors fait erreur, en martelant pendant un an qu’il abolirait la gestion de l’offre ? « Non, non, a-t-il répliqué. Lorsqu’on parle de ce qu’on croit, avec passion et conviction, on ne fait jamais d’erreurs. Ce soir je vais bien dormir. J’ai défendu des idées auxquelles je croyais. Et je m’aperçois qu’à travers le parti, il y a beaucoup de gens qui croient à ces idées-là de liberté et de responsabilité. Et je vais continuer de les défendre, en ligne avec mon chef. Et je prends note du résultat », a-t-il affirmé, en promettant de rester au Parti conservateur.

 

Un vote pour le statu quo

 

Andrew Scheer se méritait davantage d’appuis au sein du caucus que Maxime Bernier — 24 députés et huit sénateurs, contre sept députés et dix sénateurs pour M. Bernier.

« On sait de quoi ça a l’air, lorsque les conservateurs sont unis. On gagne, quand on est unis », a lancé Andrew Scheer après sa victoire samedi soir. Les élus étaient unanimes pour dire que le parti sortait bel et bien uni de cette longue course.

 

« Le résultat est là et c’est clair. Et pour nous la victoire est à Andrew. Tout le monde se rallie et on continue », a assuré le député québécois Pierre Paul-Hus, qui appuyait la candidature de M. Scheer.

 

Député depuis 2004 — et président des Communes de 2011 à 2015 —, s’inscrit en directe continuité de l’héritage politique de Stephen Harper. La quasi-totalité de ses promesses consistaient à ressusciter des promesses de l’ancien chef conservateur.

 

Comment donc estime-t-il qu’il séduira davantage de Canadiens s’il défend les mêmes positions que Stephen Harper, à qui les électeurs ont refusé un nouveau mandat en 2015 ? « Les Canadiens partagent les principes conservateurs », a fait valoir M. Scheer en point de presse en soirée, en citant des baisses d’impôts ou des promesses d’équilibre budgétaire. « Il faut que notre parti ait un chef qui va exprimer nos valeurs conservatrices dans une manière plus positive [sic] qui peut résonner avec une plus grande audience [sic] de Canadiens. »

 

Des résultats étonnants

 

Outre l’issue que peu attendaient, l’ordre des candidats était également étonnant. L’Ontarien Erin O’Toole — candidat du consensus comme Andrew Scheer — est arrivé troisième comme le prédisaient les sondages. Mais le pro-vie Brad Trost a terminé la course au quatrième rang, suivi du progressiste Michael Chong — qui promettait une taxe sur le carbone —, et de Kellie Leitch — qui souhaitait filtrer les immigrants aux valeurs anti-canadiennes. L’autre pro-vie de la course Pierre Lemieux est arrivé septième ; l’ex-ministre Lisa Raitt huitième ; le Québécois Steven Blaney neuvième (lui qui avait aussi fait campagne contre la promesse de Maxime Bernier sur la gestion de l’offre. L’ancien ministre de l’Immigration Chris Alexander a terminé 10e, l’homme d’affaires Kevin O’Leary 11e — car en ayant abandonné la course trop tard, son nom figurait tout de même sur les bulletins de vote. Rick Peterson est arrivé 12e, suivi de l’ancien député de Colombie-Britannique Andrew Saxton au 13e rang, et du député Deepak Obhrai au dernier et 14e rang.

 

Les partisans de Brad Trost et Pierre Lemieux semblent avoir choisi à majorité Andrew Scheer. Des groupes pro-vie avaient d’ailleurs fait campagne pour faire élire l’un de ces trois candidats. Le nouveau chef se sent-il endetté envers cette frange du parti ? Il a quelque peu esquivé la question, qui lui a été posée à plus d’une reprise.
 

Les députés ont le droit fondamental de défendre les idées qui leur sont chères, a-t-il réitéré, en arguant que son rôle en tant que chef était toutefois de rassembler le parti —alors que l’avortement ne fait pas consensus entre conservateurs. « Je ne vais pas me peinturer dans une petite boîte », a cependant insisté Andrew Scheer, en refusant de préciser s’il permettrait à un élu d’arrière-ban de rouvrir le débat sur l’avortement.



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Les promesses phares d'Andrew Scheer

Autoriser la construction de l'oléoduc Énergie Est et accélérer la construction d'infrastructures dans le secteur énergétique;
 

Identifier à la pompe le pays d'origine du pétrole et oeuvrer à réduire le recours au pétrole étranger ;
 

Prioriser les réfugiés chrétiens et accueillir ceux qui se trouvent toujours dans leur pays plutôt que ceux qui ont fui ;
 

Accorder un crédit d'impôt de 4000 $ par année par enfant qui fait l'école à la maison ou qui fréquente une école indépendante, et 1000 $ par enfant d'âge préscolaire qui est éduqué à la maison ;
 

Retirer le financement fédéral et les subventions aux collèges et universités qui ne permettent pas la liberté d'expression ou qui censures des conférenciers ;
 

Annuler l'impôt sur les prestations de congés parentaux et hausser le seuil d'heures de travail autorisées pendant le congé ;
 

Contrer les sites d'injection supervisés, les communautés auraient un droit de veto sur leur territoire ;
 

Protéger la gestion de l'offre ;
 

Autoriser la propriété étrangère de compagnies aériennes, réduire les taxes aux aéroports ;
 

Empêcher le fédéral d'intervenir sur la livraison de soins de santé par les provinces ;
 

Exempter d'impôts les régimes de soins de santé et de soins dentaires ;
 

Réduire les impôts des entreprises (sans chiffrer cette réduction) et éliminer les subventions ;
 

Exempter d'impôts les factures d'énergie résidentielle ;
 

Retirer à la GRC la classification des armes à feu ;
 

Accorder un délai de grâce pour le renouvellement d'un permis en attente d'être délivré et créer un ombudsman des armes à feu ;
 

Obliger à nouveau les conseils de bande de Premières nations à dévoiler leurs états financiers.