Seul Nigel Wright est blâmé dans l'affaire Mike Duffy

Nigel Wright, photographié en août 2015 alors qu’il témoignait au procès de Mike Duffy, vient d’essuyer un blâme de la commissaire à l’éthique.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Nigel Wright, photographié en août 2015 alors qu’il témoignait au procès de Mike Duffy, vient d’essuyer un blâme de la commissaire à l’éthique.

Nigel Wright reçoit le seul et unique blâme qui aura été porté dans l’affaire Mike Duffy. L’ancien chef de cabinet de Stephen Harper a été accusé d’avoir enfreint la Loi sur les conflits d’intérêts en manoeuvrant pour éviter que le sénateur rembourse sa dette de 90 000 $ de sa poche.

La commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique, Mary Dawson, fait deux reproches à Nigel Wright : d’avoir tenté de convaincre le Parti conservateur de payer la dette de Mike Duffy et d’avoir ensuite choisi de payer lui-même le sénateur afin qu’il rembourse les frais de logement que le Sénat lui reprochait d’avoir réclamés injustement.

« M. Wright aurait raisonnablement dû savoir qu’il favoriserait de façon irrégulière les intérêts personnels du sénateur Duffy. » Dans son rapport publié jeudi, la commissaire note aussi que Nigel Wright devait bien savoir qu’il se plaçait tout autant en situation irrégulière en essayant « d’influencer » le Fonds conservateur pour qu’il paie la somme que le Sénat réclamait à Mike Duffy. Car Nigel Wright était au coeur de toutes les négociations devant permettre au sénateur Duffy de rembourser le Sénat, en échange de quoi le bureau du premier ministre le protégerait dans l’éventualité où il était menacé de perdre son siège à la Chambre haute.

Au fil de l’enquête de la commissaire, Nigel Wright a fait valoir qu’il n’avait pas agi par intérêt personnel ou pour protéger ceux du sénateur, mais dans l’intérêt du gouvernement. « Mon intention était de m’assurer que les dépenses du sénateur Duffy étaient remboursées aux contribuables. J’ai toujours cru, et je crois encore, que mes efforts pour assurer le remboursement de ces sommes étaient dans l’intérêt public », a-t-il réitéré jeudi dans une déclaration de ses avocats.

M. Wright a en outre argué qu’il avait transféré la somme à titre personnel, et non pas dans le cadre de ses fonctions officielles — qui le soumettent à la Loi sur les conflits d’intérêts —, puisque le paiement de la dette du sénateur ne faisait pas partie de sa description de tâches comme chef de cabinet. Quant à ses pourparlers avec le Fonds conservateur, afin que celui-ci rembourse la dette qui devait au départ se chiffrer à 32 000 $, M. Wright a plaidé que c’était « dans le cadre de son rôle partisan » et non pas politique.

« Si M. Wright n’avait pas été chef de cabinet du premier ministre […] M. Wright n’aurait peut-être aucunement été impliqué dans cette affaire », souligne le rapport de la commissaire, notant que c’est justement parce qu’il était proche conseiller de Stephen Harper que M. Wright a été mis au courant du scandale et qu’il a participé à l’élaboration du scénario de remboursement.

« Le fait que M. Wright ait versé de l’argent au sénateur Duffy […] était suffisamment grave pour que le dépôt d’accusations de rémunération interdite en vertu […] de la Loi sur le Parlement du Canada soit envisagé à l’encontre de M. Wright. Même si aucune démarche n’a été poursuivie concernant la question de l’illégalité du geste commis par M. Wright, je qualifierais certainement ce geste d’irrégulier », tranche la commissaire, dont les blâmes n’entraînent pas de sanction. « La seule sanction est la publicité qu’entraîne la publication d’un rapport », a noté son bureau.

Nigel Wright n’a pas fait l’objet d’accusations de la GRC, mais il a témoigné au procès du sénateur Duffy, qui a de son côté été accusé de fraude, d’abus de confiance et de corruption. M. Duffy a été acquitté en avril 2016. Les autres sénateurs et employés du bureau du premier ministre Harper mêlés aux tractations pour convaincre Mike Duffy d’accepter de rembourser n’ont pas fait l’objet de blâmes non plus.

L’enquête de la commissaire avait débuté en mai 2013, mais avait été interrompue dès juin 2013, lorsque la GRC a entamé sa propre enquête sur l’affaire Wright-Duffy, pour reprendre en juin 2016.