Des familles exaspérées menacent de boycotter l’enquête nationale

Michele Audette, commissaire de l'enquête nationale sur les femmes autochtones disparues et assassinées
Photo: Fred Chartrand La Presse canadienne Michele Audette, commissaire de l'enquête nationale sur les femmes autochtones disparues et assassinées

L’enquête nationale sur les femmes autochtones n’a pas encore officiellement commencé que, déjà, les critiques fusent de toutes parts et des familles de victimes menacent de la boycotter. Les commissaires appellent à la patience, tout en reconnaissant qu’elles auront besoin de plus de temps pour abattre le travail.

John Fox a perdu sa fille Cheyenne il y a quatre ans. « Notre appui à l’enquête est tombé à zéro », a-t-il laissé tomber mardi au Parlement, en menaçant de faire barrage aux audiences. M. Fox a plus tard parlé de boycotter plutôt les rencontres. Car les cinq commissaires « sont en train de tourner toute l’enquête en dérision. Et nous n’allons plus le tolérer », a-t-il scandé.

Les familles s’impatientent en voyant que leurs audiences publiques débuteront à Whitehorse lundi prochain, pour ne reprendre qu’à l’automne. Cet été, la commission entendra des experts tandis que les familles rencontreront des comités en privé.

On ne peut pas écouter les familles en imposant un état d'esprit colonial. Vous les re-victimisez.

 

Les communautés réclament également que la commission incorpore leurs coutumes et traditions lors des rencontres. « Le processus est très bureaucratique. On ne peut pas écouter les familles en imposant un état d’esprit colonial. Vous les re-victimisez », a reproché Jocelyn Iahtail, une ancienne résidante de la réserve d’Attawapiskat qui affirme avoir subi des agressions sexuelles dès l’âge de quatre ans. « On dirait un processus judiciaire. […] Ce n’est pas ce qu’on voulait », a renchéri M. Fox.

Manque de communication

Ils ne sont pas seuls à être déçus, dix mois après le lancement de l’enquête nationale. Le chef national de l’Assemblée des Premières nations, Perry Bellegarde, déplore que la commission ne communique pas suffisamment avec les familles de victimes et de survivantes, dont certaines attendent toujours de pouvoir raconter leur histoire aux commissaires.

La semaine dernière, l’Association des femmes autochtones du Canada exprimait les mêmes critiques.

Michele Audette reconnaît que la commission « a eu de la difficulté à partager tous les bons coups qui ont été faits depuis le 1er septembre » — rencontres préparatoires avec des familles, embauches, mise sur pied de comités conseillers de grands-mères pour connaître les traditions de chaque région. Le tir sera corrigé, promet-elle.

Mais elle ne s’inquiète pas de voir la commission échouer. « La position n’est pas homogène », dit-elle, en rapportant qu’outre les critiques, il y a aussi en privé beaucoup d’encouragements et d’appels à continuer.

Reste que les commissaires se préparent à demander plus de temps à Ottawa. « On ne sera pas en mesure de respecter les échéanciers. » Le gouvernement attend un rapport intermédiaire en novembre et son rapport définitif en décembre 2018.

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