Portraits des candidats conservateurs

Les conservateurs sauront samedi prochain lequel des 13 candidats à la succession de Stephen Harper sera sacré leur prochain chef. Le Devoir les a interrogés, tour à tour, au fil des dernières semaines, sur six sujets : le retour à l’équilibre budgétaire, l’immigration, le port du niqab, la lutte contre les changements climatiques, le rôle du fédéral en culture et le droit à l’avortement. Tous se sont prêtés au jeu, sauf Pierre Lemieux et Erin O’Toole, dont les équipes n’ont pas répondu aux demandes du Devoir. Aujourd’hui, coup d’oeil sur six candidats, par Marie Vastel.

Maxime Bernier

Photo: Eduardo Lima La Presse canadienne Maxime Bernier

Budget équilibré ? Dès la deuxième année au pouvoir. Il promet de privatiser Postes Canada et les grands aéroports du pays ; de retirer le rôle de régulateur des télécommunications au CRTC ; d’éliminer les subventions directes et indirectes aux entreprises ; d’abolir les agences régionales de développement.

Immigration ? Il veut ramener les seuils d’accueil aux moyennes des années du gouvernement de Stephen Harper — environ 250 000 immigrants par année, contre 300 000 prévus en 2017. « Je ne veux pas changer le système de sélection des immigrants. » Il augmenterait cependant la part d’immigrants économiques pour réduire celle réservée aux réunifications familiales et aux réfugiés. La majorité des réfugiés seraient à l’avenir parrainés par le privé, « parce que l’intégration est alors encore plus facile ».

Interdire le niqab ? « Lorsque tu prêtes serment de citoyenneté, ça doit se faire à visage découvert. »

En environnement ? « Les provinces ont déjà pour la plupart un prix sur le carbone, et je n’en imposerai pas une deuxième [taxe sur le carbone] au niveau fédéral. » Il créerait des incitatifs pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), en élargissant le crédit d’impôt en recherche et développement pour qu’il englobe aussi le développement de nouvelles technologies ou d’énergies vertes.

Investir en culture ? Les budgets actuels du fédéral « sont satisfaisants » et seraient renouvelés. Il propose de réduire le financement de Radio-Canada de 150 millions — à 1 milliard par année — et de modifier son mandat pour un modèle calqué sur celui de PBS, avec moins de variétés et d’opinion. La société d’État ne pourrait plus solliciter de publicités et devrait récolter des commandites et des dons.

Débat sur l’avortement ? « Je ne dirai pas ma position personnelle parce que je ne veux pas teinter le parti. » Il ne rouvrirait pas le débat, mais permettrait à tout député de le faire. « C’est son droit démocratique en tant qu’élu. » Le vote serait libre. Il prendrait position après avoir lu le projet de loi. « Oui, il y a de fortes chances que le débat sur l’avortement soit rouvert. Mais ça ne sera pas le gouvernement qui va le rouvrir. »



 

Michael Chong

Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Michael Chong

Budget équilibré ? « Dans cinq ans. » Il passerait en revue tous les programmes du fédéral, pour éliminer ceux qui n’atteignent plus leurs objectifs et réduire ainsi l’enveloppe de 6 % à 9 %. Il promet une réduction d’impôts de 18,1 milliards de dollars grâce à sa propre taxe sur le carbone qui se ferait à revenus neutres.

Immigration ? Pas de cible précise, d’abord faut-il récolter des statistiques sur les besoins de main-d’oeuvre au pays pour ensuite favoriser l’immigration économique. Il modifierait les exigences linguistiques pour les nouveaux arrivants, afin qu’elles s’appliquent aux personnes de 18 à 65 ans — plutôt que de 18-55 ans comme sous le gouvernement Trudeau. Les demandeurs de citoyenneté devraient quant à eux avoir résidé au Canada quatre des six dernières années, plutôt que trois des cinq dernières années.

 

Interdire le niqab ? Il jugeait « raisonnable » d’exiger que les femmes prêtent le serment de citoyenneté à visage découvert. « Mais on a eu une élection et les Canadiens ont rejeté cette idée », qu’il juge donc réglée.

En environnement ? Il est le seul qui ne promette pas d’abolir la taxe sur le carbone des libéraux. Au contraire, il en instaurerait une plus sévère — 10 $ la tonne en 2021 pour atteindre 100 $ la tonne en 2030 (contre 18 $ la tonne en 2018 et 50 $ en 2022 sous Trudeau). « Si on veut gagner les prochaines élections comme conservateurs en 2019, on doit présenter une politique sur les émissions de GES. »

Investir en culture ? Il promet de maintenir le financement fédéral et pourrait l’augmenter. Il juge que CBC/Radio-Canada est essentielle pour les francophones et les régions rurales du pays. Mais il veut revoir son mandat à l’ère du numérique, car « à cause d’Internet, CBC fait concurrence aux quotidiens ». Le financement pourrait être modifié.

Débat sur l’avortement ? Il refuse de révéler sa « position personnelle », « ce n’est pas pertinent ». Élu chef, il ne rouvrirait pas le débat. Mais un député d’arrière-ban pourrait le faire et le vote serait libre.



   

Kellie Leitch

 

Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Kellie Leitch

Budget équilibré ? En deux ans. Elle limiterait la hausse des dépenses du gouvernement à celle de l’inflation — et légiférerait ce plafond — et retrancherait 5 % des dépenses gouvernementales. Elle arrimerait les salaires et avantages sociaux du secteur public à ceux du secteur privé. Les hausses salariales des fonctionnaires pourraient donc varier, d’année en année, en fonction de l’économie.

Immigration ? Elle ne veut pas fixer de cibles d’accueil et admet qu’elle n’est pas certaine de la cible actuelle pour 2017. « Je crois simplement qu’on devrait faire le processus correctement », martèle-t-elle en promettant des entrevues en personne pour tous les immigrants et réfugiés désirant venir au pays. Les immigrants auraient à payer cette entrevue et le nombre d’accueils « diminuerait évidemment », puisque les demandes mettraient plus de temps à être traitées.

Interdire le niqab ? « Les gens devraient s’attendre à montrer leur visage pour les cérémonies de citoyenneté et lorsqu’ils doivent être identifiés. » Elle évoque le vote, mais s’arrête là, ne voulant pas réciter « une liste d’épicerie ».

En environnement ? Elle abolirait la taxe sur le carbone, qui selon elle n’a « pas de véritable impact sur l’environnement ». Elle investirait en recherche et développement dans le domaine des technologies vertes.

Investir en culture ? « Le gouvernement fédéral a un rôle à jouer », mais elle ne veut pas prédire quelles seraient ses promesses d’investissement en 2019. Ses réductions budgétaires de 5 % s’appliqueraient aussi à Patrimoine Canada.

Débat sur l’avortement ? « Je suis pro-vie. » Mais son gouvernement ne légiférerait pas en la matière. « Je laisse ça aux députés. »
 

Lisa Raitt

 

Photo: Codie McLachlan La Presse canadienne Lisa Raitt

Budget équilibré ? En trois ou quatre ans. « La façon la plus facile d’y arriver, c’est d’examiner les dépenses du gouvernement. » Elle estime pouvoir les réduire de 10 %, en contrôlant les budgets des ministères et en révisant certains projets qui n’auraient pas été accomplis — en infrastructures ou en approvisionnement en défense.

Immigration ? « Il s’agit de se servir de l’immigration comme outil pour stimuler l’économie, mais l’intégration est incroyablement importante pour la société. » Elle ramènerait les niveaux d’accueil à ceux de l’ancien gouvernement — 270 000 plutôt que 300 000 en 2017. Elle compte surveiller l’intégration des 40 000 réfugiés syriens accueillis par les libéraux, afin de s’assurer que les villes, les commissions scolaires et les provinces parviennent à répondre aux nouveaux besoins.

Interdire le niqab ? « C’est une question qui est réglée. Je ne vois pas de rôle pour le gouvernement sur cet enjeu. »

En environnement ? Plutôt qu’une taxe sur le carbone, elle miserait sur les avancées technologiques du secteur privé. « Le transport, c’est le gros morceau des émissions de GES et c’est là-dessus qu’il faut se concentrer. » Elle investirait dans la recherche sur la science des matériaux, pour des véhicules plus légers et de meilleurs moteurs.

 

Investir en culture ? « Absolument, il est très important de s’assurer que l’on continue d’investir en culture. » Elle ne sabrerait pas ses budgets pour équilibrer les livres.

Débat sur l’avortement ? « Ma position personnelle est que je ne choisirais pas d’avoir un avortement », dit-elle en mentionnant sa foi catholique et sa mère qui l’a mise au monde alors qu’elle était célibataire. « Ma position personnelle ne devrait pas dicter l’ordre du jour du gouvernement. Juste parce que ce ne serait pas une option pour moi, ça ne veut pas dire que je vais empêcher les autres de le faire. » Elle permettrait à ses députés de présenter des projets de loi sur la question, qui ferait l’objet d’un vote libre.
 

Andrew Scheer

Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Andrew Scheer

Budget équilibré ? En deux ans. « Il est très important d’avoir un échéancier ambitieux, car autrement les ministères cherchent toujours de nouveaux moyens de dépenser de l’argent. » Il réduirait les impôts des entreprises et éliminerait certains « gaspillages » du gouvernement Trudeau, comme les fonds en aide étrangère ou en soutien à la lutte de pays en développement contre les changements climatiques.
 

Immigration ? « Elle devrait être fondée sur ce dont a besoin le Canada — nos besoins économiques, démographiques. […] Elle devrait être fondée sur des données économiques claires, en se concentrant sur l’intégration. » Faute d’avoir ces données en main, il ne chiffre pas les seuils d’immigration qu’il privilégierait.
 

Interdire le niqab ? Lors du serment de citoyenneté, pour voter et pour monter à bord d’un avion. « Dans les domaines où l’expression religieuse rencontre l’État, il est absolument raisonnable de demander à ceux qui ont ces pratiques de s’adapter aux principes canadiens. »
 

En environnement ? « Je m’oppose à une taxe sur le carbone, qui n’est jamais à revenus neutres et qui n’a pas d’impact significatif sur la réduction des GES. » Le Canada devrait apporter sa contribution à l’étranger en exportant ses technologies de captage du carbone ou de charbon propre en Asie du Sud-Est. Sur la scène nationale, il préparerait un « plan robuste » pour l’élection de 2019.
 

Investir en culture ?Le financement fédéral est « adéquat ». Le gouvernement devrait cependant encourager le secteur privé à participer, à coup de crédits d’impôt pour les dons faits au domaine culturel.
 

Débat sur l’avortement ? « J’ai toujours appuyé les projets de loi pro-vie. » Son gouvernement ne rouvrirait toutefois pas le débat, mais ses députés pourraient le faire. Pourrait-il appuyer un tel projet de loi ? « Je voterai toujours en respectant ma conscience. »

 

Brad Trost

Photo: Darryl Dyck La Presse canadienne Brad Trost

Budget équilibré ? Dans un premier mandat. « En réduisant la majorité des dépenses engendrées par le gouvernement libéral » et en gelant les budgets des ministères. Il ferait des coupes dans les sociétés d’État — en privatisant notamment CBC/Radio-Canada pour récupérer son budget d’un milliard — et dans les subventions aux entreprises ou les programmes de développement économique régional.
 

Immigration ?Il veut miser sur « les gens qui veulent réellement s’intégrer », en favorisant les plus jeunes ou ceux qui parlent anglais ou français. « S’il y a des inquiétudes en matière de sécurité, nous ne devrions pas avoir peur de suspendre temporairement l’immigration de certains pays » — il cite le Yémen et la Somalie — tout en prévoyant une exemption pour les réfugiés. Il cesserait le parrainage de réfugiés par le gouvernement, en laissant le soin au privé et aux citoyens de le faire.
 

Interdire le niqab ? Aux cérémonies de citoyenneté. Et, sans l’interdire formellement pour les services au public, « j’encouragerais les gens à faire les choses autrement ».
 

En environnement ? « La majorité des changements climatiques observés dans le monde sont naturels et non pas un effet de l’activité humaine. » Il redirigerait les budgets de réduction de GES, pour nettoyer le déversement des eaux usées ou les puits de pétrole dans l’Ouest canadien.
 

Investir en culture ? Il entend laisser cours au libre marché plutôt que de favoriser certaines formes d’art au détriment d’autres. Il financerait seulement les musées nationaux.
 

Débat sur l’avortement ? « Je suis fermement pro-vie. » Il proposerait de criminaliser les avortements sexo-sélectifs ainsi que le fait de causer la mort d’un enfant à naître. Ses députés pourraient proposer tout autre projet de loi sur l’avortement. « Je voterais probablement pour un tel projet de loi. »

 

Ce texte fait partie de notre section Perspectives.