Le Sénat s’apprête à expulser Don Meredith

Le sénateur Don Meredith (à gauche) photographié en mars dernier en compagnie de son avocat, Me Selwin Pieters.
Photo: Colin Perkel La Presse canadienne Le sénateur Don Meredith (à gauche) photographié en mars dernier en compagnie de son avocat, Me Selwin Pieters.

Grande première au Sénat. Le sénateur Don Meredith, à qui l’on reproche une relation avec une adolescente, pourrait être expulsé de la Chambre haute. Du jamais vu au Parlement. Mais le comité qui en fait la recommandation estime que celle-ci est justifiée en raison du « comportement inacceptable », « continu » et sans remords du sénateur.

Le rapport déposé mardi à la Chambre haute est accablant. Le Comité sur l’éthique du Sénat y dénonce « un des manquements les plus graves en ce qui concerne le rôle des sénateurs, le statut et le rôle du Sénat ». La recommandation est sans équivoque : « que le sénateur Don Meredith soit expulsé du Sénat et que son siège soit déclaré vacant ». Les sénateurs débattront de la question pendant tout au plus trois semaines, avant de voter sur la recommandation. Le sénateur conservateur Meredith pourra prendre la parole s’il le souhaite. Son bureau n’a pas répondu aux demandes de commentaires du Devoir mardi.

On occupe des fonctions privilégiées. Et on doit avoir un comportement qui se conforme à ça.

 

Son expulsion serait sans précédent. Pourtant, les sénateurs croisés au parlement, mardi après-midi, n’avaient pas l’air de s’en formaliser. Soit, le geste serait historique — quoique constitutionnel, selon le comité —, mais la sanction est méritée, ont-ils tour à tour martelé.

« Sa réputation entache la réputation de l’institution et également de nous, qui en sommes membres aussi. On n’a pas besoin de ça, a tranché la conservatrice Josée Verner. On occupe des fonctions privilégiées. Et on doit avoir un comportement qui se conforme à ça. »

Une nuisance au Sénat

Les gestes commis n’ont pas laissé le choix aux membres du Comité sur l’éthique, a fait valoir son vice-président, Serge Joyal. Un premier rapport de la commissaire à l’éthique, à la mi-mars, reprochait au sénateur Meredith d’avoir miné les « normes de dignité inhérentes à la charge de sénateur » et d’avoir agi de façon à « déprécier la charge de sénateur ». Ce premier constat « ne nous a menés à aucune autre conclusion que celle que le maintien du sénateur Meredith aurait pour effet de nuire aux travaux futurs du Sénat, à [sa] crédibilité […] et à la confiance que les Canadiens doivent avoir envers les sénateurs », a argué le sénateur Joyal mardi.

Les avocats du sénateur Meredith réclamaient une suspension sans salaire d’un ou deux ans. Le comité a refusé, en notant que le sénateur avait « manifesté de l’indifférence » après la révélation de sa relation avec une mineure, pour ne reconnaître « son écart de conduite » qu’à la suite du blâme de la commissaire à l’éthique.

Plusieurs sénateurs se sont réjouis que le comité propose une sanction aussi sévère. « Le comité dit clairement qu’un sénateur ne peut pas faire n’importe quoi, qu’il y a des choses qui sont inacceptables », a fait valoir l’indépendant André Pratte. « C’est une sanction qui est sévère, mais c’est un comportement qui est complètement inapproprié », a renchéri le conservateur Claude Carignan. Tous deux ont prédit qu’une majorité de leurs collègues seraient du même avis.

Sans précédent

Le sénateur Meredith, un pasteur pentecôtiste marié de 52 ans, « s’est livré à plusieurs interactions sexuelles avec une adolescente » — deux en personne, puis par Skype et par clavardage explicite — alors qu’il était « beaucoup plus âgé ». Il « a fait du pouvoir et de l’influence de sa charge des éléments de la relation » et a « même employé les ressources du Sénat pour la favoriser », stipule le rapport. M. Meredith nie avoir eu une relation sexuelle avec l’adolescente avant qu’elle n’ait 18 ans.

D’autres sénateurs ont eu des démêlés avec la justice, comme Mike Duffy et Patrick Brazeau — dont une cause est toujours pendante.

Mais les règles du code de conduite étaient claires dans le cas du sénateur Meredith, qui a poursuivi son comportement sans remords, ont argué plusieurs sénateurs.

« On n’est jamais à l’aise avec toute expulsion ou suspension, a reconnu le conservateur Fabian Manning. Mais des décisions doivent être prises. C’est mon opinion personnelle. Je suis père d’une fille de 14 ans, ces choses-là vous viennent à l’esprit. Plusieurs choses doivent être considérées. »

Le sénateur Don Meredith pourrait-il le convaincre de changer d’avis ? « Il lui faudrait présenter un très bon argument. »

2 commentaires
  • Danielle Dufresne - Abonnée 3 mai 2017 12 h 35

    Expulser pour mieux revenir!

    Ce monsieur n'a rien à craindre, car dans quelques mois il sera de retour dans son poste comme si de rien n'était. N'est-ce pas la manière de faire dans ce sénat? On constate des actes répréhensibles, on expulse et finalement on réintègre les rangs. Avoir une relation avec une mineure, présenter double et triple facturation, être coupable de violence conjugale, de fraude et tutti quanti n'a jamais empêché son homme d'être sénateur.

  • Michel Lebel - Abonné 3 mai 2017 14 h 42

    Quel intérêt?


    Mais à ce que je sache ce sénateur n'a pas d'accusations criminelles portées contre lui. Je n'ai pas suivi toute cette affaire et je me demande si l'auguste sénat a son propre ''mini code criminel''! Il y a ici des éléments qui m'échappent. De toute façon, j'en ai cure de cette seconde Chambre et des agissements discutables de ses membres.

    M.L.