Fin de course inattendue au Parti conservateur

Les candidats à la direction du Parti conservateur du Canada à la fin du débat de mercredi, le dernier de la campagne.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Les candidats à la direction du Parti conservateur du Canada à la fin du débat de mercredi, le dernier de la campagne.

La carrière politique de Kevin O’Leary aura duré… 99 jours. Son entrée dans la course à la chefferie conservatrice avait été fracassante. Sa sortie mercredi l’aura été tout autant. Et son appui à Maxime Bernier pourrait maintenant propulser ce dernier en tête de la course.

C’est toute la scène politique fédérale qui a sursauté de surprise lorsque la nouvelle a été ébruitée en après-midi. L’homme d’affaires, qui était au coude à coude avec Maxime Bernier, annonçait son retrait.

« C’est égoïste de remporter simplement la chefferie, et dans deux ans de perdre [l’élection fédérale] pour le parti », a fait valoir Kevin O’Leary aux côtés de son rival devenu allié. Il consent qu’il avait du mal à récolter des appuis au Québec — seulement 12 %, de son propre aveu.

« Regardez le nombre de fois où le Québec a scellé l’issue d’une élection fédérale dans ce pays. C’est la Floride du Canada », a noté l’homme d’affaires, qui a passé une bonne partie de sa campagne aux États-Unis. « [La province] décide souvent pour le reste du pays, pour la simple raison qu’elle compte 78 circonscriptions. »

L’unilingue anglophone ne s’explique pas son peu de popularité au Québec. Il nie que son incapacité de s’exprimer en français en soit la cause. En entrevue avec le Globe and Mail, il a fait valoir qu’il avait pourtant passé beaucoup de temps au Orange Julep à Montréal, mais qu’il n’arrivait pas à percer au Québec.

Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Les candidats à la direction du Parti conservateur du Canada à la fin du débat de mercredi, le dernier de la campagne

« C’est un changement important », s’est réjoui Maxime Bernier, à moins de deux heures du dernier débat de la course, au cours duquel il est du coup devenu la cible de toutes les attaques.

Les plateformes économiques des deux hommes étaient « presque identiques », selon Kevin O’Leary. Ce dernier avait de bons appuis dans le reste du Canada, tandis que Maxime Bernier affirme être en bonne posture au Québec. « Là, on va unir nos forces pour être certains d’emporter cette course au leadership et après être certains de battre Justin Trudeau en 2019 », a indiqué M. Bernier.

Cette alliance en a cependant fait sourciller certains. « M. O’Leary, voilà un gars qui accusait Maxime Bernier de fraude électorale et de recrutement frauduleux des membres il y a à peine une semaine », a rappelé Kellie Leitch.

Les critiques étaient à l’époque réciproques. Maxime Bernier traitait Kevin O’Leary de « perdant […] désespéré », le mois dernier. Mercredi, il le qualifiait plutôt de « gagnant ».

Rien d’acquis pour Bernier

L’équipe Bernier ne veut pas crier victoire trop vite. « C’est sûr qu’il faut travailler jusqu’à la fin. On n’ouvrira pas la bouteille de champagne trop vite. Mais les deux leaders de la course, c’était Kevin O’Leary et Maxime Bernier. Donc, c’est sûr qu’on est très, très heureux avec le retrait de Kevin O’Leary », a confié un membre de l’équipe au Devoir. Car, à leur avis, les chances de remporter la victoire le mois prochain « ont au moins doublé ».

Kevin O’Leary est en tête des sondages depuis qu’il s’est lancé dans l’arène, mi-janvier. Le dernier coup de sonde hebdomadaire de Mainstreet pour le compte du site iPolitics, la semaine dernière, lui donnait encore 26 % des premiers choix chez les membres du parti. L’équipe Bernier estime qu’elle en récoltera au moins le tiers — car c’est cette proportion des partisans d’O’Leary qui le plaçaient comme leur deuxième choix. Résultat : Maxime Bernier se hisserait selon eux bien en tête, devant Andrew Scheer au deuxième rang.

La campagne d’Andrew Scheer est d’avis contraire. « Ça va grandement aider notre campagne au Québec. C’est rendu un duel entre Maxime et Andrew », argue un stratège. Selon lui, près de 70 % des militants ayant acheté une carte de membre du Parti conservateur au Québec sont des agriculteurs. Des gens peu susceptibles d’appuyer M. Bernier à cause de son opposition à la gestion de l’offre. Et puisque les circonscriptions auront toutes le même poids au vote (100 points), les choix du Québec compteront pour 23 % du résultat national.

Mes amis, aujourd’hui la course vient de réellement commencer. Elvis a quitté l’édifice.

 

Mais le calcul est plus large. On pense que le départ de M. O’Leary aidera M. Scheer partout au pays, puisqu’il récolterait 37 % des seconds choix de l’homme d’affaires contre 19 % pour M. Bernier, plaide-t-on dans ce camp.

Dans les autres campagnes, on argue que personne ne peut tenir les votes des partisans d’O’Leary pour acquis. Car ils seront libres de se ranger derrière le candidat de leur choix. « L’appui de Kevin O’Leary à Maxime Bernier ajoute un vote à Maxime Bernier. Mais qui sait où les autres votes iront ? martèle le stratège d’un candidat de milieu de peloton. Ce sont beaucoup de votes qui sont maintenant en jeu. »

L’équipe Scheer estime en outre que les militants n’apprécieront pas que M. O’Leary reste dans l’entourage de M. Bernier. « Ce gars-là se retire de la course parce que le monde ne l’aime pas. » Kevin O’Leary récoltait aussi le plus grand nombre d’opinions négatives à son endroit — 31 %, selon le sondage Mainstreet de début mars.

Encore là, notre source de mi-peloton ne prédit pas le même contrecoup. Les gens qui appuient Maxime Bernier ne changeront pas si facilement d’avis, selon lui.

La cible du dernier débat

L’appui de Kevin O’Leary aura cependant valu à Maxime Bernier la quasi-totalité des attaques de ses rivaux.

« Mes amis, aujourd’hui la course vient de réellement commencer. Elvis a quitté l’édifice », a lancé Erin O’Toole, avant d’accuser Bernier de « diviser le Canada rural sur des enjeux qui ne préoccupent même pas le Canada urbain » en promettant d’abolir la gestion de l’offre.

Une critique reprise par Andrew Scheer, qui a prévenu que Bernier déchirerait le parti et le caucus en imposant « son idéologie personnelle ». M. Scheer s’est présenté comme le candidat du consensus et l’unique autre rival de M. Bernier.

Michael Chong a reproché au candidat québécois des « politiques extrêmes » — comme l’élimination du tiers des programmes fédéraux — qui feraient perdre l’élection de 2019 aux conservateurs.

Discrète, Kellie Leitch a seulement défendu l’idée d’imposer un test aux nouveaux Canadiens pour dénicher ceux aux « valeurs anticanadiennes ». Seul Steven Blaney l’a défendue d’avoir le « courage » de parler de la question identitaire.

Mais Lisa Raitt a vivement rejeté la promesse de Kellie Leitch, qui leur ferait perdre à son avis tous les comtés multiculturels de la région de Toronto. « Quoique vous croyiez peut-être que ça semble une bonne idée et que vous vous occupez d’enjeux de sécurité, tout ce que vous faites, c’est m’étiqueter, en tant que conservatrice de l’Ontario, comme quelqu’un d’intolérant. Et je ne l’accepterai pas ! »

Les conservateurs recevront leur bulletin de vote dans les prochains jours. Puisque Kevin O’Leary s’est retiré si près du but, son nom y figurera néanmoins. L’identité du prochain chef sera révélée le 27 mai, à Toronto.

Avec Hélène Buzzetti
 

Qui sont les candidats et les potentiels aspirants-chefs ?

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5 commentaires
  • Eric Vallée - Inscrit 27 avril 2017 01 h 24

    Les immigrants ont un poids politique

    «Mais Lisa Raitt a vivement rejeté la promesse de Kellie Leitch, qui leur ferait perdre à son avis tous les comtés multiculturels de la région de Toronto.»
    Signe qu'il y a trop d'immigrants au Canada. La force du nombre s'en va de leur bord. Ils décideront pour nous.

    • Nicolas Bachand - Abonné 27 avril 2017 11 h 02

      Quelque chose vous tracasse M. Vallée? J'aimerais bien savoir à qui ce « nous » fait référence. Y existerait-il deux catégories de Canadien dont je ne sois pas au courant? Fais-je parti du « nous » ou du « eux »? Ne serait-il plus juste de dire que nous sommes tous ensemble sur cet immense plateau entouré d’océan? Et puis zut, soyons fou : Pourquoi pas la planète entière!

    • Gilles Théberge - Abonné 27 avril 2017 14 h 53

      Seriez-vous dans la catégorie des inclusifs monsieur Bachand? Ceux qui en voyant un turban pou un tchador s'écrient vive le Canada? C'est ça le canada?

      Et puis, soyons fous, la planète entière....!

  • Jacques Morissette - Inscrit 27 avril 2017 06 h 32

    L'esprits cartésien un peu poussif de certains conservateurs.

    «C’est toute la scène politique fédérale qui a sursauté de surprise lorsque la nouvelle a été ébruitée en après-midi. L’homme d’affaires, qui était au coude à coude avec Maxime Bernier, annonçait son retrait.» Soit dit en passant, M. O'Leary fait un joli pied de nez au Québec, à moins que ce soit plutôt aux québécois implicitement, dans ses commentaires.

  • Jean-Marc Cormier - Abonné 27 avril 2017 08 h 24

    Appel aux humoristes

    Vivement, que les humoristes quittent la scène et se lancent tous en politique.

    La France se paie un deuxième tour avec le bouffon en chef Macron "Pensez PRINTEMPS" face à Marine Le Pen et ne voilà-t-il pas que Kevin O'Leary nous révèle ses immenses efforts pour amener les Québécois à l'appuyer à la chefferie du Parti Conservateur du Canada: "En entrevue avec le Globe and Mail, il a fait valoir qu’il avait pourtant passé beaucoup de temps au Orange Julep à Montréal, mais qu’il n’arrivait pas à percer au Québec."

    Allez, les humoristes, mais sachez que le travail sera ardu et que vous aurez bien du mal à battre des politiciens de cette trempe.