Des erreurs de faits dans le casier judiciaire d’Omar Khadr

Omar Khadr après sa sortie de prison, en 2015
Photo: Jason Franson La Presse canadienne / Associated Press Omar Khadr après sa sortie de prison, en 2015

Le casier judiciaire d’Omar Khadr au Canada contient des erreurs de faits qui entrent en contradiction avec la posture adoptée par Ottawa lorsque le jeune homme a été ramené de la prison du camp militaire américain de Guantanamo, à Cuba.

Omar Khadr, aujourd’hui âgé de 30 ans, a plaidé coupable en 2010, à Guantanamo, de crimes qui auraient été commis en Afghanistan alors qu’il avait 15 ans.

Or, dans tout le casier judiciaire, obtenu par La Presse canadienne, on ne fait nulle part mention du fait que M. Khadr a été reconnu coupable par une commission militaire américaine spéciale, dont l’existence même a été condamnée presque unanimement par la communauté internationale.

Le casier judiciaire, qui n’est pas daté, précise seulement que le jeune homme a été reconnu coupable à « Guantanamo Bay, Cuba (tribunal de la jeunesse) », sans référence aucune à la commission militaire spéciale ou même à un quelconque tribunal américain. Ses avocats canadiens trouvent étrange une telle omission — voire une erreur de fait, puisqu’il n’y avait même pas de « tribunal de la jeunesse » à Guantanamo.

Pourtant, le gouvernement canadien a refusé pendant des années de traiter M. Khadr comme un jeune contrevenant, alors qu’il serait passé par un soi-disant « tribunal de la jeunesse ». Ainsi, lorsqu’il a été ramené au Canada, en septembre 2012, Omar Khadr a été incarcéré dans des pénitenciers à sécurité maximale pour adultes.

Ses avocats soutiennent aussi que le casier judiciaire semble officialiser le fait que le jeune homme avait été condamné pour des crimes qui auraient été commis en zone de guerre, faisant de lui un enfant soldat.

Or, le gouvernement a toujours refusé de voir en lui un enfant soldat. Dennis Edney, un des avocats de M. Khadr, a rappelé que le processus judiciaire à Guantanamo était condamné sur la scène internationale parce qu’il ne faisait pas, justement, de distinctions entre le jeune contrevenant et l’adulte.

Torturé en prison

En octobre 2010, Omar Khadr a plaidé coupable à cinq chefs de crimes de guerre, devant une commission militaire spéciale, et condamné à huit ans de prison supplémentaires. Le Torontois a plus tard soutenu qu’il avait été torturé à Guantanamo et qu’il n’avait plaidé coupable que pour pouvoir revenir enfin au Canada. Selon Me Edney, le casier judiciaire devrait donner plus de précisions sur le contexte qui a entouré ces condamnations.

Il a été impossible lundi d’obtenir les commentaires du ministère de la Justice ou de la Sécurité publique. M. Khadr a finalement obtenu une libération conditionnelle en 2015, en Alberta, en attendant l’audition de l’appel aux États-Unis.

4 commentaires
  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 17 avril 2017 20 h 03

    Quelle résilience

    dans le sourire de ce jeune homme apres 13 ans de souffrance ,je supporte ses défenseurs contre ses tortionnaires. A Guantanamo.pas d'arret Jordan,l'inhumanité a son paroxisme comme ailleurs sur la planete.

  • Christina Berryman - Abonnée 18 avril 2017 03 h 40

    justice vous dites?

    Le camp de vacances de Guantanamo est un endroit ou des hommes sans procès sont logés dans des cages par une force militaire appliquant sa justice au-dessous de la justice de sa société déjà pas réputée pour son objectivité et sa tolérance. Le gouvernement de Harper s'est comporté de manière indigne et servile. Pendant ce temps, et depuis longtemps, les drones américains et israéliens, guidés par des soldats dans des locaux confortables et à l'abri, tuent des ennemis politiques, sans procès, avec les pudiques dommages collatéraux appelés civils de tous les âges. Si nos sociétés étaient moins centrées sur le pain et les jeux, nous n'en serions pas là. Courage monsieur Kahadr.

  • Jean-Marc Cormier - Abonné 18 avril 2017 05 h 38

    Bel exemple qui vient du sommet

    "Le gouvernement canadien a refusé pendant des années de traiter M. Khadr comme un jeune contrevenant" (...) et "le gouvernement a toujours refusé de voir en lui un enfant soldat", ceci malgré le fait que tant et tant de Québécoises et de Québécois estimaient que le gouvernement commettait à l'égard de M. Khadr les plus graves injustices et demandaient sa libération.

    Mais, comme nous le savons tous, les Québécois, et eux seuls, sont d'affreux islamophobes, xénophobes et racistes... Heureusement qu'ils sont gouvernés par des personnes irréprochables bien incapables de commettre de telles injustices.

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 18 avril 2017 10 h 07

      ... malgré le fait que tant de Québécoises et de Québécois estimaient que le gouvernement commettait à l'égard de M. Khadr les plus graves injustices et demandaient sa libération. (le devoir de ce matin)

      Les Québécois et Québécoises demandaient la libération de Khadr à cause d'injustices comme ils ont demandé la libération de Louis Riel.

      Et que leur avait répondu le chef du Canada de l'époque "John A, Macdonald" ? Riel sera pendu même si tous les chiens du Québec aboient en sa faveur.
      Voilà comment le Canada considère les Québécoises et Québécois, comme des chiens.
      Alors qu’elle sera le sort de Kahdr croyez-vous ?
      Ce qui devait arriver arriva.