La sénatrice Beyak plaide la liberté d’expression

Lynn Beyak est au coeur d’une controverse depuis qu’elle a déclaré au Sénat le 7 mars dernier qu’il y avait aussi eu du bon dans les écoles résidentielles. 
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Lynn Beyak est au coeur d’une controverse depuis qu’elle a déclaré au Sénat le 7 mars dernier qu’il y avait aussi eu du bon dans les écoles résidentielles. 

La sénatrice Lynn Beyak crie au crime de lèse-liberté d’expression. Elle estime que son exclusion du comité sur les peuples autochtones, en raison de ses commentaires à propos des écoles résidentielles, relève de la rectitude politique.

« La rectitude politique réprime les opinions et la conversation réfléchie que nous devons avoir », écrit Mme Beyak dans un communiqué.

« Que je perde ma place au comité sur les peuples autochtones pour avoir souligné le travail des infirmières, des enseignants, des familles d’accueil et d’une pléiade d’autres Canadiens honnêtes et attentionnés […] m’apparaît comme une menace sérieuse à la liberté d’expression. »

Mme Beyak est au coeur d’une controverse depuis qu’elle a déclaré au Sénat le 7 mars dernier qu’il y avait aussi eu du bon dans les écoles résidentielles et que plusieurs des gens liés à ces écoles avaient été « bien intentionnés ».

 

« Leurs travaux, actes et récits sur les pensionnats indiens sont essentiellement passés sous silence et éclipsés par des rapports négatifs, avait déploré la sénatrice conservatrice. Certes, les aspects négatifs doivent être relevés, mais malheureusement, ils sont quelquefois amplifiés et considérés comme étant plus dignes d’attention que les nombreuses bonnes actions qui ont été faites. »

Expulsée

Depuis, Mme Beyak est attaquée de toutes parts. Mercredi, la ministre des Affaires autochtones, Carolyn Bennett, avait demandé son expulsion du comité afin que celui-ci reste un « safe space » pour les témoins futurs. « Cela heurte les gens qu’elle pense qu’elle n’a rien à apprendre des survivants des écoles résidentielles. »

Photo: Sénat du Canada Lynn Beyak

Lorsqu’on lui a demandé si le concept de « safe space » était compatible avec le parlementarisme britannique basé sur le choc — souvent brutal — des idées, la ministre a été tranchante : les autochtones dont on parle sont des personnes « traumatisées ».

Dans son communiqué, Mme Beyak déplore que « trop souvent, sur un large éventail d’enjeux, une minorité bruyante allègue l’offense chaque fois qu’un point de vue contraire au sien est évoqué. Pendant ce temps, la majorité silencieuse, ceux qui contribuent à ce pays en travaillant, construisant et vendant des choses, qui prennent soin de leurs parents et leurs enfants se sentent seuls dans leur coin. À tous ces Canadiens, je dis : vous n’êtes pas seuls ».

Minimiser la discrimination

Le député néodémocrate Nathan Cullen démolit cet argument de la « majorité silencieuse ». « Les racistes et les bigots disent toujours cela. […] C’est quoi, la prochaine étape ? Défendre l’Allemagne nazie au nom de la liberté d’expression ? »

Il déplore qu’il se trouve toujours quelqu’un pour minimiser une discrimination au nom de la bonne intention de départ. Selon lui, Mme Beyak devrait être expulsée du Sénat, car sa « position de pouvoir et d’autorité » cautionne « l’ignorance » chez les autres.

L’aspirant chef conservateur Maxime Bernier s’est porté à la défense de Lynn Beyak, qui l’appuie dans la course.

« Je pense que la rectitude politique est allée un peu trop loin », a-t-il déclaré. « En tant que parlementaires, nous avons le droit d’avoir des points de vue différents et d’en débattre. » Il est néanmoins d’accord avec son expulsion du comité.

5 commentaires
  • Jean Breton - Abonné 7 avril 2017 09 h 46

    La sénatrice Lynn Beyak

    Quelle femme courageuse pour oser braver le populisme de gauche et sa malhonnêteté intellectuelle crasse. Merci à Mme Buzetti de nous présenter les faits honnêtement.

    Dans les pensionnats autochtones, il tombe sous les sens que tout n'était pas noir. Grâce à l'éducation reçue dans ces institutions, des centaines d'autochtones ont pu ensuite faire des études prolongées qui leur ont permis d'accéder à une meilleure qualité de vie et devenir des chefs de file de leur communauté.

    Bien sûr, au passif, il faut indiquer qu'on n'a pas tenu compte de la préservation de la culture des premières nations. Mais qui est parfait ?

    Ceux qui éreintent la réputation des enseignants et des infirmières qui ont travaillé de bonne foi dans ces milieux dans des conditions pénibles, auraient-ils eu le courage de remplir ces tâches ?

    Des Lynn Beyak, il en faudrait des dizaines en politique pour déconstruire la rectitude politique nauséeuse, ce venin qui empoisonne la vie démocratique.

  • Michele Dorais - Abonnée 7 avril 2017 10 h 49

    L'ignorance mène

    au révisionnisme. Dans cette histoire, comme dans celle de la série « The Story of us » (notez le paralèle entre ce « us » et celui de l'expression : « We US Americans » ), on prend conscience de ce qui arrive quand on fait l'impasse sur l'Histoire avec grand H dans les écoles et les medias. Tout devient impressions, flou artistique, instrumentalisation pour se donner bonne conscience. Ainsi va la mémoire des peuples lessivée au fil des siècles. Quand on ne sait plus d'où on vient on répète les mêmes erreurs. Après on réclame le droit à la liberté d'expression pour étaler son ignorance au grand jour. Nous avons des droits, mais aussi des responsabilités.

  • Michèle Cossette - Abonnée 7 avril 2017 13 h 58

    Faut voir l'intention

    Monsieur Breton, vous semblez ne pas comprendre que l'intention de départ était justement de «tuer l'Indien» chez les enfants. C'était une entreprise de génocide culturel sciemment planifiée.

    Une bonne partie des problèmes sociaux que l'on rencontre aujourd'hui dans les réserves indiennes est la conséquence directe de cette acculturation. Ce n'est pas un simple « passif ». C'est une tragédie.

  • Loyola Leroux - Abonné 8 avril 2017 10 h 44

    Il faut bien s’informer.

    Le Globe and Mail, dans son éditorial, du 30 aout 2014, affirmait ceci : ‘’Toutefois, il y a maintenant beaucoup plus de jeunes aborigènes sous la protection de l’état qu’il y a avait d’étudiants dans les écoles résidentielles a n’importe quel moment de leur histoire déplorable.’’ (Nevertheless, there are now for more aboriginal children in the care of the state than there were students in the residential school at any time in their deplorable history.)

    Caroline Montpetit a écrit in compte rendu : ‘’Il n’y a pas que du noir dans l’histoire des pensionnats autochtones au Québec’’, du 28-11-2088, dans Le Devoir, sur le livre de Daniel Tremblay, ‘’L’éveil des survivants’’. Michel Brulé, 2008 ?