La GRC et le SCRS clament leur innocence

Des antennes installées au centre-ville d’Ottawa auraient servi cet hiver à intercepter des transmissions cellulaires aux alentours du Parlement canadien.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Des antennes installées au centre-ville d’Ottawa auraient servi cet hiver à intercepter des transmissions cellulaires aux alentours du Parlement canadien.

Quelqu’un écoute peut-être les conversations téléphoniques au centre-ville d’Ottawa, mais ce n’est pas une agence gouvernementale canadienne. Une enquête est maintenant ouverte pour découvrir l’identité des indiscrets.

Radio-Canada a révélé lundi soir que des « intercepteurs d’IMSI » avaient été en fonction au centre-ville d’Ottawa, en particulier en décembre et janvier derniers. Ces intercepteurs imitent le fonctionnement d’une antenne de téléphone cellulaire. Les téléphones se trouvant dans un rayon de 500 mètres s’y connectent et révèlent leur identité. Les intercepteurs d’IMSI peuvent même parfois capter le contenu d’un texto ou d’une conversation téléphonique.

Compte tenu des lieux de détection de ces appareils par Radio-Canada, les zones couvertes englobent la colline du Parlement, les bureaux de tous les médias couvrant la politique fédérale, la Défense nationale, l’édifice du premier ministre canadien ainsi que les ambassades américaine et israélienne.

Goodale catégorique

Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a indiqué avoir contacté le directeur du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), Michel Coulombe, et le commissaire de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), Bob Paulson, pour savoir ce qu’il en retourne.

« Ils m’ont confirmé deux choses. D’abord, bien que nous ne commentions pas en temps réel les questions opérationnelles, les activités mentionnées dans le reportage de lundi soir n’impliquent pas une agence canadienne telle que la GRC ou le SCRS. »

Il ne fait aucun doute que nous avons eu vent d'incursions d'agences travaillant pour les gouvernements russe ou chinois

M. Goodale est catégorique : si une telle activité de surveillance était menée par une agence canadienne, elle aurait été d’abord approuvée par un juge.

« Comme la plupart des corps policiers et services de renseignement dans le monde, les agences canadiennes ont cette technologie, a reconnu M. Goodale. Mais cette technologie n’est utilisée que dans le respect de la loi et des autorités.

« Lorsque la GRC veut utiliser cette technologie, elle doit en obtenir l’autorisation légale. Les conditions sous lesquelles cette technologie peut être utilisée sont indiquées dans ces autorisations. La GRC peut aussi faire l’objet d’une vérification du commissaire à la vie privée pour s’assurer que l’utilisation de la technologie se conforme aux droits à la vie privée des Canadiens. Le commissaire à la vie privée a un rôle de chien de garde très important à jouer à cet égard. »

M. Goodale a indiqué que la GRC et le SCRS menaient maintenant une enquête pour débusquer l’auteur de ces activités de surveillance illégale.

Selon le critique conservateur en matière de sécurité publique, l’ex-ministre Tony Clement, les responsables pourraient être de simples particuliers ou des services de renseignement étrangers.

« Il n’y a aucun doute qu’on peut acheter ces engins sur Internet sans trop de difficulté. Et il ne fait aucun doute que nous avons eu vent d’incursions quotidiennes d’agences travaillant pour le gouvernement russe ou le gouvernement chinois. Ce n’est pas nouveau, ce n’est pas propre au Canada. »

1 commentaire
  • Marc Lacroix - Abonné 5 avril 2017 05 h 46

    Les fleurs du tapis

    Je ne sais pas ce qui est le plus inquiétant:

    - que la GRC et/ou le SCRS soient ceux qui utilisent ces appareils, OU
    - que la GRC et/ou le SCRS apprennent par des journalistes — que quelqu'un — utilise ces appareils à Ottawa.

    Nous pataugeons dans dans une candeur innocente si nous croyons véritablement que les organismes d'enquêtes doivent suivre toutes les règles pour protéger les droits et libertés..., faire un bon travail, et d'être une transparence exemplaire. Les espions — ne respectent pas — les règles et attacher les mains des organismes chargés de la sécurité canadienne tient plus de la naïveté, plus que de l'intelligence. Évidemment, si un problème surgit, nous allons hurler que la GRC et le SCRS n'ont pas fait leur travail... Nous voulons une protection maximale, que ça ne coûte rien, dans le respect le plus absolu des lois..., le beurre et l'argent du beurre !

    Nous nous enfargeons dans les fleurs du tapis et nous sommes étonnés de voir que nous vivons dans une paralysante rectitude politique où seule l'image compte; que voulons-nous exactement ?