Le retour du Canada sur la scène internationale a un prix

Justin Trudeau a été très actif sur la scène internationale dès les premiers mois de son mandat.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Justin Trudeau a été très actif sur la scène internationale dès les premiers mois de son mandat.

Vous avez l’impression que les libéraux de Justin Trudeau voyagent davantage que les conservateurs de Stephen Harper avant eux ? Ce n’est pas une impression. Les ministres libéraux ont dépensé 35 % plus en voyages au cours de leur première année au pouvoir que leurs homologues conservateurs après un an à la direction du pays. Pour ce qui est des premiers ministres, la préférence de M. Trudeau pour la scène internationale est évidente, ses voyages autour du globe ayant coûté 10 fois plus cher que ceux — moins nombreux — de M. Harper. Quant aux voyages intérieurs, le premier ministre libéral a sillonné le pays à peine moins que son prédécesseur conservateur.

Selon les données compilées par Le Devoir, Justin Trudeau a effectué au cours de sa première année de mandat 23 voyages au pays, pour un coût de 16 105 $ (dont 1606 $ en frais d’annulation), tandis que M. Harper avait effectué 19 voyages, au coût de 10 042 $. Mais au chapitre des voyages internationaux, c’est une autre histoire. Au cours de ses cinq premiers mois de mandat (les seules données disponibles pour l’instant), M. Trudeau a effectué six voyages, qui ont coûté 3,1 millions de dollars aux contribuables. Au cours de la même période, M. Harper ne s’est rendu qu’à deux reprises à l’étranger, pour un total de 318 279 $. Même pendant toute sa première année, M. Harper a dépensé à peine plus (3,9 millions) que M. Trudeau en cinq mois. Il est à noter qu’aucun de ces montants n’inclut le coût d’utilisation du Challenger, l’avion que le premier ministre est obligé de prendre.

Justin Trudeau a effectué une première tournée européenne qui l’a mené à Londres, à Malte pour une réunion du Commonwealth et à Paris pour la conférence sur les changements climatiques. Lors d’un second périple, il s’est rendu en Turquie pour le sommet du G20 et aux Philippines pour un sommet de l’APEC. M. Trudeau s’est aussi rendu à Davos, à New York et à Washington à deux reprises.

Inversement, M. Harper s’était montré plus sédentaire, se rendant à Cancun pour le sommet des « trois amigos » et à Kandahar, en Afghanistan, pour rendre visite aux troupes canadiennes. Dans ce dernier cas, les frais du voyage sont artificiellement bas (moins de 30 000 $) parce que le coût du passage de la délégation canadienne sur la base militaire a été absorbé par la Défense nationale.

Photo: Tom Hanson La Presse canadienne Parmi ses premières sorties à l’étranger, le premier ministre conservateur Stephen Harper s’était rendu en mars 2006 à Kandahar, en Afghanistan, pour encourager les troupes canadiennes.

Les ministres aussi

Selon une autre compilation effectuée par Le Devoir, les ministres libéraux de Justin Trudeau ont pour leur part engagé des frais de voyage de 2,05 millions de dollars au cours de leur première année au pouvoir. Les ministres conservateurs avaient, eux, engagé des frais de 1,5 million. La facture des voyages ministériels des libéraux est donc de 35 % supérieure à celle des conservateurs.

Notons que le total conservateur n’inclut pas les frais de voyage du ministre des Anciens Combattants, Greg Thompson, que le ministère n’a pas été en mesure de fournir. En présumant que ses dépenses ont été les mêmes que celles de l’actuel ministre, soit environ 70 000 $, les libéraux auraient quand même dépensé 31 % plus que les conservateurs.

Sans surprise, le plus grand voyageur a été, autant chez les libéraux que chez les conservateurs, le ministre des Affaires étrangères. Stéphane Dion a engagé des frais de 193 000 $, contre 149 000 $ pour Peter MacKay neuf ans plus tôt. Pour cette somme, Peter MacKay a effectué 53 sorties. Ce nombre n’est que de 34 pour M. Dion, mais c’est parce que ses voyages ont souvent pris l’allure de grandes tournées. M. Dion a visité pas moins de 47 pays, contre 21 pour M. MacKay.

En seconde place chez les libéraux arrive le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, avec un copieux total de 162 000 $. Son prédécesseur conservateur, Gordon O’Connor, n’avait engagé des frais que de 70 000 $. La ministre du Commerce international, Chrystia Freeland, arrive en troisième place libérale. Ses 146 000 $ représentent le triple des dépenses de David Emerson, qui s’étaient élevées à 52 000 $ en 2006-2007. Normal : Mme Freeland a effectué pas moins de 34 voyages en 12 mois, contre seulement neuf pour M. Emerson.

Chez les conservateurs, c’est le ministre des Ressources naturelles qui était arrivé en seconde position des plus grands frais de déplacement, à 121 000 $. Le ministre des Finances, feu Jim Flaherty, était arrivé troisième, à 115 000 $.

Si les patrons de dépenses se ressemblent dans certains cas, ils diffèrent de manière assez importante dans d’autres. Ainsi, bien que l’environnement ne fût pas le sujet de prédilection des conservateurs, leur ministre Rona Ambrose a dépensé plus en voyages (94 000 $) que Catherine McKenna, qui occupe désormais ce poste (78 000 $). Mme Ambrose a ainsi été en quatrième position chez les ministres conservateurs pour ce qui est des frais de déplacement, alors que Mme McKenna, censée occuper un poste névralgique du gouvernement Trudeau, arrive en dixième position.

À la Justice, la libérale Jody Wilson-Raybould a voyagé beaucoup plus (94 000 $) que Vic Toews et Rob Nicholson (59 000 $), les deux titulaires de ce ministère au cours de l’an 1 du gouvernement Harper.

Pour certains ministres libéraux, les dépenses de déplacement supérieures à celles des conservateurs s’expliquent par des mandats différents ou ponctués d’événements exceptionnels. Ainsi, le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, John McCallum (93 000 $), a piloté la vaste entreprise d’accueil de 25 000 réfugiés syriens. À ce titre, il s’est rendu en Jordanie à deux reprises et au Liban, notamment.

De même, la première année au pouvoir des libéraux de Justin Trudeau était une année olympique. Aussi, la ministre responsable des Sports et des Personnes handicapées, Carla Qualtrough (61 000 $), s’est-elle rendue à deux occasions au Brésil pour assister aux Jeux olympiques puis paralympiques. Il y a aussi eu des Jeux olympiques en 2006, mais en tout début de mandat conservateur, du 10 au 26 février. Le ministre des Affaires étrangères, Peter MacKay, s’est rendu à la cérémonie de clôture seulement.

Par ailleurs, certaines comparaisons donnent une impression d’égalité trompeuse à cause d’une restructuration des portefeuilles. Par exemple, sous les conservateurs, le ministre des Transports, Lawrence Cannon, était aussi celui des Infrastructures. M. Cannon a engendré des dépenses de 30 000 $. Chez les libéraux, ces deux fonctions sont occupées par Marc Garneau (55 000 $) et Amarjeet Sohi (40 000 $). Inversement, le conservateur Michael Chong a cumulé des dépenses d’un peu plus de 75 000 $ pendant les neuf mois durant lesquels il a été ministre des Affaires intergouvernementales, alors que les libéraux n’ont pas d’équivalent à ce poste, Justin Trudeau s’étant réservé cette fonction.

5 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 31 mars 2017 02 h 45

    et oui connaitre le monde ca l'effet de donner de l'ouverture

    et oui peut etre que le monde se divise en deux depuis toujours ,les sédentaires et les migrands, il y a ceux qui aiment prendre racines et ceux qui aiment migrés, ne dit on pas que les voyages sont souvent a la différence des sedentaires, une source de savoirs et oui nous avons un premier ministre qu tout jeune, a visité le monde, ca comme effets, de donner de l'ouverture

  • Denis Paquette - Abonné 31 mars 2017 02 h 45

    et oui connaitre le monde ca l'effet de donner de l'ouverture

    et oui peut etre que le monde se divise en deux depuis toujours ,les sédentaires et les migrands, il y a ceux qui aiment prendre racines et ceux qui aiment migrés, ne dit on pas que les voyages sont souvent a la différence des sedentaires, une source de savoirs et oui nous avons un premier ministre qu tout jeune, a visité le monde, ca comme effets, de donner de l'ouverture

  • Gilles Théberge - Abonné 31 mars 2017 06 h 22

    Trudeau est un fils de riche qui ne compte pas à la dépense, et que les moindres désirs sont versés au compte des affaires d'État.

    Trudeau n'est qu'un fils de riche, qui se prends pour une vedette rock.

    C'est vraiment désolant...

  • Raynald Rouette - Abonné 31 mars 2017 10 h 08

    Représentants de commerce pour multinationales


    Voilà ce que sont devenus les premiers ministres depuis l'avènement des traités de libres-échanges. Les pays et provinces sont en compétition constante et à la merci de décisions prises par un gouvernement parallèle et invisible.

    Il n'y a qu'à lire: Simon-Pierre Savard-Tremblay «L'état succursale» la démission politique du Québec, et le dernier d'Alain Deneault «De quoi Total est-il la somme?» pour en être convaincu.

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 31 mars 2017 14 h 12

    Et comment se fait-il que...

    Le Devoir ne parle pas du 1,5 milliards $ par Ford en Ontario...? pourtant la nouvelle dat d'hier...