Les candidats dans Saint-Laurent ne veulent pas avoir l’étiquette de politiciens

Emmanuella Lambropoulos est largement favorite pour remporter l’élection complémentaire.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Emmanuella Lambropoulos est largement favorite pour remporter l’élection complémentaire.

Il n’y a pas de politiciens parmi les candidats à l’élection complémentaire qui se tiendra dans la circonscription de Saint-Laurent, le 3 avril.

C’est là une des conclusions qu’aurait pu tirer l’auditoire, mercredi, à l’issue d’un débat auquel participaient cinq candidats en lice pour le siège laissé vacant par le départ de Stéphane Dion.

La rencontre, organisée par l’association étudiante du collège Vanier, a attiré quelque 80 personnes dans un petit auditorium de l’institution d’enseignement supérieur anglophone.

Les candidats ont ainsi cherché à ne pas être étiquetés comme des « politiciens » lorsqu’un étudiant a fait valoir qu’il ne faut pas s’étonner que la population se tourne vers des personnes qui ont moins d’expérience, mais qui leur semblent plus vraies puisque les politiciens, eux, ne répondent plus que par des généralités et des lignes de presse vagues, alors que les électeurs veulent des réponses candides et des gens qui admettent leurs erreurs.

Le candidat conservateur Jimmy Yu s’est empressé de dire qu’il n’est pas un politicien, mais bien un homme d’affaires ; la libérale Emmanuella Lambropoulos a dit que Stéphane Dion l’avait inspirée à se lancer, mais qu’elle est d’abord une enseignante de niveau secondaire ; le néodémocrate Mathieu Auclair a dit qu’il était un père de famille qui s’était inspiré de Jack Layton parce qu’il était d’abord un homme du peuple ; Daniel Green, du Parti vert, a rappelé qu’il était d’abord un écologiste et a affirmé qu’il n’entrait pas en politique pour être élu, mais bien parce qu’il veut partager ses convictions et se consacrer au service public ; le bloquiste William Fayad, pour sa part, a donné la réponse la plus proche de celle d’un politicien, disant comprendre que les attitudes de politiciens découragent les gens, mais que son objectif était d’être sincère et de servir la population.

Par ailleurs, il serait difficile de tirer des conclusions de ce débat. Par exemple, la candidate libérale a affirmé que les pipelines pouvaient être acceptables d’un point de vue environnemental, tout en fournissant un bénéfice économique. Le candidat vert a soutenu au contraire qu’il était « chimiquement impossible » d’utiliser le pétrole des sables bitumineux sans contribuer aux changements climatiques. Or, les deux ont été applaudis de façon équivalente après ces affirmations.

Un des échanges les plus virulents est survenu lorsqu’une étudiante a demandé à Jimmy Yu de justifier le refus du Parti conservateur d’appuyer la motion M-103 condamnant l’islamophobie. M. Yu a argué que cette motion, en ciblant une communauté, semait la division. Daniel Green a répliqué que la motion visait plutôt à démontrer la solidarité de la population canadienne au lendemain de l’attentat de la mosquée de Québec, terminant son intervention en criant : « honte à vous au Parti conservateur ».

Alan DeSousa hante l’espace

Bien que Mme Lambropoulos soit largement favorite pour remporter l’élection complémentaire, les manoeuvres du Parti libéral qui ont précédé son investiture demeurent entourées de mystère.

La course à l’investiture a en effet été marquée par la décision d’un comité du parti d’écarter la candidature du maire de l’arrondissement, Alan DeSousa, décision qui n’a jamais été expliquée.

Le candidat Jimmy Yu a questionné la candidate à ce sujet, mais la jeune femme n’avait pas d’explication additionnelle à fournir.

Après le débat, en mêlée de presse, elle a toutefois eu cette réponse cryptique avant que son entourage ne mette un terme à la mêlée de presse : « Si jamais il y avait des choses qui étaient trouvées à mon sujet, je ne voudrais pas que tout le monde le sache. Alors je pense que c’est pour protéger les candidats qu’on ne nous dit pas exactement quelle est la raison pour laquelle on n’accepte pas le candidat. »

Mme Lambropoulos avait causé toute une surprise en remportant l’investiture, alors que le parti favorisait la candidature de l’ex-ministre libéral provinciale Yolande James et qu’une autre ex-candidate libérale, la fiscaliste Marwah Rizqy, était aussi sur les rangs face à la jeune enseignante, jusque-là inconnue du grand public.

L’élection du 3 avril vise à remplacer l’ex-ministre Stéphane Dion, qui a été nommé ambassadeur du Canada en Allemagne et auprès de l’Union européenne.

M. Dion a occupé ce siège durant plus de 20 ans et la circonscription est considérée comme un château fort libéral difficilement prenable pour les autres formations.

À la dernière élection, en 2015, M. Dion avait été élu avec plus de 61 pour cent des voix devant son adversaire conservateur Jimmy Yu, qui avait réussi à récolter un peu plus de 19 pour cent du vote. Le NPD avait terminé en troisième place, suivi par le Bloc québécois et le Parti vert.

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