Martine Ouellet fait des insatisfaits

Martine Ouellet est chef du Bloc québécois depuis le 18 mars dernier.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Martine Ouellet est chef du Bloc québécois depuis le 18 mars dernier.

À peine dix jours après son entrée en poste, Martine Ouellet commence déjà à créer de l’insatisfaction dans les rangs bloquistes. Certains députés qui l’avaient appuyée sont maintenant déçus de ses nominations et s’inquiètent d’une centralisation des ressources, selon les informations du Devoir. La nouvelle chef semble avoir calmé leurs craintes… pour l’instant.

Dès son couronnement à la tête du Bloc québécois, à la mi-mars, Martine Ouellet avait rebrassé les cartes bloquistes en nommant Xavier Barsalou-Duval chef parlementaire de la formation. Or, M. Barsalou-Duval ne fait pas l’unanimité au caucus et Martine Ouellet en aurait été avisée, selon deux sources du Devoir.

Premier irritant, donc, contre la nouvelle chef. Car certains députés, qui ont accepté de se ranger derrière elle en fin de course à la chefferie, l’auraient même fait en réclamant justement que la future chef n’offre pas de rôle parlementaire au jeune député de Pierre-Boucher–Les Patriotes–Verchères. « Beaucoup de députés ont des appréhensions », rapporte une source bloquiste.

Autre bévue, à leurs yeux : que la nouvelle chef ait eu « peu de bons mots », lors de son discours de victoire le 18 mars, pour le travail des autres députés au cours des deux dernières années, note notre source. Ces élus bloquistes se sont sentis trahis par ses premiers gestes à la chefferie, ont confié trois bloquistes au Devoir. Michel Boudrias, Simon Marcil, Monique Pauzé et Gabriel Ste-Marie seraient aujourd’hui fort mal à l’aise.

Mme Pauzé n’a pas voulu faire de commentaires, lundi. « Je ne vais pas vous répondre là-dessus, a-t-elle tranché. On discute. On avance. On va trouver un terrain d’entente. » MM. Boudrias, Marcil et Ste-Marie n’ont pas rappelé Le Devoir.

Ces quatre députés, tout comme Luc Thériault et l’ex-chef intérimaire Rhéal Fortin, étaient en outre mécontents du fait que Martine Ouellet refuse de garantir qu’elle ne licenciera pas les employés actuels du caucus du Bloc québécois — une dizaine de responsables des communications, de la recherche ou de la procédure parlementaire.

Compromis ?

C’est que les bloquistes débattent ces jours-ci d’une mise en commun d’une partie de leurs budgets afin de rémunérer une équipe d’adjoints parlementaires en soutien au caucus. La Chambre leur autorise cette pratique puisque, le Bloc n’étant pas un parti reconnu aux Communes, il n’a pas droit à un budget de recherche. Ce budget spécial sera sous la responsabilité d’un seul député, en vertu de l’exemption accordée par la Chambre : vraisemblablement le chef parlementaire, Barsalou-Duval. Et c’est ce qui préoccupait plusieurs bloquistes, qui craignaient de ne plus avoir leur mot à dire alors que ce sont leurs fonds qui paieront ces employés. Ils voulaient pouvoir eux aussi « s’assurer de la compétence » des employés, explique une seconde source.

Certains députés auraient même contemplé l’idée de se désolidariser de la nouvelle chef et de retirer leur participation à cette mise en commun de leurs ressources. Ce qui leur aurait permis de conserver leurs fonds pour garder en poste les adjoints actuels.

Martine Ouellet a cependant accepté, au terme d’une rencontre du caucus lundi à Montréal, de leur promettre de ne licencier personne et de renouveler tous les contrats pour 12 mois, selon les sources du Devoir. L’embauche de son chef de cabinet, Louis-Philippe Dubois — qui dérangeait lui aussi — serait en revanche confirmée.

Une entente formelle reste à signer par tous les députés, d’ici le samedi 1er avril, note-t-on en coulisses avant de crier victoire. « Il reste des ficelles à attacher », a confirmé Mme Pauzé.

Mais le président du caucus et vétéran député, Louis Plamondon, ne s’étonne pas de ces tensions qui suivent toute course à la chefferie selon lui. « Quand un chef arrive, il place son monde, dit-il. C’est toujours les plus proches qui sont nommés, dans tous les atterrissages de nouveaux chefs. »

Changement de ton

Quelques bloquistes reprochent par ailleurs à Martine Ouellet de s’être montrée « intransigeante », confie une troisième source. La nouvelle chef exigerait par exemple d’approuver tout communiqué et tout gazouillis mis en ligne par le Bloc québécois. « Elle veut tout voir avant de l’autoriser », confirme notre premier bloquiste.

Louis Plamondon tente cependant d’apaiser les craintes de ses collègues. « Quand on parle ensemble pour trouver une solution pour bien s’entendre, je dis toujours que, la chef, il faut reconnaître qu’elle a été élue démocratiquement. Donc on a un devoir de fonctionner avec et d’essayer de lui faciliter la tâche. »

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