Premier échange sans flammèches entre les aspirants chefs du NPD

Les candidats Guy Caron, Charlie Angus et Niki Ashton lors du premier débat de la course à la chefferie du NPD, le 12 mars 2017 à Ottawa
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Les candidats Guy Caron, Charlie Angus et Niki Ashton lors du premier débat de la course à la chefferie du NPD, le 12 mars 2017 à Ottawa

Le premier affrontement entre les quatre aspirants chefs du NPD aura été tout sauf un affrontement, justement. Les candidats ont davantage tenté de séduire les militants à l’écoute que de mettre en lumière leurs divergences avec leurs adversaires. Même la question des pipelines, qui les divise pourtant, n’a pas généré d’étincelles.

Les députés Charlie Angus, Niki Ashton, Guy Caron et Peter Julian ont croisé le fer pour la première fois de cette course à la chefferie devant se poursuivre jusqu’en octobre. D’entrée de jeu, ils se sont tous mis d’accord pour dire que la croissance des inégalités économiques, la précarisation des emplois et l’appauvrissement des ménages étaient leur priorité numéro un. En guise de réplique à Justin Trudeau, qui vante sans cesse les vertus de la classe moyenne « et de ceux qui travaillent fort pour s’y joindre », Charlie Angus a soutenu que : « la classe moyenne est devenue la nouvelle classe ouvrière, sans bénéfices et sans pension. » Bref, qu’il n’est pas suffisant de vouloir en élargir les rangs.

Les candidats ont dit à l’unanimité qu’il fallait, dans la foulée de la cuisante défaite électorale de 2015, reconstruire les ponts avec la base militante. Niki Ashton s’est démarquée du lot en laissant entendre que la victoire ne devait pas être l’objectif premier du NPD. « Il ne s’agit pas seulement de la prochaine élection. Il faut bâtir un mouvement pour le changement fondamental. Et cela signifie mettre en avant une vision progressiste et audacieuse. » Mme Ashton est revenue souvent à la charge avec cette idée que le NPD devait renouer avec les diverses forces progressistes du pays, notamment le mouvement étudiant.

Guy Caron, le seul Québécois dans la course, a pris le taureau par les cornes en revenant sur l’épisode du niqab qui a lesté la formation au Québec en 2015. « La question du niqab a été extrêmement dommageable. On n’a pas réussi à trouver la bonne réponse », a-t-il dit. Plus tard en point de presse, M. Caron a évité de détailler quelle réponse il aurait, lui, offerte. « Je ne réglerai pas cette question à moi tout seul », a-t-il dit, invitant plutôt le NPD à débattre davantage de l’enjeu identitaire. Il a fini par dire que « la position [sur le niqab] n’était pas mauvaise, mais elle manquait d’empathie ». Elle ne prenait pas acte selon lui du malaise québécois envers la religion qui « joue dans l’inconscient » collectif de la province.

Niki Ashton a reconnu que la question du niqab avait démontré à quel point le parti avait perdu contact avec le Québec en 2015. Elle n’a pas pour autant dénoncé la position de son parti sur ce voile intégral. Tout au plus a-t-elle fait valoir que cette position aurait pu être mieux « communiquée ».

Énergie Est et économie

Sur la question des pipelines, Peter Julian n’y est pas allé par quatre chemins. « Parfois, il n’est pas possible de concilier l’environnement et l’économie », a-t-il lancé. « Dans le cas d’Énergie Est, il n’est pas possible de concilier ce projet avec ce que nous avons à faire pour lutter contre les changements climatiques. » M. Julian n’a pas pour autant attaqué son adversaire Guy Caron, qui est le moins tranché sur cette question puisqu’il propose de consolider le processus d’évaluation environnementale.

Le seul désaccord ayant été mis ouvertement en évidence a porté sur le revenu minimal garanti, proposé par Guy Caron. Charlie Angus a indiqué qu’à son avis, « ce sera très difficile à mettre en place à cause de la juridiction provinciale ». La proposition de M. Caron n’est en effet pas encore étoffée et n’explique pas comment elle se mariera avec les programmes provinciaux d’aide sociale et d’aide financière aux étudiants.

M. Julian, qui tente de se poser en rassembleur de la course, a utilisé sa déclaration de clôture pour rappeler qu’il y a « des différences, mais qu’il y a beaucoup plus de convergences. Peu importe qui est choisi comme prochain chef, on va travailler ensemble pour avancer notre mouvement et construire un meilleur Canada ».

Guy Caron, pour sa part, est passé pour le réaliste de la course, accusant de manière détournée ses adversaires de manquer de solutions aux problèmes mis au jour. « Nous avons besoin d’une plateforme électorale très précise. C’est une chose de dire ce sur quoi nous sommes d’accord. Nous sommes tous d’accord pour combattre les inégalités économiques et les changements climatiques. Mais comment nous allons le faire doit être expliqué si nous voulons gagner le coeur des Canadiens et rebâtir la confiance. »

Par ailleurs, le débat a été pimenté de moments assez loufoques quand les candidats ont dû répondre à des questions « légères ». Quel est votre sport d’hiver favori ? Quel était votre plat préféré lorsque vous étiez enfant ? Quel a été votre film québécois préféré ? Votre féministe préférée ? Que préférez-vous entre la bière Ale ou la Lager ? Certaines réponses ont provoqué l’hilarité, comme lorsque M. Caron a admis qu’il raffolait des pâtes au Cheez Whiz ou quand Charlie Angus a admis qu’en bon Ontarien du Nord, sa bière préférée était celle qui était gratuite.

1 commentaire
  • Raymond Labelle - Abonné 13 mars 2017 13 h 17

    Aussi à signaler: parité français-anglais, opposition à Énergie-Est et profondeur de la réflexion.

    À signaler - une véritable parité anglais-français dans le débat et tous les candidats sont bilingues. Très différent des conservateurs récemment.

    Aussi à noter. Peter Julian a nommément et explicitement, à plusieurs reprises, dit qu'il s'opposait aux oléoducs ("pipelines") Énergie-Est et Kinder-Morgan.

    Deux points qu'il aurait valu la peine de signaler.

    Pas beaucoup de flammèches, comme les médias les aiment peut-être trop mais, franchement, j'ai trouvé cette discussion beaucoup plus intéressante que les débats entre les chefs des différents partis auxquels on assiste dans les campagnes électorales. On y voit plus une réflexion avancée et partagée que des tactiques de relations publiques pour porter le KO dans un clip de 20 secondes à la télé.

    Pour les personnes qui voudraient juger par elles-mêmes, le débat intégral, ici : http://www.cpac.ca/fr/les-archives-numeriques/

    ou ici:
    http://www.npd.ca/debat-de-la-course-au-leadership