La démission de la sénatrice Lynn Beyak est réclamée

Le député néodémocrate Romeo Saganash
Photo: Sean Kilpatrick Archives La Presse canadienne Le député néodémocrate Romeo Saganash

La sénatrice conservatrice Lynn Beyak persiste et signe. Elle a réitéré jeudi les propos qu’elle a prononcés la veille, quand elle a défendu le système « bien intentionné » des pensionnats autochtones du Canada.

« La sénatrice n’a rien d’autre à ajouter à ce sujet », a fait savoir une employée de son bureau, dans un courriel envoyé au Devoir. Elle y a ajouté un lien vers sa déclaration de la veille.

Son affirmation a fait bondir la classe politique, à commencer par le député Romeo Saganash, dont le jeune frère a laissé sa vie dans l’une de ces écoles résidentielles.

« La sénatrice Beyak affirme qu’“il y a aussi de bonnes choses qui sont arrivées” dans les pensionnats autochtones. Elle se trompe. Rien de bon n’est sorti de cela », a affirmé jeudi l’élu néodémocrate, en exigeant la démission de la sénatrice.

Dans la Chambre rouge, Lynn Beyak a déclaré mercredi que, « dans plusieurs cas, les erreurs horribles ont fait de l’ombre à certaines des bonnes choses qui se sont passées dans les pensionnats ». Les « bonnes actions » et le « travail remarquable » des enseignants et administrateurs ont été largement ignorés, a-t-elle ajouté, avant de souligner qu’il était injuste de qualifier de raciste l’ex-ministre Hector-Louis Langevin, qui est l’un des architectes du système des pensionnats.

Démission ou excuses ?

Photo: Sean Kilpatrick Archives La Presse canadienne Le député néodémocrate Roméo Saganash

Seul Romeo Saganash, dont le frère Jonish est mort au pensionnat de La Tuque, où il avait été envoyé à l’âge de cinq ans, a réclamé la démission de la sénatrice Beyak.

La ministre des Affaires autochtones, Carolyn Bennett, a évité la question, préférant s’en remettre à la volonté des Premières Nations du pays. « Je pense que ce sont elles qui devraient avoir leur mot à dire en ce qui a trait aux excuses et à tout le reste. Et je crois qu’on doit faire un meilleur boulot en ce qui a trait à l’éducation et à la formation des parlementaires », a-t-elle déclaré.

Les pensionnats autochtones ont séparé plus de 150 000 enfants autochtones de leurs familles et de leurs communautés. Au moins 6000 enfants y sont morts. Dans son rapport définitif, la Commission Vérité et Réconciliation a conclu que les pensionnats autochtones avaient été un outil central d’un génocide culturel à l’égard des autochtones du Canada. À CBC, le président de cette commission, Murray Sinclair, s’est dit « un peu choqué » que Lynn Beyak croie « encore des choses qui ont été prouvées fausses au fil des ans ».

L’ex-leader des conservateurs au Sénat, Claude Carignan, a quant à lui qualifié le commentaire de sa collègue d’inapproprié. « J’imagine qu’elle réalise que ses propos ont été mal reçus. C’est à elle de dire si elle s’est mal exprimée. C’est à elle de prendre la décision. Je pense que, quand quelqu’un tient des propos inappropriés, la bonne chose à faire est de s’excuser », a-t-il dit, en s’exprimant à titre personnel.

« Nous devons faire un meilleur travail pour nous assurer qu’il y a une meilleure conscience de ce chapitre sombre de notre histoire », a aussi suggéré la critique du Parti conservateur sur les questions autochtones, Cathy McLeod.

Lynn Beyak a été nommée sénatrice par Stephen Harper en 2013. Elle est originaire de Dryden, dans le nord-ouest de l’Ontario. Quatre pensionnats ont été en activité dans un rayon de 200 kilomètres autour de cette ville. Le gouvernement a commencé à fermer ces écoles — il y en aurait eu environ 200 — dans les années 1970. Le dernier a fermé ses portes en 1996.

2 commentaires
  • Hélèyne D'Aigle - Inscrite 10 mars 2017 13 h 23

    Voir «Les pensionnats de la honte»

    Résumé du documentaire (durée de 10 minutes): https://www.youtube.com/watch?v=_CKpBgwxWMk

    • Hélène Boily - Abonnée 10 mars 2017 16 h 19

      Pauvre homme, pauvres gens, quelle tristesse, quelle injustice!