Emmanuella Lambropoulos élue candidate libérale dans Saint-Laurent

<p>Emmanuella Lambropoulos était la seule candidate à habiter dans la circonscription de Saint-Laurent.</p>
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

Emmanuella Lambropoulos était la seule candidate à habiter dans la circonscription de Saint-Laurent.

Emmanuelle Lambropoulos, une enseignante de 26 ans à peu près inconnue des cercles libéraux, a causé la surprise en battant une ex-ministre du gouvernement Charest et une éminente fiscaliste, mercredi soir dans la circonscription montréalaise de Saint-Laurent.

Mme Lambropoulos a remporté l’investiture du Parti libéral du Canada (PLC), contre toute attente. C’est elle qui tentera donc de succéder à l’ancien ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion dans le château fort libéral qu'est Saint-Laurent. Elle était la seule des trois candidates à résider dans la circonscription.

L’incrédulité était visible sur les visages de l’ex-ministre de l’Immigration et de la Famille Yolande James et de l’avocate-fiscaliste et ex-candidate des troupes de Justin Trudeau dans Hochelaga Marwah Rizqi, au moment du dévoilement des résultats, au terme d’une investiture de plusieurs heures. Mmes James et Rizqi n’ont pas offert de commentaires à la suite du dévoilement des résultats.

Perçue comme la favorite du premier ministre dans cette course, Yolande James s’est défendue d’avoir bénéficié d’un avantage, plus tôt dans la soirée. « J’ai été une candidate comme les autres, j’ai fait campagne comme les autres. Je n’ai pas arrêté, matin et soir », a-t-elle insisté en entrevue au Devoir.

L’ex-députée provinciale de Nelligan, dans l’Ouest-de-l’Île, a finalement été éliminée dès le premier tour, remportant moins de 400 voix.

En anglais d'abord

La gagnante de 26 ans semblait elle aussi sous le choc. « Je ne savais pas que j’avais gagné, je n’avais aucune idée. J’étais étonnée », a-t-elle déclaré devant une horde de médias qui la pressaient de question.

 
Elle a entamé son discours en anglais seulement, promettant de « rendre Saint-Laurent encore meilleur». Quelques instants plus tard, elle s’est reprise en remerciant la foule en français, cette fois.

 

« Je suis professeure ici, j’ai grandi ici, je vis ici. J’ai fait beaucoup de travail. Je suis allée à chaque porte avec mes amis », a rappelé Mme Lambropoulos, qui enseigne les sciences humaines en français à l'école secondaire Rosemount, une école anglophone.

Près d’un millier de personnes ont exprimé leur vote, selon les organisateurs. L’association libérale de Saint-Laurent utilisait pour la première fois un mode de scrutin préférentiel, ce qui signifie que les membres devaient classer les candidates par ordre de préférence. Résultat, même si Mme Rizqy a remporté le premier tour, c’est Mme Lambropoulos qui l’a emporté au second tour, par près de 125 voix.

Les autorités du Parti libéral avaient, plus tôt ce mois-ci, rejeté la candidature du maire de l’arrondissement, Alan DeSousa, membre de l’équipe de Denis Coderre.

Manque de transparence ?
Mme Rizqy, qui était arrivée deuxième dans la circonscription de Hochelaga aux élections fédérales de 2015, a jugé que le processus d’investiture aurait pu être plus transparent, comme l’ont fait valoir de nombreux candidats déçus dans les autres circonscriptions fédérales où doivent se tenir des partielles, le 3 avril prochain.

« J’ai parlé avec beaucoup de gens de Saint-Laurent. Tous veulent savoir ce qui s’est passé. Je sais que le parti a travaillé fort pour que l’investiture soit ouverte à tous. Mais est-ce qu’on peut s’améliorer ? Je pense que oui. Nous avons besoin d’un processus de nomination plus transparent. »

En anglais d’abord

Pourquoi la nouvelle candidate libérale dans la circonscription de Saint-Laurent a-t-elle commencé son discours en anglais, au Québec ?

« Je suis beaucoup plus à l’aise en anglais », a-t-elle expliqué au Devoir, dans la langue de Molière.

« Je préfère l’anglais, c’est sûr. J’aime parler les deux langues, c’est juste que mes partisans, la majorité des personnes qui sont venues voter pour moi, ce sont des anglophones. Je leur dois le fait de parler en anglais d’abord, parce que je sais que les gens qui m’ont appuyée, for sure, ce sont des anglophones », a-t-elle confié.

16 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 9 mars 2017 01 h 59

    Feuille d'automne

    Mme James était plutôt bonne aux Ex, sauf peut-être les derniers temps avant sa candidature où la feuille d'érable rouge-rouge Justin dépassait un peu trop - on la sentait venir. Va au moins falloir attendre la chûte des feuilles à l'automne avant de l'y revoir... et pour elle un bon revenu en moins. Ne parlons pas de perte pour Justin, il ne s'en apercevra même pas...

  • Yves Côté - Abonné 9 mars 2017 03 h 05

    Honêteté intellectuelle

    "J’aime parler les deux langues, c’est juste que mes partisans, la majorité des personnes qui sont venues voter pour moi, ce sont des anglophones. Je leur dois le fait de parler en anglais d’abord, parce que je sais que les gens qui m’ont appuyée, for sure, ce sont des anglophones."
    Par cette transparence d'aveux immédiats de reconnaissance, on ne peut certainement pas accuser Madame la nouvelle députée de malhonêteté intellectuelle...
    Voici donc par sa bouche, déjà et en relief, le seul Québec pour lequel les Canadiens sont prêts à tant investir afin de le garder canadien : le "Quebec for sure !"

    Vivement que vienne celui qui donnera à nos enfants la garantie normale de vivre en français chez eux !
    Bien entendu...

  • Yvon Bureau - Abonné 9 mars 2017 06 h 59

    Être du milieu de vie l'a remporté

    « Je suis professeure ici, j’ai grandi ici, je vis ici. J’ai fait beaucoup de travail. Je suis allée à chaque porte avec mes amis », a rappelé Mme Lambropoulos, qui enseigne les sciences humaines en français à l'école secondaire Rosemount, une école anglophone.
    »

    Heureuse et fructueuse route, Emmanuella !

  • Pierre Ferland - Abonné 9 mars 2017 07 h 08

    humiliation

    'Je préfere l'anglais, c'est sur.'....je me sens rejeté en entendant cela. Que faire. On ne peut imposer aux autres de nous aimer en préférence...

    • Luc Bertrand - Abonné 9 mars 2017 12 h 52

      Justement, Emmanuella Lambropoulos devra assumer les conséquences de ses paroles. Les Québécois(e)s qui ont voté pour Justin Trudeau et le PLC seulement que pour débarquer Stephen Harper devront dorénavant savoir que les francophones, même au Québec, pour ce parti, ne sont que des citoyens de seconde zone, voire des indésirables, encore tolérés dans un pays où la seule vraie langue qui compte est l'anglais.

      Pour travailler en français comme enseignante dans une école secondaire anglophone alors que ce n'est pas la langue dans laquelle elle est la plus à l'aise, ça en dit gros sur les critères de sélection des enseignants à la Commission scolaire English Montreal. Ou bien on peine à trouver des enseignants francophones dans cette commission scolaire - ce qui est très peu probable - ou bien ceux qu'on engage doivent rencontrer d'autres "critères d'embauche" plus importants que la connaissance du français. Il resterait à savoir si les collègues enseignants de Mme Lambropoulos sont majoritairement issus de l'immigration ou sympathiques aux idéologies libérale et fédéraliste.

      Luc Bertrand
      Pointe-aux-Trembles

  • Tristan Roy - Abonné 9 mars 2017 07 h 14

    Risque

    Alan de Sousa aurait pigé dans la banque de courriels de l'arrondissement pour solliciter des appuis, selon TVA le 13 février dernier. On sait ou les histoires de courriel peuvent mener...

    D'autre part les dossiers de corruption dans cet arrondissement n'ont pas été rares ces dernières années avec la démission de deux conseillers municipaux. La crainte d'une affaire ressurgissant du passé pour frapper M. De Soussa a-t-elle inquiété les libéraux fédéraux?

    D'autre part, personne ne relève que les trois candidates à cette investiture étaient des femmes? Peut-être le PLQ voulait il simplement s'assurer d'avoir une femme députée de plus.