Avortement: Trudeau consacre plus d'un demi-milliard à la santé reproductive

Justin Trudeau a profité de l’occasion de la Journée internationale des femmes pour faire cette annonce.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Justin Trudeau a profité de l’occasion de la Journée internationale des femmes pour faire cette annonce.

Chose promise, chose due. Le gouvernement Trudeau finance à nouveau l’avortement à l’étranger, et c’est à coup de 650 millions de dollars qu’il s’y prendra. Les groupes d’aide internationale se réjouissent, mais espèrent que c’est tout le budget d’aide humanitaire qui sera augmenté. Du côté des conservateurs, on semble au contraire remettre en question toute l’aide internationale du Canada — une critique qui leur permet d’éviter d’avouer leur réticence à l’égard de l’avortement.

Le symbole n’était pas fortuit : Justin Trudeau annonçait, devant une salle remplie de femmes, en cette Journée internationale des femmes, que son gouvernement verserait plus d’un demi-milliard de dollars sur trois ans pour la santé reproductive des femmes, y compris des services de contraception et d’avortement là où c’est légal. Les libéraux ne touchent pas aux sommes octroyées par l’ancien gouvernement conservateur pour son initiative en santé maternelle et infantile — 3,5 milliards de 2015 à 2020. Il pige dans les budgets restants « pour aider à combler des lacunes qui existent présentement en matière de santé reproductive et de soins de santé des femmes », a fait valoir le premier ministre Trudeau. Le gouvernement de Stephen Harper avait interdit que ses fonds servent à financer l’avortement à l’étranger.

« Quand on prend une position contre l’avortement, on est en train d’enlever le choix aux femmes, on est en train d’enlever aux femmes le pouvoir de décider de leur avenir, de décider avec qui, quand, comment ou si elles veulent fonder une famille. Pour moi, c’est une question de droits fondamentaux », a argué M. Trudeau.

Déjà, la semaine dernière, sa ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau, annonçait que le Canada verserait 20 millions au fonds international mis sur pieds pour contrer le désengagement américain en la matière. Cette enveloppe fait partie des 650 millions annoncés mercredi.

Oxfam a salué l’annonce libérale, mais invité le gouvernement à ne pas s’arrêter là. « On est en train de doubler l’argent investi en santé maternelle et reproductive des femmes. Ce n’est pas petit », a fait valoir M. Trudeau.

Les budgets de l’Agence canadienne de développement international (ACDI) et du ministère des Affaires étrangères en aide internationale sont en baisse depuis 2011 — étant passés de 4,4 milliards à 3,7 milliards en 2014.

Pourquoi ne pas investir ici ?

Tour à tour, les conservateurs ont critiqué l’annonce libérale tout en prenant soin d’éviter de s’opposer ouvertement au financement de l’avortement à l’étranger.

« Notre position a toujours été d’appuyer des mesures qui peuvent rassembler les gens », a fait valoir la chef intérimaire, Rona Ambrose. Lorsqu’elle était ministre de la Condition féminine en 2012, elle avait été critiquée pour son appui à une motion réclamant d’étudier le statut légal d’un foetus.

Tour à tour, ses députés ont répété la même réponse. « Est-ce la meilleure utilisation des fonds publics ? Nous connaissons les défis auxquels font face les femmes et les filles autochtones », a indiqué le député pro-vie Mark Warawa. « Nous avons beaucoup de problèmes ici, au pays, et on voit le gouvernement dépenser beaucoup d’argent à l’étranger », a reproché Candice Bergen. Lors de la dernière élection, le quart des candidats conservateurs étaient considérés comme pro-vie par le groupe Campaign for Life Coalition.

Mais seul le candidat à la chefferie Brad Trost, lui aussi pro-vie, s’est permis d’affirmer que « l’avortement, c’est mal et c’est un gaspillage de l’argent des contribuables ».

L’avortement est aussi à l’ordre du jour d’un projet de loi déposé mercredi par la ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould, qui fait le ménage dans le Code criminel. Ce projet de loi retire sept articles (dont celui criminalisant l’avortement) qui ont été déclarés inconstitutionnels par les tribunaux mais que les élus ne s’étaient pas donné la peine d’effacer. Les articles n’étaient plus utilisés, mais la ministre estime qu’il fallait avoir le « courage » de les éliminer.

Avec Hélène Buzzetti


Les juges à l’école

La bonne entente était dans l’air mercredi. Tellement que le chef du NPD, Thomas Mulcair, a demandé — et obtenu — le consentement des Communes pour donner le feu vert au projet de loi de la chef conservatrice par intérim, Rona Ambrose, sur les juges et les agressions sexuelles. Ce projet de loi imposerait aux futurs juges fédéraux de suivre, avant d’être nommés, un cours sur les stéréotypes liés aux plaintes pour agression sexuelle. Quant aux juges déjà en poste, le Conseil canadien de la magistrature compilerait des statistiques sur le nombre d’affaires d’agression sexuelle traitées par des juges n’ayant pas suivi de formation. Ce projet de loi, déposé le mois dernier, figurait très bas sur la liste des priorités et était peu susceptible d’être voté avant la prochaine élection. Il vient ainsi d’être envoyé en comité parlementaire. Hélène Buzzetti
4 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 9 mars 2017 06 h 26

    Simplisme!


    Que de simplisme tout court dans la ''position philosophique'' de Justin Trudeau quant à l'avortement. Losqu'on la compare, par exemple, à celle d'un Obama. Ce dernier reconnaissait un droit à l'avortement, mais il avait un discours et une politique qui ne le favorisait pas; il comprenait bien les enjeux moraux ici en cause. Il ne se réfugiait pas dans le seul simplisme des ''droits fondamentaux'' de la femme. Pas fort le Trudeau!


    Michel Lebel

    • Sylvain Auclair - Abonné 9 mars 2017 13 h 43

      Ce n'est pas parce qu'une position philosophique ne vous convainc pas qu'elle est simpliste...

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 9 mars 2017 10 h 00

    … ?!? …

    « Justin Trudeau annonçait, devant une salle remplie de femmes, en cette Journée internationale des femmes, que son gouvernement verserait plus d’un demi-milliard de dollars sur trois ans pour la santé reproductive » (Marie Vastel, avec Hélène Buzzetti, Le Devoir)

    « … pour la santé reproductive » et … pour la santé « avortive ? » !

    Qu’on soit d’accord, ou selon (pro-choix, pro-vie, pro-autre), il est comme d’étonnement que les autorités politiques d’un pays aient le culot de financer l’lVG à l’étranger, au coup d’environ 700 millions de $$$, pendant que, de l’intérieur, l’excellence présumée des réseaux de santé et services sociaux pâlit à vue d’œil, et ce, en matières de compétences-performances, d’intégrités-humanités : quelle indécence !

    Aider une nation étrangère à s’avorter, cé bien ou ;

    L’aider à avorter, cé possible, mais ;

    L’aider à vivre autre, cé …

    … ?!? … - 9 mars 2017 -

  • François Beaulne - Abonné 9 mars 2017 10 h 27

    Comment sera acheminée cette aide?

    Il est tout à fait légitime que le gouvernement Trudeau veuille apporter sa contribution internationale à la santé reproductive des femmes de la planète. Encore faut il savoir comment il s'y prendra dans un domaine d'une grande sensibilité dans la plupart des pays du monde, y compris dans ceux dits 'développés', comme vient de le démontrer l'administration Trump. Or pas grand chose d'annoncé à cet effet.
    Le véhicule mondial le plus adapté pour ce genre d'intervention est l'agence spécialisée des Nations Unies pour la santé reproductive (FNUAP) présente dans la plupart des pays aux prises avec ce défi. Si j'ai bien compris, l'annonce du gouvernement laisse entendre que cette aide sera administrée principalement par des ONG dont plusieurs ont été privées de l'aide américaine suite aux décisions de TRump. Avant d'applaudir à tout craquer cette initiative de Trudeau mieux vaudrait connaitre la ventilation des organismes récipiendaires de cette aide. Certaines ONG ne sont pas à l'abri de critiques justifiées dans plusieurs pays. Pourquoi ne pas s'assurer que cette contribution non négligeable de $650 millions atteigne efficacement ses objectifs à travers un partenariat avec les Nations Unies via la FNUAP?