La course dans Saint-Laurent laisse un goût amer

La course à l’investiture libérale a été assombrie, selon l'écrivaine Frida Anbar, par le rejet de la candidature du maire Alan DeSousa. 
Photo: Annick MH de Carufel Le Devoir La course à l’investiture libérale a été assombrie, selon l'écrivaine Frida Anbar, par le rejet de la candidature du maire Alan DeSousa. 

La circonscription fédérale de Saint-Laurent, à Montréal, a beau être un château fort libéral, l’élection partielle qui s’y joue pourrait être dommageable pour le parti de Justin Trudeau.

Les membres du parti choisiront ce mercredi soir celle qui, des trois candidates, portera la bannière du Parti libéral du Canada à l’élection complémentaire du 3 avril. D’ici là, bien des questionnements semblent permis.

« Ce qui joue cette année, c’est qu’il y a une sorte de malaise avec le maire DeSousa, qui a voulu présenter sa candidature et qui a été, d’une certaine façon, recalé. Je trouve que ce n’est pas très élégant », affirme Frida Anbar, une auteure libano-canadienne, amoureuse de Saint-Laurent, rencontrée dans la magnifique Bibliothèque du Boisé, où elle a récemment lancé l’heure du conte.

Le 26 février, le Parti libéral du Canada a refusé la candidature d’Alan DeSousa, autrefois membre de l’équipe du maire Gérald Tremblay. Le parti n’a pas justifié sa décision, si ce n’est en soulignant « les questions ou les doutes liés à l’éthique » dans une liste de raisons qui pourraient motiver le rejet d’une candidature.

Or Saint-Laurent a beau être « 100 % libéral », il a beau être « rouge », « rien n’est jamais acquis », avertit Frida Anbar.

Mary Griffith, exubérante animatrice de la radio multiculturelle Mike FM, a discuté de l’élection partielle à venir sur les ondes. Tous les jours, elle aborde l’actualité en français et en anglais, puis en grec, une langue parlée par environ 4 % des résidants de Saint-Laurent — un arrondissement où 81 % des citoyens sont nés à l’étranger ou dont au moins un des parents est né à l’étranger.

La femme de radio a choisi son camp, celui de la jeune enseignante de l’école secondaire Rosemount Emmanuella Lambropoulos. Et elle en veut à Justin Trudeau, qui avait promis dès 2013 un système de nomination ouvert, loin des pratiques de « parachutage » de candidats dans des circonscriptions qu’ils ne connaissent pas.

« Ils ne sont pas derrière la fille de Saint-Laurent, la prof. Mais est-ce qu’ils sont derrière une des autres ? Et pourquoi ? Pourquoi ils n’appuieraient pas une femme fidèle, qui travaille dans le parti, qui connaît la réalité [du terrain] ? Personne n’a pu nous répondre ! » lance Mary Griffith.

L’animatrice s’interroge : le Parti libéral se serait-il rangé derrière l’ex-ministre libérale provinciale Yolande James ou la professeure de l’Université de Sherbrooke Marwah Rizqy ? Ces aspirantes ont grandi dans l’Ouest-de-l’Île et dans Hochelaga, respectivement. « Le Parti libéral ne cherche-t-il pas des candidats qui viennent du quartier ? » demande Mary Griffith.

Frida Anbar prend plutôt plaisir à suivre la course. « Les candidates sont fortes. J’ai rencontré Marwah deux fois et j’ai été impressionnée par son franc-parler, son bagage universitaire, raconte celle qui a choisi Saint-Laurent il y a près de 30 ans. Ça fait des années qu’on vote ici et qu’on n’est pas emballés ni passionnés. Elle apporte un vent de renouveau et j’ai l’impression que, une fois élue, elle ira chercher des choses pour nous. »

Elle reproche à son ancien député, Stéphane Dion, de ne pas avoir été très proche des électeurs. « Et là, on est sollicités de toutes parts, même sur notre cellulaire privé, par les deux candidates qui sont en lice », dit-elle pour illustrer la différence. Les deux candidates ? « Ah oui, mais la troisième, elle ne m’a pas encore contactée », dit-elle à propos d’Emmanuella Lambropoulos.

La course se fera peut-être à deux, peut-être à trois. Ce mercredi en soirée, les électeurs sauront quelle candidate a été choisie par les membres du Parti libéral pour les représenter à la partielle du 3 avril. Parmi les opposants, il y aura Jimmy Yu, candidat nommé mardi soir pour représenter le Parti conservateur du Canada.

1 commentaire
  • Bernard Terreault - Abonné 8 mars 2017 08 h 21

    Ils l'ont voulu

    Elle reproche à son ancien député, Stéphane Dion, de ne pas avoir été très proche des électeurs. Ces électeurs n'ont qu'eux-mêmes à blâmer, ils l'ont voulu, ils ont voté libéral les yeux fermés. Stéphane Dion, venu de Québec, qui était là justement parce que c'était une circonscription sûre, n'avait pas besoin de perdre son précieux temps de négociateur international à les courtiser.