Financement de l’avortement: des députés conservateurs jettent les hauts cris

Steven Blaney, Pierre Lemieux et Brad Trost, lors d'un débat du Parti conservateur le 24 février 2017
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Steven Blaney, Pierre Lemieux et Brad Trost, lors d'un débat du Parti conservateur le 24 février 2017

Le gouvernement Trudeau compte profiter cette semaine de la Journée internationale des femmes pour faire une série d’annonces en matière de santé maternelle et d’avortement. Mais leur plan de match dérange certains conservateurs pro-vie, qui accusent les libéraux de gouverner par pure idéologie.

Le gouvernement libéral annonçait la semaine dernière 20 millions pour contrer le désengagement américain en matière de santé maternelle et d’avortement à l’étranger. Lundi, il versait 285 000 $ à Planned Parenthood à Ottawa. Mercredi, le premier ministre prévoit une autre annonce pour souligner la Journée internationale des droits des femmes.

Il n’en fallait pas plus pour que les deux candidats pro-vie dans la course à la chefferie conservatrice ripostent. Le député saskatchewanais Brad Trost somme le gouvernement Trudeau, dans une lettre à ses partisans, d’annuler ce financement de 20 millions à cinq organisations internationales et de geler « tout financement additionnel à l’avortement ». « Il est irresponsable de promouvoir l’avortement auprès de femmes qui n’ont même pas accès [dans des régions rurales d’Afrique] aux soins de santé de base, sans parler des soins de suivi, nécessaires au traitement des complications qui peuvent survenir du fait des avortements pratiqués par ces organismes. En finançant des organismes qui militent pour l’avortement à l’échelle internationale, le gouvernement de Justin Trudeau s’engage dans la pire forme d’impérialisme culturel », déplore M. Trost.

Son rival Pierre Lemieux, qui se présente aussi comme grand défenseur des conservateurs sociaux dans la course, déplore que sa formation soit « muette à ce sujet » — la plupart des conservateurs croisés dans les couloirs du Parlement ont d’ailleurs refusé de commenter. « Lorsque les questions relatives au droit à la vie sont “hors limite” pour les conservateurs, les libéraux sont libres d’imposer leur agenda sans contestation et sans responsabilité », reproche M. Lemieux dans un courriel sollicitant des dons pour sa campagne.

La position du président Donald Trump n’est pas sans précédent, même au Canada. Le gouvernement conservateur de Stephen Harper avait lui aussi interdit en 2010 que les fonds fédéraux versés à l’étranger y servent à promouvoir l’avortement. Les libéraux ont annulé cet interdit.

« La décision du gouvernement est politique et idéologique », a reproché le député pro-vie Mark Warawa, en rappelant que Justin Trudeau a refusé que tout candidat pro-vie porte les couleurs du Parti libéral en 2015.

Le Canada ferait mieux de financer un programme de santé maternelle qui sauve des vies, à son avis. « C’est certain que si on demandait aux Canadiens s’ils veulent que cet argent serve à financer la santé maternelle et à sauver des vies, ou à des avortements […] — l’avortement est légal, mais je suis certain que ce n’est pas ce à quoi ils voudraient que l’argent serve. »

Or, la planification des naissances, l’éducation sexuelle, la contraception et l’avortement permettent justement de « diminuer le nombre d’avortements illégaux et qui mettent la vie des femmes à risque », a fait valoir la ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau. « Nous, on prend des décisions basées sur des faits, sur la science », a-t-elle martelé.

Des répliques ciblées

Le conservateur Peter Kent n’a pour sa part rien contre l’octroi de 20 millions du Canada. Mais il note une « certaine contradiction » en évoquant le silence des libéraux sur le décret antimigratoire du président Trump. « Sur d’autres enjeux relevant des droits de la personne, les libéraux disent qu’il ne leur revient pas de contester les politiques américaines. […] Ils sont très sélectifs et choisissent les politiques [à contester] qui font leur affaire. »

Néodémocrates et bloquistes ont salué le financement libéral en santé maternelle.

S’ils n’ont pas ouvertement critiqué la décision du président Trump en matière d’avortement à l’étranger, les libéraux se sont permis de mettre en ligne une vidéo vantant l’importance de promouvoir la santé reproductive à l’étranger. D’autres annonces sont aussi prévues cette semaine.

Lundi matin, la ministre de la Condition féminine, Maryam Monsef, était au bureau de Planned Parenthood d’Ottawa pour annoncer une enveloppe de 285 000 $ sur trois ans, qui financera un projet contre la violence sexospécifique. Une contribution importante — 80 000 $ par année — pour l’organisme qui compte un budget de 500 000 $ cette année.

3 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 7 mars 2017 08 h 32

    Consensus international?


    Je ne suis pas sûr que cette politique libérale en matière d'avortement soit bien vue dans certains pays. En la matière, il n'y a pas un consensus international, c'est le moins qu'on puisse dire. Prudence et questionnement sont de mise.


    M.L.

    • Sylvain Auclair - Abonné 7 mars 2017 16 h 03

      En effet, partout où des bigots religieux ont le pouvoir, l'avortement est illégal et les femmes désespérées par leur grossesse sont forcées d'aller voir des bouchers.

  • Danielle Dufresne - Abonnée 7 mars 2017 12 h 58

    Choisir

    Ce qui compte ici est le libre choix. Les femmes qui décident qu'il est mieux de subir un avortement doivent pouvoir le faire dans des conditions médicales et hygiéniques de haut niveau. Le libre-choix est, en ce sens, fondamental pour les femmes, partout dans le monde. Si le Canada peut contribuer à la mise en place de conditions sécuritaires, il doit le faire.