Motion contre l'islamophobie: manifestations tendues à Montréal

Des représentants du mouvement anti-immigration PÉGIDA Québec et du groupe anti-islamiste La Meute étaient présents.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des représentants du mouvement anti-immigration PÉGIDA Québec et du groupe anti-islamiste La Meute étaient présents.

L’ambiance était tendue dans le Vieux-Montréal, samedi midi, alors que plus de 200 manifestants de différentes factions se sont réunis au même endroit pour contester — ou appuyer — une initiative du gouvernement libéral à Ottawa visant à condamner l’islamophobie au Canada.

« Nous aussi, on haït les racistes », scandaient les manifestants opposés la motion libérale, alors que les contre-manifestants leur répondaient : « Tout le monde déteste les racistes ».

Le rassemblement initial était organisé par la Coalition canadienne des citoyens inquiets (Canadian Coalition of Concerned Citizens — CCCC) et visait à dénoncer la motion 103 contre l’islamophobie déposée à la Chambre des communes par la députée libérale de Mississauga — Erin Mills, en Ontario, Iqra Khalid. Le texte de la motion appelle le gouvernement à « reconnaître qu’il faille endiguer le climat de haine et de peur qui s’installe dans la population » et « condamner l’islamophobie et toutes les formes de racisme et de discrimination religieuse systémiques ».

« C’est une entrave à la liberté d’expression. Ça n’a pas sa place ici, cette [motion]-là », a soutenu Sébastien Poirier de PÉGIDA Québec, un mouvement anti-immigration, qui a qualifié ses opposants « d’anarchistes ».

« Je suis ici contre le fascisme et le suprémacisme blanc. On ne veut pas qu’il y ait des gens dans nos quartiers qui soient activement violents envers des immigrants, des personnes de couleur », a affirmé une contre-manifestante, Lauren, qui étudie à l’université Concordia.

L’établissement universitaire a d’ailleurs reçu des menaces d’attentat à la bombe contre des étudiants musulmans.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Une contre-manifestation était organisée par le groupe Action Antifasciste Montréal.

La Meute, « pas de l’extrême droite »
Vers 11 h 30, les manifestants des deux camps étaient réunis devant l’hôtel de ville, mais le rassemblement a rapidement dégénéré. Des bombes fumigènes ont été lancées et une bataille a même éclaté entre deux militants. Les policiers, qui étaient très nombreux sur place, sont alors intervenus pour séparer les deux groupes, qui sont restés l’un devant l’autre pendant une trentaine de minutes.

Les centaines de militants se sont ensuite déplacés dans des rues parallèles vers le Quartier latin, où des activistes ont finalement brûlé des pancartes des opposants à la motion M-103. En après-midi, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) disait n’avoir procédé à aucune arrestation et ne faisait état d’aucun blessé.

« Si on laisse cette motion-là entrer en vigueur, il y a plusieurs lois qui vont suivre, dont l’Islam radical. C’est incompatible avec nos valeurs judéo-chrétiennes et ça va à l’encontre de la démocratie », a martelé Stéphane Roch, du groupe anti-islamiste La Meute, dont les membres ont plusieurs fois scandé le slogan : « liberté ».

Les manifestants de La Meute, qui étaient très présents avec leurs drapeaux de pattes de loups, se sont défendus d’être un groupe raciste ou fasciste.

« La Meute n’est pas de l’extrême droite, n’est pas raciste, n’est pas fasciste. La Meute, c’est une organisation citoyenne. Qui est la Meute ? C’est tous les gens qui disent non à la radicalisation », a ajouté M. Roch.

L’un des contre-manifestants a toutefois remis en doute cette affirmation.

« Leur discours repose sur la construction d’un ennemi. Il y a une inflation verbale ; on se crée un adversaire, qu’il faudrait en fin de compte expulser. Ils ont beau dire qu’ils sont pacifistes, il y a quand même dans leur rhétorique quelque chose de profondément violent dans le fait de dire qu’il y a une population au Québec qui pose problème », a souligné un étudiant de 23 ans, qui ne voulait pas être nommé dans cet article parce qu’il craignait pour sa sécurité.

« Même s’ils disent que [sur le plan] des moyens, ils sont pacifistes, qu’ils ne veulent pas avoir recours à la violence, leur discours laisse quand même entendre que ce n’est pas tout le monde qui est bienvenu ici », a-t-il ajouté.

Des rassemblements de la CCCC se déroulaient en parallèle dans plusieurs villes canadiennes, de Vancouver, à Calgary, en passant par Toronto. Au Québec, des rassemblements étaient prévus entre autres à Québec, à Saguenay et à Sherbrooke.

16 commentaires
  • Raynald Rouette - Abonné 4 mars 2017 13 h 00

    Il faut cesser de victimiser l'Islam prosélyte


    Cela contamine d'avantage le vivre ensemble!

    Les gouvernements actuels tant au fédéral que provincial, sans oublier les médias en mal de sensationnalisme entretiennent l'accusation d'islamophobie généralisée. Il y a beaucoup d'enflure dans tout cela.

    Les religions prosélytes contaminent le vivre ensemble! Il faut être de mauvaise foi pour ne pas le voir ou le reconnaître. Le climat social devient de plus en plus malsain. Ce n'est pas une motion «M-103» au fédéral ou une «loi- 62» au Québec, pour faire plaisir à leurs clientèles respectives qui vont règler les problêmes. Au contraire, ça ne fait que jeter de l'huile sur le feu. La tragédie de Québec aurait pu être évitée!

    Autre phénomène récent de contamination du vivre ensemble, les «trolls» produits dérivés des réseaux sociaux. Pourquoi nos gouvernements ne prennent t-ils pas les moyens d'y mettre fin, alors qu'il est possible de retracer ceux qui font des menaces contre des personnes? Pourtant le bug de l'an 2000 n'est pas si loin, tout comme la crise des accommodements religieux.

    Nous avions déjà notre vieux contentieux politique, Québec dans ou hors Canada pour contaminer notre vivre ensemble, sans devoir en supporter d'autres encore plus pernicieux!

    • Jean-Christophe Leblond - Abonné 4 mars 2017 14 h 10

      Victimiser l'Islam prosélyte? Mais de quoi parlez-vous? La question n'est pas l'Islam prosélyte, mais le droit de citoyens de vivre leur quotidien sans craindre la violence, la discrimination et les invectives à cause de leur appartenance réelle ou présumée à religion musulmane ou de leur origine.

      Ceux et celles qui sont ciblés régulièrement dans les réseaux sociaux, dans les médias ou par les politiciens sont de façon générale des citoyens deont le pays d'origine est à majorité musulmane, dont le nom est à consonnance musulmane, qui ont un accent, qui peuvent avoir une pratique religieuse inexistante ou plus ou moins assidue, et qui sont représentés comme formant un tout, ou même comme représentant une 5e colonne menaçant les valeurs et la culture nationale.

      Cela dérape parfois en gestes haineux, allant jusqu'au meurtre, comme tout récemment. Dénoncer cette haine construite sur des propos mensongers n'est qu'un geste citoyen responsable.

      Enfin, prétendre que lutter contre l'islamophobie a causé la tragédie de Québec relève d'une pensée qui dédouane l'intimidation et la violence.

  • Charles-Étienne Gill - Inscrit 4 mars 2017 16 h 37

    Ennemis?

    C'est assez intéressant de lire que les contre-manifestants affirment qu'il y a «inflation», «construction d'un ennemi», ou que «quelque chose est profondément violent» dans leur rhétorique. La contre-manifestation est « anti-faciste », ce qui suppose que leurs adversaires sont dangereux et facistes... Qui construit un ennemi ici?

    Même si elle n'a pas force de loi, que c'est pour l'instant un principe, la motion établit un précédent dangeureux, d'abord le climat de haine et de peur, ensuite elle cautionne une notion elle aussi problématique : l'islamophobie. Ce mot est devenu une arme de censure pour intimider, ce qui ne nous aide certainement pas à réfléchir.

    Quant est-on dans la critique de l'islam, quand sera-t-on dans la discrimination à l'encontre de citoyens musulmans? Sont-ce simplement nos adversaire politiques qui vont le décider à notre place en fonction de crier leur indignation? Même si le gouvernement enchasse une définition, le reste de la planète ne suivra pas nécessairement. La proximité entre les lois anti-blasphèmes de gouvernements intégriste l'utilisation du concept d'islampphobie est trop criante pour que la motion M-103.

    C'est d'autant plus pernicieux que Trudeau s'est promené dans des forums musulmans (ce qu'il a le droit de faire), adopter la motion permet facilement d'induire que le Premier ministre suit une approche clientéliste et qu'il instrumentalise la tuerie de Québec.

    Trudeau a affirmé qu'il fréquentait les espaces musulmans parce que c'est là que se trouvaient des Canadiens, il dit «inch allah. On peut prendre la chose avec un grain de sel, mais il se trouve qu'avec cette motion, connaissant sa position contre la Charte de la laïcité, il passe pour islamophile. C'est tout aussi divisif et on le constate avec cette manifestation.

    Enfin, cette motion donne des munitions aux intégristes qui oppriment les réformateurs à l'intérieur de l'islam, puisque même le PM du Canada est de leur côté.

    • Jean-Christophe Leblond - Abonné 4 mars 2017 18 h 04

      PEGIDA et La Meute c'est des enfants de choeur, peut-être? Leur rhétorique n'est pas violente? Ils sont peut-être «victimes de la censure du politiquement correct», aussi?

      Ben coudonc. J'ai pas peur de le dire, il y a bien une resurgence fasciste et d'extrême-droite, et une tentative de normaliser cette position. Ils promeuvent la haine, sur la base de propos mensongers et de désinformation en plus, et il faut le dénoncer.

    • Roxane Bertrand - Abonnée 5 mars 2017 12 h 24

      En théorie, le multiculturalisme des Trudeau dit :"on s'aime tous même si sur certains points nous sommes profondément en désaccord et différents".

      C'est de l'idéalisme. En théorie, le multiculturalisme est une bonne idée, tout comme le communisme. Cette loi impose cette vision en visant assez directement l'islam.

      Vous avez raison, si on considère le facteur humain, cela crée de l'intégrisme. Pour l'harmonie citoyenne, cette Loi nuit à tous, même aux musulmans.

    • Maxime Parisotto - Inscrit 5 mars 2017 13 h 28

      Il n'y a pas de résurgence fasciste au Québec. Les mots ont un sens, et même si une personne est raciste, ça ne fait pas d'elle un fasciste. Le fascisme implique le culte d'un chef tout puissant, l'absence de liberté individuelle, le contrôle de la vie privée des citoyens, la violence politique, un nationalisme agressif etc...en passant, pendant la guerre, les régimes fascistes européens étaient aliés de plusieurs pays musulmans...

      Le débat déraille. L'islam est une religion et aussi la source d'une idéologie politique. C'est une religion qui préscrit la domination des femmes par les hommes. Il y a des choses écrites dans le coran qui peuvent justifier les pires atrocités. Mais c'est pas très différent des autres religions. Le problème ce n'est pas l'islam, mais les religions. Le problème c'est qu'on mélange tout. C'est pas parce qu'on a une vision critique de l'islam qu'on est raciste et suprémaciste blanc. C'est pas parce qu'on est musulman qu'on est un terroriste. Toute idéologie a ses extrêmistes. La plupart des musulmans sont paisibles et de bonnes personnes, comme n'importe qui d'autre.
      On peut être ouvert à l'accueil d'immigrants musulmans, comme moi, mais ne pas spécialement aimer l'islam. Mais c'est pas non plus une raison pour discriminer les musulmans.
      De toute façon, c'est ce que veulent les islamistes, faire peur et lier cette peur à l'islam, pour que les "blanc" non musulmans détestent les musulmans (qui n'y sont pour rien). C'est pas en tuant du monde à Paris que les islamistes si'imaginent vaincre la France, mais ils veulent faire monter le sentiment anti-musulman et donc le FN. Dans leur esprit embrumé ils s'imaginent déclencher une guerre de civilisation d'ou ils espèrent sortir vainqueurs...

    • Jean-Christophe Leblond - Abonné 5 mars 2017 17 h 32

      Je pense, M. Parisotto, que le sens de mon propos est clair, même si l'usage que j'ai fait du mot ne correspond pas étroitement à son sens historique. Reste que les organisations d'extrême-droite développent une structure semblable à certaines organisations promues par les organisations fascistes historiques, et prennent celles-ci pour inspiration. D'autre part, certaines des organisations qui ont participé à la manif, comme la Meute et «Storm Alliance», sont bel et bien des organisations d'extrême-droite dont la symbolique, le discours et le nationalisme agressif se réfèrent effectivement aux mouvements fascistes historiques.

    • Jean-Christophe Leblond - Abonné 5 mars 2017 18 h 58

      Il semble que vous même ne vous gêniez pas pour utiliser le terme «fasciste» dans un sens encore beaucoup plus inexacte que moi, lorsque cela vous plaît. Voir votre commentaire du 29 mai 2016 où vous qualifiez un défenseur des droits des animaux par trop zélé comme étant un fasciste... Où était le culte du chef ou le nationalisme agressif à ce moment? Il semble que vous faites dans le deux poids deux mesures.

      Qualifier des organisations d'extrême-droite qui utilisent elles-mêmes des référents fascistes de fascistes est tout à fait légitime, désolé. Et tenter de faire des débats sémantiques n'est qu'une façon parmi d'autres de faire effectivement dérailler, ou plutôt d'étouffer le débat.

  • Carmen Labelle - Abonnée 4 mars 2017 17 h 03

    La responsabilité d'une certaine gauche dans la montée de la droite

    Je reprends la rhétorique de cet étudiant qui dit« Leur discours repose sur la construction d’un ennemi. Il y a une inflation verbale ; on se crée un adversaire, qu’il faudrait en fin de compte expulser. Ils ont beau dire qu’ils sont pacifistes, il y a quand même dans leur rhétorique quelque chose de profondément violent dans le fait de dire qu’il y a une population au Québec qui pose problème ». Or que font les contre-manifestants en appuyant cette loi liberticide et en démonisant les manifestants? Exactement ce que cet étudiant reproche aux manifestants militant contre cette loi liberticide. Ils se sont créé un adversaire qu'il faudrait faire taire et empêcher d'exercer son droit démocratique. Ils ont transformé en ennemis tous ceux qui osent critiquer la religion, surtout l'islam et ses exigences déraisonnables et son prosélytisme ; ils ont amplifié et tordu la nature des critiques et instrumentalisé les actes regrettables et condamnables. Ils se disent pacifistes mais dans leur rhétorique il y a quelque chose de profondément violent dans le fait de dire que la partie de la population qui exerce sa liberté d'expression et veut une laïcité complète de l'État et que la religion ne prime pas sur les autres droits civils pose problème. En agissant ainsi, ils font monter la droite radicale et là est le véritable danger

    • Jean-Christophe Leblond - Abonné 4 mars 2017 18 h 08

      Foutaise. Ce discours carrément mensonger est celui que Trump a véhiculé pour ganer la présidence. Or chacune de ses actions montre bien qu'il se fout éperduement des petites gens.

      Il n'y a pas non plus de loi liberticide, puisqu'il s'agit d'une motion et non d'une loi! Votre propos repose sur une mauvaise compréhension des faits.

      Il serait temps que vous même fassiez preuve de rigueur, et commenciez par définir clairement c'est qui cette «certaine gauche» qui semble être un spectre indéfini accusé de tous les maux.

      Pour ce qui est de «démoniser» des groupes d'extrême-droite comme la Meute et PEGIDA, ben si pour vous dénoncer c'est démoniser, qu'est-ce qu'on fait? On fait semblant d'être d'accords avec eux et on se la ferme?

      Est-il encore permis de critiquer l'extrême-droite au Québec sans se faire accuser de censure?

    • David Cormier - Abonné 4 mars 2017 18 h 23

      Bravo, vous résumez à merveille la situation.

  • Yvon Hachey - Inscrit 4 mars 2017 19 h 49

    Merci pour votre commentaire

    Très beau commentaire Mme Labelle, limpide de clarté. J'ajouterai qu'il faut énormément de culot pour dire que l'on veut combattre le fascisme en empêchant les autres d'exprimer leurs idées. Les citoyens ont le droit de se sentir concerné par cette dérive fascisante de vouloir brimer la liberté d'expression pacifique.

    Le nom <islamophobie> est très mal choisi en utilisant une contraction du nom <phobie> emprunté à la psychologie et qui laisse sous-entendre que ceux et celles qui une opinion salutairement critique face à l’immigration pourrait souffrir d’un syndrome psychologique lié à une aversion très vive, irraisonnée ou une peur instinctive de l’islam. Nous devons garder tout notre sens critique par rapport à toutes religions, et cela inclut l’islam. Quant à l’incitation à la haine et la violence, nous avons les outils juridiques pour intervenir contre les criminels, nous n’avons pas besoin d’outils pour protéger l’une ou l’autre religion; nous n’allons pas permettre de sombrer de nouveau dans le moyen-âge.

  • Marc Therrien - Abonné 4 mars 2017 20 h 17

    Combattre le feu par le feu


    J'imagine que n'est pas Ghandi qui veut. Ainsi, La Meute pour dire non à la radicalisation islamiste de façon à être certaine que ce non soit clair opte elle aussi pour dire radicalement non à la radicalisation. Il s'agit d'un "non" activement affirmatif plutôt qu'un "non" passivement négationniste.

    Souvent, quand on est obligé de métacommuniquer sur la relation et les messages échangés, c'est que l'intention n'est pas claire et qu'un possible agenda caché qu'on tente de refouler est transmis à son insu.

    Marc Therrien