Les candidats conservateurs à la défense de l’industrie pétrolière

Le parti tiendra plus tard un dernier débat, lui aussi bilingue, à Toronto.
Photo: Codie McLachlan La Presse canadienne Le parti tiendra plus tard un dernier débat, lui aussi bilingue, à Toronto.

Le débat des aspirants chefs du Parti conservateur à Edmonton s’est avéré un hymne à la défense de l’industrie pétrolière. Tour à tour, les candidats ont presque tous réitéré qu’ils aboliraient la future taxe sur le carbone des libéraux et qu’ils s’assureraient que soient construits des oléoducs d’ouest en est au Canada.

La première question du débat de mercredi soir portait sur la criminalité en milieu rural. Mais rapidement, c’est le sort de l’exploitation des ressources naturelles au pays qui a dominé les échanges. Car Michael Chong venait de réitérer sa promesse de créer une taxe sur le carbone à revenus neutres, qui permettrait une importante baisse d’impôts. Il n’en fallait pas plus pour que les 12 autres candidats sur scène aient recours à leur droit de réplique pour le critiquer chacun leur tour.

« Je suis pour les oléoducs et contre une taxe sur le carbone, a répliqué en premier Pierre Lemieux. Une taxe sur le carbone ne fait que siphonner l’argent de notre économie. »

Michael Chong a tenté tant bien que mal, à trois reprises, de défendre son idée. Mais il était systématiquement chahuté par le public albertain. Andrew Scheer a rétorqué qu’il n’avait jamais vu de taxe sur le carbone sans incidence sur les revenus d’un gouvernement, comparant carrément l’idée à l’existence du père Noël ou du lapin de Pâques. Une taxe sur le carbone n’est pas le meilleur moyen de gérer l’arrivée de Donald Trump à la présidence américaine, a renchéri Maxime Bernier. Chris Alexander a martelé qu’il fallait que l’industrie pétrolière soit « un pilier de notre économie pour des générations à venir » en s’assurant que des « oléoducs soient construits à l’ouest comme à l’est ».

Votre arme à feu est votre propriété. Tout comme un livre dans votre bibliothèque.

 

« Je ne comprends pas, quand on [émet] 1,5 % des émissions de GES [au Canada], pourquoi on aurait une taxe sur le carbone », a lancé Deepak Obhrai en suggérant plutôt d’utiliser « l’énergie nucléaire pour réduire notre empreinte carbone », accueilli par des applaudissements des conservateurs dans la salle. Brad Trost éliminerait toute réglementation en la matière et subventions à l’énergie verte. Andrew Saxton mettrait en place un « corridor de transport et d’énergie » qui assurerait que les projets d’oléoducs soient approuvés.

Le contrôle des armes à feu a lui aussi fait consensus. Les candidats ont presque tous promis — hormis notamment Maxime Bernier — de le relâcher en retirant notamment à la GRC la responsabilité de classifier les armes interdites au pays. Les anciens ministres du gouvernement de Stephen Harper se sont félicités d’avoir aboli le registre des armes d’épaule.

« Votre arme à feu est votre propriété. Tout comme un livre dans votre bibliothèque », a scandé Kellie Leitch au fil d’un échange qui a, là encore, suscité l’enthousiasme du public.

Maxime Bernier a quant à lui été chaudement applaudi en promettant d’abolir la gestion de l’offre. Steven Blaney lui a servi son habituelle réplique, en défendant farouchement la gestion de l’offre, ce qui lui a valu quelques huées.

O’Leary grand absent

L’homme d’affaires Kevin O’Leary n’était pas au débat d’Edmonton, ayant décidé de s’absenter, car il n’aimait pas le format qui offre une succession de courtes réponses des 14 candidats.

Mais son nom a néanmoins été mentionné à plusieurs reprises au fil du débat.

Lisa Raitt n’a pas perdu de temps pour dénoncer son absence, dès sa déclaration d’ouverture au début du débat. Erin O’Toole a fait de même, en affirmant que les candidats se devaient d’être présents qu’il y ait 50 ou 500 convives à un événement. « Nous devons être là. Je me fous du format. »

Kevin O’Leary a plutôt tenu une discussion informelle, à Edmonton lui aussi. Il devra payer une amende de 10 000 $ au Parti conservateur, qui interdit aux candidats de s’absenter de ses débats officiels.

Kellie Leitch n’était pas en reste, elle aussi critiquée par ses rivaux en raison de sa promesse martelée sans relâche de filtrer les immigrants venant au pays pour exclure ceux qui ont des « valeurs anti-canadiennes ». Chris Alexander, ex-ministre de l’Immigration, a dit en avoir marre de la voir insinuer que leur gouvernement n’avait pas contrôlé du tout l’arrivée d’immigrants au pays pendant dix ans. Rick Peterson a argué que la campagne de Mme Leitch avait complètement « déraillé » et qu’elle nuisait à l’image du parti.

Peu de bilinguisme

Seuls Maxime Bernier, Pierre Lemieux, Erin O’Toole, Andrew Scheer, Andrew Saxton et Rick Peterson ont prononcé une partie de leurs réponses en français lors de ce débat qui se voulait bilingue. Les autres — le Québécois Steven Blaney y compris — se sont contentés tout au plus de faire leurs remerciements ou salutations en début ou en fin de réponse dans la langue de Molière.

Le parti tiendra plus tard un dernier débat, lui aussi bilingue, à Toronto. Les conservateurs choisiront leur prochain chef à la fin mai.

3 commentaires
  • Gilles Delisle - Abonné 1 mars 2017 07 h 15

    Vaste fumisterie

    Combien de temps encore devrons-nous endurer cette grande mascarade, appelée Course à la chefferie du PC? On a beau être "canadian" jusqu'au bout des doigts, mais comment fait-on pour croire à cà! Ils sont une vingtaine, certains sont millionnaires et se fout royalement du peuple en participant ou pas à ce qui ressemble à des débats. Des pénalités si on ne participe pas à un débat, un Kevin O'Leary s'en moque comme il se fout complètement du Québec et de la langue francaise. Un parti politique complètement déconnecté du Québec!

  • André Côté - Abonné 1 mars 2017 10 h 14

    Vive le pétrole!

    «...un hymne à la défense de l’industrie pétrolière». Et pourtant, en 2012, dans son rapport, la Banque mondiale a émis cette mise en garde: "Au train où vont les choses, le monde (de la fin du siècle) sera plus chaud de 4°C et sera marqué par des vagues de chaleur extrême, un déclin des réserves mondiales de nourriture, la perte d'écosystèmes, l'appauvrissement de la biodiversité et une hausse du niveau de la mer qui mettra des vies en danger. (...) De plus, il n'existe aucune certitude que l'adaptation à un monde plus de 4°C soit possible.» Mais où ont-ils donc la tête ces conservateurs pour afficher un tel aveuglement? Il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir!

  • Bernard Terreault - Abonné 1 mars 2017 13 h 03

    Au moins ils sont clairs

    Plus honnêtes que PLC, PLQ et NPD qui disent une chose et font le contraire.