Les dirigeants doivent écouter les citoyens, dit Preston Manning

Le fondateur du Reform Party, Preston Manning, fait une analogie entre la montée actuelle du populisme et le sentiment d’aliénation qu’éprouvaient les citoyens de l’Ouest quand il a créé son parti. Le Canada a peut-être évité sa dislocation avec la création de son parti, qui a permis de canaliser le ressentiment populaire.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Le fondateur du Reform Party, Preston Manning, fait une analogie entre la montée actuelle du populisme et le sentiment d’aliénation qu’éprouvaient les citoyens de l’Ouest quand il a créé son parti. Le Canada a peut-être évité sa dislocation avec la création de son parti, qui a permis de canaliser le ressentiment populaire.

En pleine introspection, alors qu’ils en sont à choisir le prochain chef et l’orientation de leur parti pour les prochaines années, les conservateurs tentent de composer avec la montée du populisme au pays, qui inquiète certains candidats à la chefferie. L’éminence grise de leur parti, Preston Manning, est venue les prévenir que la pire chose à faire serait d’ignorer ce que ressent une partie grandissante de la population. Un message lancé devant quelques casquettes « Make America Great Again ».

Le spectre du mouvement populiste qui a propulsé Donald Trump à la Maison-Blanche l’automne dernier planait toute la journée sur la conférence Manning, réunissant des conservateurs à Ottawa vendredi. Les organisateurs avaient même prévu un atelier appelé « Un moment Trump au Canada ? Le Trumpisme peut-il être exporté au Canada ? Ou est-il déjà arrivé ? ».

De l’avis du père du Parti réformiste, Preston Manning, le risque est bien réel. « Le plus grand défi sera de renouer avec les citoyens et les électeurs qui se sentent de plus en plus aliénés et désabusés face aux gouvernements, aux experts, aux médias de masse et aux partis politiques y compris le nôtre », a lancé l’ancien chef réformiste, en ouverture de la conférence qui porte son nom. « C’est ce qui est à la base des forces populistes en Europe, c’est ce qui est la source du phénomène Brexit en Grande-Bretagne, c’est ce qui est à la base du phénomène Trump aux États-Unis. Et c’est en montée dans ce pays, malgré le déni de l’establishment libéral et de la plupart de nos analystes politiques. » La preuve, selon Preston Manning : le baromètre de confiance annuel de la firme Edelman, qui rapportait il y a dix jours que l’indice de confiance des Canadiens envers les gouvernements a chuté de 10 points en un an, de 53 % en 2016 à 43 % en 2017. Quelques minutes plus tôt, un participant lançait une accusation de « fake news » en apercevant la table des médias.

« Ce qu’il faut de la part des dirigeants, ce n’est pas de nier ou de dénoncer l’existence du populisme […]. Mais d’agir pour faire quelque chose » en puisant dans ce sentiment politique pour le transformer en mouvement positif, a insisté M. Manning. Comme la création de son Parti réformiste, dans les années 1980, qui a su reconnaître le sentiment d’aliénation de l’Ouest canadien. « Si rien n’avait été fait, il aurait pu se convertir carrément en mouvement séparatiste de l’Ouest avec encore plus de conséquences économiques néfastes qu’une séparation du Québec », a-t-il fait valoir.

Dérives à la chefferie ?

Les avis sont partagés, parmi les candidats qui briguent la chefferie du parti et qui croisaient le fer vendredi. Le doyen Deepak Obhrai s’inquiète de voir les conservateurs tomber dans un piège que leur tendent les libéraux ces temps-ci à son avis afin de les dépeindre comme des « racistes ».

« J’ai eu peur pendant toute la campagne américaine et pendant notre course, que les gens aient tendance à importer le genre de discours d’extrémisme, le discours polarisant qu’on a vu en Europe pendant le débat sur le Brexit et la course du président Trump. Il faut faire attention », a argué à son tour Chris Alexander en citant, « disons-le ouvertement, Kellie Leitch ». M. Alexander a lui-même participé à deux rassemblements où l’on entendait des « Lock her up ! ».

Kellie Leitch ne s’est pas présentée devant les médias après le débat. Lisa Raitt, Steven Blaney et Pierre Lemieux non plus.

D’autres ont voulu se montrer plus conciliants. Les conservateurs ne doivent pas avoir peur de débattre des enjeux qui préoccupent les Canadiens d’un bout à l’autre du pays, a fait valoir Erin O’Toole. Il faut être responsable, a renchéri Andrew Scheer, en notant qu’il « rejette l’idée qu’on ait un groupe de grands philosophes à Ottawa qui disent à un grand groupe de Canadiens de ne pas se préoccuper de certaines choses ».

L’image du Parti conservateur souffrira-t-elle de certaines positions ou sorties publiques de la course à la chefferie ? Les aspirants chefs ont tour à tour rejeté cette crainte. « Il y a des débats d’idée qui se font et c’est tout à fait normal dans une course au leadership. Il y a des gens qui ont des points de vue différents. Et je pense que c’est sain pour le parti », a fait valoir Maxime Bernier.

Les mises en candidature de la course à la chefferie du Parti conservateur sont maintenant terminées. Les 14 aspirants chefs débattront à nouveau à Edmonton mardi prochain. Les membres du parti choisiront leur chef le 27 mai.

O’Leary embarrassé par une histoire de fesse

L’ex-dragon Kevin O’Leary a été contraint d’expliquer qu’il a pincé la fesse d’une participante à son émission télévisée en 2013. « Il y a environ 10 000 heures de vidéo. J’ai eu une longue carrière en télévision. Vous allez trouver toutes sortes d’extraits coupés en moments hors contexte », a-t-il rétorqué lorsqu’interrogé sur cet épisode de Dragon’s Den. Une fabricante de jeans sollicitait un investissement des dragons. M. O’Leary procède alors, avec un collègue, à pincer la fesse d’une mannequin portant les jeans en question. « Ai Chuhuahua ! Caramba ! » s’exclamait-il juste avant. M. O’Leary aurait demandé la permission, selon l’entrepreneure qui participait à l’émission. Y a-t-il un contexte dans lequel il est approprié de pincer la fesse d’une femme ? « Non, pas du tout. Mais au final, c’est de la télévision, pas une politique. […] Je crois que mon caractère est défini par ce que je dis et ce que je fais comme candidat », a rétorqué M. O’Leary en point de presse après le débat des candidats à la chefferie du Parti conservateur.
1 commentaire
  • James R Godin - Inscrit 25 février 2017 15 h 19

    Du vrai Manning

    ... exploiter les préjugés et leur semblables, même en pire, pour leur donner une voix structurée d'apparence "kosher".

    Il nous dit « ... Ce qu’il faut de la part des dirigeants, ce n’est pas de nier ou de dénoncer l’existence du populisme […]. Mais d’agir pour faire quelque chose ... Le plus grand défi sera de renouer avec les citoyens et les électeurs qui se sentent de plus en plus aliénés et désabusés face aux gouvernements, aux experts, aux médias de masse et aux partis politiques y compris le nôtre »

    Et pour faire quoi, monsieur Manning? Mieux vendre le sytème actuel?

    Manning ne touche pas au fond du problème; la source. Pourquoi en sommes-nous là?

    Non, le populisme ne doit pas être canalisé. Il est motivé par le cynisme, grandissant d'ailleurs. Il faut l'éradier.

    Comment? Tout le monde parle de faire la politique autrement, mais où sont les recettes? Le système offre-t-il trop de comfort à la classe politique pour que cette dernière puisse penser le changer? Et celà en dépit que souvent l'on prend les gens pour des imbéciles. Deux petits exemples, mais très révélateurs nous le démontre:

    - Est-ce que les Réformistes (de monsieur Manning il va sans dire) ont respecté la position de leur Parti concernant la pension parlementaire au moment de prendre leur retraite? Non, sauf trois, si ma mémoire est exacte.

    - Le spectacle ridicule de "La période des questions". Comment des gradué(e)s universitaires peuvent-ils s'abaisser à ces niaiseries quotidiennes?

    Si celà, toujours à titre d'exemple, ne crée pas le cynisme, alors où faut-il commencer à chercher?