Le sondage est un regard sur le passé

Le chroniqueur Michel David et le directeur du «Devoir», Brian Myles, entourent les invités au Devoir de débattre : Louise Beaudoin, Thierry Giasson, Lucie Leclerc et Christian Bourque.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Le chroniqueur Michel David et le directeur du «Devoir», Brian Myles, entourent les invités au Devoir de débattre : Louise Beaudoin, Thierry Giasson, Lucie Leclerc et Christian Bourque.

Les sondages mènent-ils la politique ? Induisent-ils les citoyens en erreur ? La question a donné lieu à des échanges animés mercredi soir lors d’un débat organisé par Le Devoir au Musée de l’Amérique francophone.

Pour creuser la question, l’animateur et directeur du Devoir, Brian Myles, s’était entouré de l’ex-ministre du PQ Louise Beaudoin, du sondeur de la maison Léger Christian Bourque, du chroniqueur Michel David, du professeur de science politique Thierry Giasson et de la sondeuse de BIP Recherche Lucie Leclerc.

M. Giasson a lancé les hostilités très tôt en affirmant que les sondages aujourd’hui était basés sur des « données de mauvaise qualité la plupart du temps ».

 

Pourquoi ? Parce qu’avec la fin des lignes téléphoniques résidentielles et l’avènement des téléphones mobiles, les sondeurs doivent souvent se contenter d’enquêtes sur le Web qui ne sont pas probabilistes.

Tout en défendant la qualité de ses enquêtes, Christian Bourque a expliqué que les sondeurs recouraient aujourd’hui à des sondages mixtes à la fois par téléphone et sur le Web. Selon lui, on se trompe en interprétant ces enquêtes comme des prédictions. « Ils décrivent le passé », a-t-il dit.

Sa collègue de BIP Recherche, Lucie Leclerc a concédé que les sondeurs faisaient face à de grands défis avec les enquêtes sur Internet. Il y a « trop de sondages politiques », selon elle, et la faiblesse des échantillons dans les enquêtes découle souvent des commandes des clients. « On ne veut plus payer, on veut la réponse vite vite vite. »

Fait intéressant : jusqu’aux années 2000, les sondeurs pouvaient obtenir jusqu’à 70 % de taux de réponse, a-t-elle dit. Or aujourd’hui, ce taux oscillerait plutôt autour de 10 %.

Plusieurs sont revenus sur les résultats étonnants aux dernières élections fédérales ainsi qu’aux États-Unis en regard des sondages. Or comme l’a fait remarquer M. Bourque, les sondeurs ne se sont pas beaucoup trompés en termes de pourcentage à l’élection présidentielle puisque Mme Clinton a recueilli plus de votes que M. Trump comme ils l’avaient prédit.

À propos des élections fédérales, Louise Beaudoin a souligné que les résultats découlaient surtout d’une « volonté de changement ». Les médias, a-t-elle dit, ont aussi une influence.

« Ce ne sont pas les sondages qui ont fait que c’est passé de Mulcair à Trudeau », a quant à lui fait valoir Michel David. « C’est parce que Mulcair a fait une mauvaise campagne. »

Plus tard, le chroniqueur a fait rire tout le monde en citant Jacques Parizeau qui affirmait que « les statistiques sont aux économistes ce que le lampadaire est à l’ivrogne, elles servent davantage à appuyer qu’à éclairer ». « On pourrait dire la même chose des sondages », a-t-il dit.

Certaines questions sont par ailleurs restées en suspens. Ainsi personne n’avait d’explication claire sur les écarts marqués observés récemment entre les enquêtes de CROP et de Léger. On n’a pas non plus mesuré l’impact politique des algorithmes sur les résultats électoraux. À cet égard, Thierry Giasson a suggéré d’en faire le sujet d’un prochain débat. À suivre peut-être un jour au même endroit.

La réponse de Michel David et Louise Beaudoin

 

 



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