Motion sur l’islamophobie: accusations et sous-entendus pleuvent à Ottawa

Certains aspirants à la chefferie conservatrice ont fait l’objet d’une charge à fond de train de la ministre du Patrimoine, Mélanie Joly.
Photo: Patrick Doyle La Presse canadienne Certains aspirants à la chefferie conservatrice ont fait l’objet d’une charge à fond de train de la ministre du Patrimoine, Mélanie Joly.

Un élu libéral qui a attribué directement à « la politique de la peur et de la division » la fusillade à la mosquée de Sainte-Foy assure qu’il ne visait pas les conservateurs en faisant cette déclaration à la Chambre des communes, vendredi matin.

Après deux jours de débats acrimonieux entre libéraux et conservateurs sur une motion condamnant l’islamophobie, le député Chandra Arya a remis ça, vendredi, affirmant que la fusillade au lieu de culte n’était « pas un accident », mais plutôt le « résultat direct » de ce type de politique.

Il a poursuivi en spécifiant que le phénomène existait dans d’autres pays, mais a poursuivi en disant qu’« au Canada, les éléments qui ont fait la promotion de charte de valeurs, de l’interdiction du niqab, de la ligne de dénonciation des pratiques culturelles barbares » reprenaient des forces.

L’élu de Nepean, en Ontario, a conclu en affirmant qu’il était « douloureux et apeurant de voir des politiciens qui, dans leur tentative de prendre le pouvoir, recommencent à miser sur la dangereuse politique de la peur et de la division ».

En entrevue téléphonique avec La Presse canadienne, un peu plus tard, Chandra Arya a juré que ses propos ne visaient pas les conservateurs ou un parti politique en particulier. Il a refusé de dire s’il considérait que certains des candidats à la direction conservatrice misaient sur la peur et la division.

Certains aspirants à la chefferie du parti ont fait l’objet d’une charge à fond de train de la ministre du Patrimoine, Mélanie Joly, lors du débat sur une motion conservatrice contre la discrimination religieuse déposée en réaction à la motion libérale M-103 contre l’islamophobie, jeudi.

La députée d’Ahuntsic-Cartierville a notamment attaqué, sans la nommer, la candidate Kellie Leitch, qui a utilisé dans un gazouillis contre la motion une photo de la fusillade survenue sur la colline du Parlement en octobre 2014.

Les élus de la Chambre des communes sont engagés dans des échanges sur l’islamophobie depuis mercredi, alors que M-103 s’est retrouvée à l’ordre du jour des travaux parlementaires. La motion, déposée en décembre dernier, a pris un nouveau sens après l’attentat à la mosquée de Sainte-Foy.

Dérapage

Les discussions entre parlementaires ont dérapé, jeudi, alors que l’évocation de la tuerie survenue le soir du 29 janvier, qui a fait six victimes, a mené à une prise de bec entre un élu libéral et le conservateur Gérard Deltell.

« Il est un invité régulier des émissions parlées de la radio de Québec. A-t-il réfléchi aux mots qu’il a employés ces dernières années ? A-t-il accepté une part de responsabilité pour le type de rhétorique qu’on entendait là ? » a balancé Omar Alghabra au député de Louis-Saint-Laurent.

Le commentaire a été fort mal reçu par Gérard Deltell.

« Monsieur le président, le député est sur une glace très mince. Très, très mince. J’aimerais porter à son attention que jusqu’à présent, concernant l’individu qui est suspect, tout a été démontré qu’il n’avait strictement aucun lien avec les émissions de radio dont il parle », a-t-il dit.

6 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 17 février 2017 15 h 31

    Et si le suspect de la tuerie de Québec avait agi sur la base d'un autre logique, tout à fait étrangère à la haine...?

  • Jean-Charles Morin - Inscrit 17 février 2017 16 h 50

    Un petit jeu politique qui ne sert que ses auteurs..

    En déclarant l'attentat à la Mosquée de Québec un acte terroriste, Justin Trudeau a dans les faits retiré la responsabilité de l'enquête à la Sûreté du Québec pour la confier à la police fédérale, adepte depuis toujours au culte du secret. Depuis ce temps, comme on pouvait s'y attendre, rien n'a filtré concernant les motivations du tueur présumé et on en est réduit, à Ottawa comme à Québec avec Philippe Couillard, aux conjectures, aux amalgames spécieux et aux spéculations tordues de tout acabit.

    Par conséquent, en attendant d'en savoir plus, il est pour le moins prématuré de tenir un débat public sur les perceptions qu'a la population face aux musulmans en général et aux islamistes en particulier. Quelle est la nécessité, en dehors de l'avantage politique qu'on espère en tirer, à discuter dans le vide en l'absence de faits probants. La ministre Joly et sa députée, par aveuglement idéologique ou par calcul politique, y vont un peu vite en affaire et donnent dans l'improvisation partisane. Elles ne servent à mon avis ni la cause des gens qu'elles prétendent défendre ni celle des femmes en général.

  • Yvon Bureau - Abonné 17 février 2017 16 h 59

    Islamisation

    Vous connaissez ça, madame Joly?

  • Gilles Gagné - Abonné 17 février 2017 17 h 06

    ''tout a été démontré qu’il n’avait strictement aucun lien avec les émissions de radio dont il parle '' Est-ce que M. Deltell pourrait nous en faire toute la ''stricte'' démonstration? il semble assez sûr de son affirmation pour qu'un journaliste lui demande des éclaircissements qui me semblent absolument nécessaire pour donner un peu de profondeur à ces paroles autrement cela ne sera que des paroles creuses.

  • Renée Lavaillante - Abonnée 17 février 2017 18 h 29

    Se faire une idée...

    Les motifs des anti-charte étaient qu'elle concernait en bonne partie des pratiques attribuables à certains musulmans. C'était, paraît-il, discriminatoire.
    Maintenant, voici sur la table une loi infantilisante qui vise exclusivement les musulmans, et ô surprise, ce n'est plus du tout discriminatoire.

    Chose certaine c'est une loi toute faite pour engendrer de l'animosité envers ceux-là qu'on n'aurait plus le droit de critiquer, désapprouver, interroger.