Martine Ouellet se lance dans la course à la direction du Bloc québécois

Le souhait de Mme Ouellet de cumuler ses rôles en politique provinciale et fédérale fait sourciller plusieurs bloquistes, notamment Gilles Duceppe.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le souhait de Mme Ouellet de cumuler ses rôles en politique provinciale et fédérale fait sourciller plusieurs bloquistes, notamment Gilles Duceppe.

La fin de semaine a été chargée, au Bloc québécois. Le parti a officiellement lancé sa course à la chefferie. Moins de vingt-quatre heures plus tard, la députée péquiste Martine Ouellet confirmait qu’elle serait de la course.

Il n’y a plus grand monde qui en doutait. Mais l’élue provinciale de Vachon a finalement annoncé dimanche, à Montréal, qu’elle briguerait la direction du Bloc québécois, qui choisira son ou sa prochain(e) chef le 22 avril. Le temps de la course, Mme Ouellet quittera le caucus du Parti québécois. Si elle a assuré qu’elle demeurerait néanmoins députée péquiste, le Parti québécois a de son côté précisé qu’elle devenait « députée indépendante ».

Martine Ouellet compte toujours demeurer élue provinciale jusqu’à la fin de son mandat en 2018, même si elle remporte la course à la direction du Bloc québécois. Elle se qualifierait alors de « députée indépendante indépendantiste et amie du PQ ».

Le souhait de cumuler ses rôles en politique provinciale et fédérale continue toutefois de faire sourciller plusieurs bloquistes. Notamment l’ancien chef Gilles Duceppe, qui a réitéré dimanche que représenter deux ordres de gouvernement à la fois serait « incompatible ».

La députée péquiste ne le croit pas. « C’est sûr qu’une chefferie c’est du travail supplémentaire, mais comme toutes les autres chefferies. Tous les chefs de parti l’ont fait. » Et il y a un précédent de chef au fédéral et député au provincial, a-t-elle argué : Marcel Léger, qui a été chef du Parti nationaliste qu’il venait de fonder à Ottawa pendant huit mois en 1983-1984. Or, le Parti nationaliste ne comptait pas d’élus à Ottawa et récoltait 2,5 % d’appuis, a rétorqué Gilles Duceppe.

Mais de l’avis de Martine Ouellet, son double rôle sera bénéfique. « C’est un avantage de pouvoir avoir et un pied à Québec et un pied à Ottawa. Pour justement faire la courroie de transmission entre les décisions canadiennes et les impacts que ces décisions ont non seulement sur le gouvernement du Québec, mais sur toute la population du Québec. »

Un « argument loufoque », a de nouveau répliqué Gilles Duceppe, en entretien avec Le Devoir, car Martine Ouellet promet de faire pleinement le saut au fédéral en 2019 en portant les couleurs du Bloc aux élections fédérales. « Il y a un raisonnement qui ne tient pas la route. […] C’est du domaine de la justification plutôt que de l’argumentation », selon M. Duceppe, puisque cette courroie de transmission que veut représenter Mme Ouellet n’existera plus lorsqu’elle terminera son mandat provincial dans un an.

Couronnement dénoncé

Plusieurs bloquistes en ont aussi contre le calendrier de leur course à la chefferie. Le député Luc Thériault réclamait encore samedi, au conseil général du parti, que la course soit reportée à 2018 afin de donner plus de temps aux aspirants candidats et d’éviter que l’élection du prochain chef soit éclipsée par les courses à la chefferie du Parti conservateur et du NPD. M. Duceppe est du même avis. Il note que certains lui ont fait savoir qu’ils seraient désireux de lui succéder, mais qu’ils ne pouvaient se permettre de faire le saut en politique à plus de deux ans de la prochaine élection fédérale, car un chef non élu n’aurait droit qu’à un salaire symbolique au Bloc. Daniel Paillé touchait 25 000 $.

Martine Ouellet « pourrait se présenter en 2018 tout autant », a argué M. Duceppe. « Je pense que c’est parce que ça aurait été une vraie course en 2018, et là ce sera un couronnement. » Une lecture partagée par d’autres bloquistes, au conseil général de la fin de semaine.

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, s’est contenté d’une réaction succincte sur Twtitter, en souhaitant « bonne chance à [sa] collègue et aux autres candidats potentiels ».

Le député péquiste Claude Cousineau, qui était aux côtés de Martine Ouellet lors de sa conférence de presse dimanche, assure qu’il n’y a « aucune animosité » au Parti québécois, où « la majorité des députés voient d’un bon oeil » sa candidature au Bloc. Il y a des « positions différentes » sur son souhait de conserver son siège à Québec, a-t-il admis, mais il n’y voit, lui, pas de problème.

Mme Ouellet était également accompagnée des députés bloquistes Marilène Gill et Xavier Barsalou-Duval — qui promettent de faire activement campagne pour la faire élire — et de Gilbert Paquette, ancien ministre péquiste sous René Lévesque.

Priorité à l’environnement

Ancienne ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet a vivement dénoncé l’approbation par le gouvernement de Justin Trudeau de deux oléoducs. Quant à Énergie Est, il s’agit d’un « projet aberrant et destructeur pour le Québec », a-t-elle scandé. Mme Ouellet a en outre cité les dossiers traditionnels du Bloc à Ottawa : bois d’oeuvre, protection de la gestion de l’offre dans les accords commerciaux, et financement du projet hydroélectrique Muskrat Falls.

Martine Ouellet en est à sa troisième course à la chefferie. Elle avait terminé sa première course à la direction du Parti québécois troisième, avec 13,21 % d’appuis en 2015, et la seconde au même classement, avec 17,6 % en 2016. Elle assure qu’elle a l’énergie de mener une troisième campagne, rappelant qu’elle avait fait des tournées du Québec sur le gaz de schiste, sur les mines, ou encore sur le projet de Belledune.

Les aspirants chefs du Bloc québécois ont jusqu’au 14 mars pour se porter candidats, en déposant 1000 signatures d’au moins 25 circonscriptions et un chèque de 15 000 $. Les bloquistes choisiront leur prochain chef par Internet et par téléphone les 20, 21 et 22 avril. Le résultat sera annoncé le 22 avril au soir. L’ancien candidat du Bloc dans Rivière-des-Mille-Îles Félix Pinel a lui aussi promis de se lancer dans l’arène.

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