Trudeau critiqué par un libéral après l'abandon de la réforme du mode de scrutin

Mercredi, le gouvernement de Justin Trudeau a annoncé qu’il renonçait à modifier le système électoral au motif qu’il n’existait pas de consensus en faveur d’une réforme précise.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Mercredi, le gouvernement de Justin Trudeau a annoncé qu’il renonçait à modifier le système électoral au motif qu’il n’existait pas de consensus en faveur d’une réforme précise.

Décidément, le libéral Nathaniel Erskine-Smith est abonné à la dissidence. Après avoir pris position la semaine dernière pour la légalisation de toutes les drogues, le député torontois prend la plume pour se plaindre de la décision de son gouvernement de renoncer à réformer le système électoral.

« Je suis déçu que nous rompions notre promesse et je suis fortement en désaccord avec la décision de notre gouvernement de renoncer à la réforme électorale », écrit M. Erskine-Smith dans une lettre ouverte publiée sur le site du Huffington Post.

Il rappelle qu’avant même de se lancer en politique il était membre du groupe pro-réforme Fair Vote Canada et que, à ce titre, il avait contacté son député fédéral pour réclamer une modification au mode de scrutin.

Je resterai fidèle à ma parole et continuerai d’être un militant en faveur de la réforme électorale aussi longtemps que je serai à Ottawa

 

« Un parti qui obtient moins de 40 % du vote populaire devrait-il obtenir 100 % du pouvoir dans notre démocratie ? Il y a un très fort consensus pour répondre non à cette question », continue-t-il. Il dit comprendre que l’échéancier était trop serré et qu’il aurait été difficile de remplacer, comme l’avait promis Justin Trudeau en campagne électorale, le système actuel en vue de l’élection de 2019. « Mais renoncer complètement à notre promesse est une autre histoire. » Selon lui, le gouvernement aurait dû organiser un référendum en même temps que l’élection de 2019 pour sonder les Canadiens à propos d’un nouveau mode de scrutin.

« À tous les Canadiens qui ont appuyé la promesse de réforme, et en particulier ceux qui m’ont appuyé et qui ont cru à ma promesse de changement […], je m’excuse. Mais je resterai fidèle à ma parole et continuerai d’être un militant en faveur de la réforme électorale aussi longtemps que je serai à Ottawa. »

Intercepté dans les corridors du Parlement, M. Erskine-Smith a refusé d’en dire davantage. « Je crois que ma lettre parle d’elle-même. C’est pour cela que je l’ai écrite. »

 
Représailles? 

M. Erskine-Smith n’étant pas ministre, le premier ministre a moins d’emprise sur lui. Néanmoins, il est membre de deux comités parlementaires, ce qui pourrait lui être retiré. Le bureau du whip ou préfet de discipline, Pablo Rodriguez, n’a pas répondu aux messages du Devoir.

La semaine dernière, Nathaniel Erskine-Smith avait signé une lettre ouverte réclamant la légalisation et la réglementation de toutes les drogues au nom de la santé publique. Sans grande surprise, cette sortie a donné des munitions au Parti conservateur, qui l’utilise depuis pour attaquer le gouvernement à la Chambre des communes. « Nous nous sommes engagés à légaliser la marijuana, mais nous ne planifions pas légaliser quoi que ce soit d’autre à ce moment-ci », a répondu le premier ministre Justin Trudeau.

Cette fois, les propos de Nathaniel Erskine-Smith risquent d’être repris par le NPD, qui dès jeudi après-midi s’assurait que les journalistes en avaient pris connaissance.

Mercredi, le gouvernement a annoncé qu’il renonçait à modifier le système électoral au motif qu’il n’existait pas de consensus parmi la population ou les partis politiques en faveur d’une réforme précise.

6 commentaires
  • Jana Havrankova - Inscrite 3 février 2017 09 h 04

    Que d'autres se lèvent aussi!

    Il est inacceptable que la population laisse le gouvernement Trudeau abandonner sa promesse électorale, qu'il a réitérée à de nombreuses reprises. Hausser les épaules en disant : « On sait bien, les politiciens ne tiennent pas (toutes) leurs promesses » a un effet d'excuse pour ceux-ci. Cela a toujours été comme ça, et sera toujours comme ça. Le cynisme envers la classe politique a monté d'une coche.

    Les organismes qui prônent la vraie démocratie, comme Groupe femmes politique démocratie ou l'Institut du nouveau monde et autres vont-ils se lever et convier la population à une manifestation pour exiger une réforme électorale?

  • Gilles Provost - Abonné 3 février 2017 09 h 38

    Bravo!

    Je félicite le député libéral Nathaniel Erskine-Smith pour son éthique remarquable et pour son franc-parler.
    Tous les députés de tous les partis devraient faire de même.
    La politique serait bien plus intéressante et les promesses électorales plus difficiles à oublier.

  • Loraine King - Abonnée 3 février 2017 09 h 56

    Question à sa question

    Avant de pouvoir répondre à M. Erskine-Smith qui demande : Un parti qui obtient moins de 40 % du vote populaire devrait-il obtenir 100 % du pouvoir dans notre démocratie ?

    Je me sens obligée de lui demander : Depuis quand vote-t-on pour des partis?

    Jusqu'à ce qu'on réécrive la constitution canadienne, nous avons tous le droit de nous porter candidat pour occuper un siège dans un parlement où tous les sièges sont présentement occupés par des députés élus directement par le peuple. On nous promet de changer ce droit par un simple vote du parlement, ou de donner un semblant de légitimité par consultation populaire à ce qui relève de la règle de droit.

    Je note que la clause dérogatoire ne s'applique pas à l'article 3 de la Charte qui garanti les droits démocratiques.

    M. Erskine-Smith semble vouloir porsuivre sa démarche, mais quelles assurances peut-il nous fournir que le parlement peut agir seul?

    Je n'ai aucune formation en droit mais je lis les nouvelles, et la Cour n'a pas tendance à accepter que le parlement altère, dilue des droits garantis par la Charte sans amender la constitution selon les règles. Les politiciens devraient se limiter à promettre de consulter la cour avant de s'embarquer dans un projet qui pourrait être contesté. Il y a beaucoup de gens au Canada qui n'aiment pas l'idée que des entreprises privés puissent nommer leurs employés à des postes qui sont réservés présentement pour et par le citoyen.

  • Yvon Bureau - Abonné 3 février 2017 11 h 15

    Je critique+++ aussi PM Trudeau pour

    ne pas avoir encore demandé à la Cour suprême du Canada son avis sur la Loi C-14 sur l'aide médicale à mourir.

    Le Jugement UNANIME de la CSC aura deux ans, lundi le 6 février.

    Nous ne savons pas encore si C-14 est conforme ou pas avec ce Jugement, s'il est constitutionnel ou pas. Je ne le crois pas. Pm Trudeau ne le crois pas aussi. La majorité des juristes ne le croit pas aussi.

    Demandez l’avis de la Cour suprême du Canada sur la loi fédéral C-14 sur l’Aide médicale à mourir. Compassion oblige. Clarté juridique et clinique impose.

    Est arrivé le temps de savoir si la Loi C-14 est constitutionnelle ou pas, conforme ou pas au Jugement UNANIME de la CSC du 6 févier 2015.

    Parler de loi équilibrée ne suffit pas. Avoir un comité sur 3 points de la Loi ne suffit pas.

    Ça suffit, le malsain brouillard juridique. Urgence de référer maintenant. 700 personnes canadiennes décèdent à CHAQUE jour … Important, non?

  • Nathan Ménard - Abonné 3 février 2017 14 h 57

    Dans la tradition du parti libéral

    Ce n'est pas la première fois qu'un chef du PLC brise une grande promesse électorale. Exemples : 1) Pierre-E Trudeau a gagné de justesse les élections de 1975 en rejetant sans réserve l'idée d'imposer un contrôle des prix et des salaires préconisé par le chef conservateur R. Stanfield. Après quelques mois au pouvoir, il a renié sa promesse et imposé cette mesure. 2) Des années plus tard le même PET promet sollennellement aux Québécois des changements pour les inciter à rester dans le Canada lors du référendum. Et c'est le rappatriement unilatéral de la constitution dont ils ont été gratifiés. 3)Jean Chrétien avait déchiré sa chemise en rejetant la TPS instaurée par Mulroney. Sitôt au pouvoir, il a renié son serment. Alors, Justin Trudeau s'inscrit dans la bonne tradition de son parti.
    Nathan Ménard
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