Le caucus divisé sur les dates de la course

Plusieurs voient un court échéancier comme une façon de paver la voie à Martine Ouellet.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Plusieurs voient un court échéancier comme une façon de paver la voie à Martine Ouellet.

À l’aube du conseil général du Bloc québécois, qui permettra au parti d’établir les dates de sa course à la chefferie, le caucus est fort divisé. Et certains craignent que les instances du parti n’usent de leur influence pour assurer un couronnement de Martine Ouellet.

Les bloquistes se réuniront en conseil général samedi pour décider de la date à laquelle ils choisiront la ou le successeur de Gilles Duceppe. Le bureau national entend proposer aux quelque 200 délégués d’entamer la course à la chefferie dès maintenant, pour un vote le 22 avril. Mais le député de Montcalm, Luc Thériault, prévoit prendre le micro pour proposer plutôt que la course se tienne en 2018, ce qui permettrait, selon lui, la tenue d’une vraie lutte entre plusieurs candidats de même qu’une meilleure visibilité médiatique pour le Bloc puisque le Parti conservateur et le NPD sont aussi en pleine course à la chefferie.

M. Thériault n’est pas seul dans son camp. Le député Louis Plamondon est du même avis. Le chef intérimaire Rhéal Fortin le serait aussi, selon les informations du Devoir. Gabriel Ste-Marie s’est dit toujours indécis, mercredi, tout comme Monique Pauzé, qui a indiqué que son « idée n’est pas encore faite ». En coulisses, on assure cependant qu’ils appuieront la proposition de Luc Thériault sur le plancher samedi.

Les cinq autres députés privilégient quant à eux le choix d’une course rapide ce printemps, selon nos informations. Xavier Barsalou-Duval, Marilène Gill et Michel Boudrias ont appuyé publiquement la candidature de Martine Ouellet à la tête du Bloc — qui a elle-même réclamé que la course se tienne en 2017. Simon Marcil préfère lui aussi un vote cette année. « Le conseil général l’an dernier l’a entériné. Donc je me fie à la décision générale de l’an passé », a-t-il expliqué mercredi. Mario Beaulieu logerait à la même enseigne.

Devenu président du parti, après qu’il eut cédé la chefferie à Gilles Duceppe pour l’élection de 2015, Mario Beaulieu ferait carrément campagne « dans toutes les régions » pour s’assurer que le conseil général confirme un lancement rapide de la course. « Mario Beaulieu et son équipe travaillent très fort pour que la proposition du bureau national de faire l’élection en 2017 soit acceptée », a relaté un bloquiste au Devoir. Mario Beaulieu avait appuyé Martine Ouellet dans la course à la chefferie du Parti québécois l’an dernier. Le directeur général du Bloc québécois, Stevens Héroux était l’organisateur de la première campagne à la chefferie de Mme Ouellet au PQ en 2014-2015.

Une course fermée ?

Or, plusieurs voient un court échéancier comme une façon de paver la voie à Martine Ouellet, car, selon plusieurs bloquistes, d’autres aspirants candidats songeraient sérieusement à briguer le poste, mais seulement en 2018 et non dès 2017, pour des raisons professionnelles.

« Cette fin de semaine, la décision, c’est entre un couronnement et une vraie course », résume un bloquiste.

Le trésorier du Bloc québécois, Louis Demers, a lui aussi réclamé un report de la course sur son blogue. À son avis, les paramètres de la course tels que proposés par le bureau national dont il fait partie annoncent une « course fermée ». La récolte de 1000 signatures provenant d’au moins 25 circonscriptions, en seulement 3 mois, « sauf pour des candidats très précis, [c’est] mission presque impossible », écrit M. Demers. « Ça prend une course avec un débat d’idées », a-t-il fait valoir au Devoir. Les aspirants chefs doivent aussi verser 15 000 $ pour être candidats.

Les règles de la course sont cependant calquées sur celles des deux dernières, fait remarquer Stevens Héroux.

Le directeur général du parti assure que la demande de report de la course de M. Thériault sera débattue sur le plancher du conseil général, samedi. Son autre proposition — soit de permettre à tout membre d’un parti indépendantiste de participer au vote du prochain chef — devra attendre le prochain congrès en 2018, car seuls les membres peuvent voter pour modifier les règlements du parti.


Un candidat s’annonce

La course n’est pas encore lancée, mais un premier candidat promet de sauter dans l’arène. Félix Pinel, qui était candidat pour le Bloc québécois dans Rivière-des-Mille-Îles aux dernières élections, a fait savoir aux bloquistes qu’il serait le premier à faire officiellement le saut dans la course à la direction du parti. Dans un communiqué partagé avec les membres, et dont Le Devoir a obtenu copie, le militant de 39 ans argue qu’il veut mettre fin au gouvernement centralisateur, « arracher des compétences à Ottawa », qu’il « considère comme illégitime la Constitution de Trudeau père » et qu’il refuserait de prêter serment à la reine s’il est élu aux Communes. M. Pinel entend briguer la chefferie « peu importe » les dates de la course, a indiqué sa campagne.


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